BÉCQUER GUSTAVO ADOLFO (1836-1870)

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« Pour un sourire, un ciel... »

Le grand thème de Bécquer est l'amour conçu comme un embrasement, comme le feu sans merci. La femme, épurée jusqu'à l'immatérialité, se transfigure presque en une allégorie abstraite, insaisissable comme un mirage : « Je suis un songe, un impossible, / vain fantôme de brume et de lumière, / incorporelle et intangible, / et je ne peux t'aimer... » Ainsi, comme un oracle, parle la bien-aimée. Comme un amant mystique aux pieds de sa divinité, le poète célèbre éperdument son culte : « Ta pupille est bleue ; quand tu ris / sa douce clarté me rappelle / l'éclat tremblant du matin / qui se reflète dans la mer / Ta pupille est bleue ; quand tu pleures, / tes larmes transparentes / sont pour moi gouttes de rosée / sur une violette. » On conçoit à quels tourments se voue l'amant épris d'une divinité aussi inaccessible : « Moi qui vers tes yeux, dans mon agonie, / la nuit, le jour, tourne les yeux ; / moi qui m'élance comme un dément, sans trêve poursuivant une ombre, vers la fille ardente / d'une illusion. » La poursuite d'amour, selon Bécquer, est une course folle dans une nuit sans fin et terrifiante : « Je sais qu'il est des feux follets, qui dans la nuit / entraînent à la mort le voyageur ; / moi je me sens entraîné par tes yeux, / et je ne sais où ils m'entraînent. » La reprise incessante de ce thème de la femme envoûtante comme la mort et infiniment désirable produit un effet saisissant ; quelque chose dans ce lyrisme de la joie et de la terreur rejoint, comme un lieu familier, ce lieu mystérieux où la mort et l'amour échangent leurs pouvoirs : « Toi, ombre aérienne, qui toutes les fois / que je vais te toucher t'évanouis / comme la flamme, comme le son, / comme la brume, comme la plainte / du lac bleu. » De l'exaltation au sarcasme, de l'exultation au marasme, de l'union à l'abandon, les Rimas reflètent toutes les émotions et toutes les souffrances d'une passion qui devient un calvaire : « Vagues géantes qui vous brisez / hurlant sur les plages désertes et lointaines, / enveloppé dans le linceul d'écume, / emmenez-moi. / Par pitié emmenez-moi, où le vertige / m'arrachera mémoire et raison... / Par pitié !... J'ai peur de rester seul, / seul avec ma douleur ! »

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Écrit par :

  • : professeur émérite des Universités, membre correspondant de la Real Academia Española

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Pour citer l’article

Bernard SESÉ, « BÉCQUER GUSTAVO ADOLFO - (1836-1870) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gustavo-adolfo-becquer/