HARTMANN HEINZ (1894-1970)

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Fils d'un professeur d'histoire de l'université de Vienne, Heinz Hartmann fit ses études de médecine et travailla sous la direction du pharmacologue Hans Horst Mayer et du sociologue Max Weber. En 1927, alors qu'il était en psychanalyse avec Sandor Rado, il publia Die Grundlagen der Psychoanalyse (Les Fondements de la psychanalyse), où il oppose l'outil psychanalytique de l'insight comme expérience empathique à la méthode de la psychologie traditionnelle, telle qu'elle s'était développée en Allemagne. Il quitte la clinique psychiatrique et neurologique de l'université de Vienne en 1934, et fait paraître une étude consacrée à des jumeaux et mettant en évidence le rôle fondamental de l'environnement et de l'identification.

Appelé à diriger l'Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse en 1933, Hartmann entreprend, en 1934, une analyse didactique (gratuite) avec Sigmund Freud. En 1937, il présente à la Société viennoise de psychanalyse un travail qui sera publié en 1939 sous le titre Ich-Psychologie und Anpassungsproblem et repris dans le livre paru à New York en 1958 et intitulé Ego Psychology and the Problem of Adaptation. Dans cet ouvrage, Hartmann expose la plupart des concepts qu'il développera ensuite dans la ligne de sa « psychologie du moi » : phase d'indifférenciation primitive, sphères non conflictuelles du moi, autonomie primaire et autonomie secondaire du moi, théorie de l'appareil inné du moi, développement du moi autonome... Hartmann quitte Vienne en 1938 et, après avoir séjourné à Paris, Genève et Lausanne, s'installe à New York en 1941.

Tandis que Freud travaille au niveau du ça et de la résolution des conflits internes, Hartmann, qui néanmoins se garde de critiquer son maître, travaille au niveau du moi et de l'adaptation de l'individu à son environnement, dans le cadre d'une psychanalyse élargie comportant une théorie de valeurs. Son idée centrale est que le moi constitue non un appareil qui répond au conflit entre les pulsions et les facteurs extérieurs, mais bien un système dont les modes de fonctionnement sont en partie autonomes, et qui, ayant une origine indépendante et indifférenciée, se développe comme le ça. Hartmann en vient ainsi à distinguer le moi de son investissement narcissique et à décrire le fonctionnement du soi (self) : il y a, selon lui, une représentation du soi comme il y a une représentation des objets ; le narcissisme est alors défini « comme l'investissement libidinal, non du moi, mais du soi ». Si, pour Freud, le moi travaille avec de la libido désexualisée, pour Hartmann, l'existence d'une énergie neutre, aussi bien désexualisée que dépourvue d'agressivité, est nécessaire. Or, le processus de neutralisation est l'œuvre essentielle du moi, et l'on peut, à partir de ce processus, décrire des conflits intersystématiques et des conflits intrasystématiques, ces derniers provenant de la répartition entre énergie neutralisée et énergie conflictualisée.

Le moi comporte des sphères conflictuelles, mais aussi des sphères qui ne le sont pas, ce « moi libre de conflits » étant le lieu de la perception, de l'intention, de la conception des objets, de la pensée, du langage, d'une partie des souvenirs, de la productivité et de l'apprentissage. L'adaptation met en jeu les deux secteurs du moi : conflictuel et libre, ou irrationnel et rationnel, ou encore fantasmatique et idéatif. Dès lors, l'adaptation prend deux formes complémentaires : l'une progressive et l'autre régressive. La seconde, qui passe par les fantasmes, l'irrationnel, le symbolique et les sublimations, est aussi nécessaire que la première et conduit à dénoncer l'image d'un homme « idéal », totalement rationnel, présenté comme un « modèle de santé ». L'adaptation, pour Hartmann, se double de la « coaptation », l'équilibre intérieur jouant, en vertu de la coordination des diverses composantes du psychisme, un rôle déterminant.

Dans Psychoanalysis and Moral Values (New York, 1960) et Essays on Ego Psychology (New York, 1964), Hartmann décrit les rapports de la psychanalyse du temps avec les sciences sociales, la psychologie, la théologie, la médecine, la philosophie. À partir des années 1950, il travaille avec Ernst Kris et Rudolf Loewenstein à appliquer à la méthodologie psychanalytique les conclusions de la psychologie du moi (ego psychology) et la perspective génétique, ce qui revient notamment à se demander dans quelles conditions, à la suite de quels événements, et par quel jeu de forces pulsionnelles défensives les schémas de comportement s'organisent.

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Écrit par :

  • : Ph.D. de Columbia University, New York, docteur ès lettres, maître de conférences à l'université de Lille-III

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Pour citer l’article

Pamela TYTELL, « HARTMANN HEINZ - (1894-1970) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/heinz-hartmann/