BELLORI GIOVAN PIETRO (1613-1696)

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Homme de lettres italien, critique d'art, bibliothécaire de Christine de Suède, puis conservateur des Antiquités de Rome sous le pontificat de Clément X. L'œuvre de théoricien de Bellori, consignée dans un discours sur l'Idée du peintre, du sculpteur et de l'architecte (L'Idea del pittore..., 1644 et 1672) ainsi que de biographe (Vies des peintres, sculpteurs et architectes modernes, Vite de' pittori..., 1672) propose une interprétation de l'art qui s'oppose à la fois aux conceptions du maniérisme tardif (Lomazzo, Zuccaro) et au réalisme de Caravage pour annoncer, à certains égards, la pensée critique du xviiie siècle européen. Pour Bellori, l'idée du peintre procède de la nature, mais elle « dépasse son origine, se fait à son tour original de l'art, et, mesurée par le compas de l'intellect, elle devient mesure de la main, puis, animée par l'imaginative, elle donne vie à l'image ». En d'autres termes, la beauté d'une œuvre d'art est le fruit d'une opération de l'esprit qui consiste à élaguer les imperfections de la nature pour n'en retenir, afin de les combiner rationnellement, que les aspects les plus heureux. Aussi Caravage est-il blâmé dans la mesure où il est « trop naturel », et Guido Reni cité en exemple, puisqu'il « ne peignait pas la beauté qui s'offrait à ses yeux mais celle que voyait son idée ». Bellori semble ainsi anticiper le concept du beau idéal qui sous-tend la théorie artistique des néo-classiques. Non seulement la sélection de l'artiste s'applique au domaine de la nature, mais encore à celui de l'art — et en particulier de la statuaire antique. Sur ces prémisses — qui doivent beaucoup à Aristote —, Bellori, dans ses Vies, présente les Carrache comme les artisans de la restauration de la « bonne » peinture. Contrairement à un Vasari ou à un Baglione, le biographe, persuadé de l'infaillibilité de ses jugements esthétiques du fait de ses relations avec un milieu culturel choisi, notamment avec Poussin, Maratta (alors prince de l'académie de Saint-Luc), Le Brun et les membres de l'académie de France à Rome (instituée en 1666), ne prend en considération que la production des plus grands artistes de son temps (Ludovic et Annibal Carrache, Domenico Fontana, Baroche, Caravage, Rubens, Van Dyck, Duquesnoy, le Dominiquin, Lanfranc, l'Algarde et Poussin), à l'exclusion significative de grands maîtres du baroque romain tels Bernin ou Pierre de Cortone. L'architecture traverse, selon Bellori, une phase de décadence : seul Fontana lui semble capable de ressusciter cet art, à la fois par ses progrès techniques (levage des obélisques), par son sens de la magnificenza et par la retenue de son répertoire décoratif ; quant à la sculpture, représentée dans les Vies par Duquesnoy, dont Bellori loue l'« élégance » des formes et les emprunts sélectifs à l'art antique, et par l'Algarde, estimé lorsqu'il retient l'expression dans les limites du « décorum », elle n'est vraiment appréciée que dans la mesure où elle représente une extension de la peinture (Duquesnoy subit l'influence de Poussin ; l'Algarde celle de Ludovic Carrache). Enfin, les goûts de Bellori en matière de peinture reflètent la tendance des « conservateurs » regroupés autour de Maratta à dénigrer les grandes réalisations baroques, pour affirmer la valeur de la tradition classique.

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Marc LE CANNU, « BELLORI GIOVAN PIETRO - (1613-1696) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/giovan-pietro-bellori/