CURIEN HUBERT (1924-2005)

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De l'École normale supérieure au Conseil des ministres, du laboratoire de physique à la direction de la Délégation générale à la recherche scientifique et technique (D.G.R.S.T.), le parcours d'Hubert Curien est ascensionnel et continu. Pour le public, son nom reste attaché au succès de la fusée Ariane et à la mission du premier spationaute français. Pourtant, il garde en lui le tempérament d'un chercheur et d'un pédagogue de la science.

Hubert Curien

Photographie : Hubert Curien

Le physicien français Hubert Curien. Président du Centre national d'études sptaiales (C.N.E.S.) de 1976 à 1984, il joue un rôle prépondérant dans le développement des lanceurs européens Ariane. 

Crédits : Violaine Paquereau

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Il reste cependant très attaché à l'enseignement, auquel il témoigne une fidélité à toute épreuve à travers les multiples sollicitations d'une riche carrière. Grand organisateur, connu pour son pouvoir de persuasion, il a l'autorité sereine et la courtoisie d'un diplomate de carrière. Les collaborateurs qu'il a côtoyés dans tant d'organismes divers ne connaissent souvent de lui qu'une facette. Discret, voire secret, l'homme public est resté un homme tranquille. Il sait prendre du temps pour sa famille, son épouse Anne-Perrine, née Dumézil, et ses trois fils, dont l'un est ingénieur, l'autre mathématicien et le troisième artiste peintre. Hubert Curien est né le 30 octobre 1924 à Cornimont, dans les Vosges. De son enfance, il gardera l'amour de la montagne, des longues marches et de l'effort solitaire. Mais sa ténacité, il la mettra d'abord au service des études, dont le goût lui a été inculqué par sa mère, institutrice, et son père, percepteur.

Les étapes et les diplômes s'enchaînent : le lycée Saint-Louis, à Paris, l'École normale supérieure en 1945, l'agrégation de physique à vingt-quatre ans. Toutefois, son cursus universitaire est interrompu par un engagement dans la Résistance, engagement qui lui vaudra la médaille militaire. Dans la pépinière de la rue d'Ulm, le professeur Yves Rocard, physicien ouvert à toutes les curiosités, initie le jeune Curien aux prestiges de la cristallographie. Il est permis d'y voir plus qu'une rencontre fortuite, la beauté des cristaux fascinant beaucoup de physiciens en raison de l'ordre géométrique de la nature qui s'y manifeste et rappelant à son tour la belle rigueur d'un formalisme mathématique. Entré au laboratoire de minéralogie de la faculté des sciences de Paris, illustré par les noms de Charles Maugin, Jean Wyart et Jean Laval, Hubert Curien s'attache à l'étude expérimentale des ondes d'agitation thermique et de leur diffusion dans certains monocristaux. La mise au point d'un appareillage de mesure très sensible lui sert à déterminer les fréquences de vibration d'un cristal. Ce travail fournit la substance de sa thèse de doctorat, soutenue en 1952, Étude des ondes élastiques dans le réseau cubique centré du fer alpha. Fidèle à la tradition française qui ne sépare pas cristallographie et minéralogie, c'est-à-dire l'étude de l'arrangement des atomes dans le champ de forces cristallin et celle des substances minérales naturelles, Hubert Curien s'est aussi intéressé aux phases d'un métal très particulier, le gallium, et à la structure d'espèces minérales inédites. Un minerai découvert au Gabon par un de ses élèves, Fabien Cesbron, lui a été dédié : la curiénite. Cet hommage n'est certes pas pour lui déplaire.

Ses qualités d'organisateur trouvent tôt l'occasion de se manifester. En 1954, il est chargé par le directeur de son laboratoire, le professeur Wyart, d'organiser le 3e congrès de l'Union internationale de cristallographie (de périodicité tris-annuelle). Les 1 500 participants du congrès de Paris gardent le souvenir d'une grande réussite. Dès cette époque, Hubert Curien se voit confier des responsabilités dans diverses sociétés savantes : l'Association française de cristallographie, la Société française de minéralogie, entre autres. Par la suite, il assumera de plus lourdes charges dans des organismes européens et internationaux. Lorsque est créée la Commission fédérale de physique, afin de maintenir les liens entre la faculté mère de Paris et sa turbulente fille d'Orsay, il en devient tout naturellement président. Ses collègues ne s'étonnent donc pas de sa nomination, en 1966, au poste nouvellement créé de directeur scientifique pour la physique au Centre national de la recherche scientifique (C.N.R.S.). En 1969, il devient directeur général de cette importante entreprise nationale. Il s'attaque avec succès au difficile problème du choix optimal des sujets de recherche, en créant notamment les « actions thématiques programmées ». Ce sont des actions incitatives sur des thèmes sélectionnés de façon à favoriser des secteurs prioritaires pour le pays et à valoriser simultanément les idées neuves de recherche qui viennent des chercheurs eux-mêmes. Il engage un processus de décentralisation en mettant en place des administrateurs délégués régionaux.

Il s'efforce enfin de multiplier et de renforcer les relations extérieures du C.N.R.S., tant en France qu'à l'étranger, en mettant un accent tout particulier sur les relations européennes. La dimension européenne tient beaucoup à cœur à Hubert Curien, qui préside alors à la création de la Fondation européenne de la science. Il obtient que son siège soit à Strasbourg. La Fondation fédère aujourd'hui quarante organismes de recherche ou académies, répartis dans seize pays.

C'est dans ce cadre qu'Hubert Curien a poussé l'idée de créer une machine à rayonnement synchrotron, construite et gérée par une collaboration européenne, dont les décisions de réalisations ont été prises en 1985. En 1973, il gravit un échelon de plus, celui de délégué général à la recherche scientifique et technique. Avec la préparation du VIIe plan, il procède à un examen approfondi des grands axes de la recherche à un moment où l'avenir de l'industrie apparaît de plus en plus lié à l'évolution du savoir. Hubert Curien relance la politique de l'emploi scientifique en mettant en place un système d'allocations de recherche pour former de jeunes cadres et crée un fonds d'intervention pour promouvoir les programmes intéressant directement les services et organismes publics. Il restructure le Comité consultatif de la recherche scientifique et technique.

En 1976, la nomination d'Hubert Curien à la présidence du Centre national d'études spatiales (C.N.E.S.) marque un tournant dans sa carrière. Son sens des relations, sa vaste culture scientifique, sa sensibilité diplomatique insuffleront une seconde jeunesse au C.N.E.S. Le soir de Noël 1979, la première fusée Ariane jaillit enfin de la base de Kourou. L'Europe conquiert haut la main le marché de l'espace. La dimension spatiale est entrée dans les mentalités, les programmes de développement et les projets politiques. Mais, en dehors de ces importantes responsabilités, la carrière d'Hubert Curien témoigne de sa réussite scientifique. Les travaux de l'équipe qu'il anime sont reconnus au n [...]

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Écrit par :

  • : professeur honoraire à l'université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie, haut-commissaire à l'énergie atomique, membre du Conseil économique et social

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Pour citer l’article

Jean TEILLAC, « CURIEN HUBERT - (1924-2005) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hubert-curien/