PONTECORVO GILLO (1919-2006)

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Né à Pise en 1919 dans une famille juive aisée, le réalisateur Gillo Pontecorvo fuit le fascisme et s'installe en France après l'instauration dans son pays des lois raciales de 1938. Diplômé de chimie, il gagne sa vie comme correspondant de plusieurs journaux italiens. Il fréquente les milieux antifascistes, d'abord à Paris, puis sur la Côte d'Azur. Rentré en Italie pour participer à la Résistance, il est nommé à la tête d'une brigade du front de la jeunesse. Dans la lutte armée en Piémont, il a comme amis Enrico Berlinguer (1922-1984) et Giorgio Amendola (1907-1980) qui deviendront tous deux des membres influents du Parti communiste italien. Il découvre le cinéma après la guerre en participant au tournage de Il sole sorge ancora (Le Soleil se lèvera encore, 1946) d'Aldo Vergano, une œuvre produite par l'Association des Partisans italiens : alors qu'on est à la recherche d'un acteur non professionnel pour incarner un jeune ouvrier antifasciste arrêté et fusillé par les nazis, le choix se porte sur lui. Scénariste du film (et aussi acteur dans le rôle d'un prêtre), Carlo Lizzani note : « Il était beau, il avait un visage expressif, un grand sourire et des yeux vifs. » C'est sur le plateau du film, et aussi en découvrant Paisà (1946) de Roberto Rossellini que Pontecorvo contracte le virus du cinéma. Assistant de Mario Monicelli et d'Yves Allégret, il fait ses débuts dans la réalisation en 1955 avec Giovanna, un moyen-métrage inséré dans un film en cinq épisodes que coordonne Joris Ivens, Die Windrose (La Rose des vents, 1957). Pontecorvo y décrit la lutte syndicale d'une ouvrière dont le mari communiste verrait mieux son épouse au foyer. En 1956, avec d'autres intellectuels et artistes, il quitte le Parti communiste à la suite des événements de Hongrie. Devenu l'ami du scénariste Franco Solinas (1927-1982), il adapte un roman de ce dernier pour tourner La Grande Strada azzurra (Un dénommé Squarciò, 1957), dans lequel il dirige Yves Montand et Alida Valli. Mais l'entreprise est trop romanesque pour satisfaire ses aspirations. De fait, celles-ci vont rendre son activité très irrégulière : « C'était un perfectionniste trop exigeant, remarque Carlo Lizzani. Il ne connaissait l'urgence de tourner que lorsqu'un projet lui semblait convaincant et inattaquable jusque dans le moindre de ses détails. »

Cela explique que Pontecorvo laisse une œuvre assez mince composée de Kapò (1959), La Bataille d'Alger (1966), Queimada (1969), Ogro (1980). Kapò, sur la ligne explicite du récit Si c'est un homme de Primo Levi, déchaîne la violente diatribe de Jacques Rivette pointant dans les Cahiers du cinéma un travelling complaisant, agression injuste à l'égard d'un cinéaste qui dénonçait avec les plus grands scrupules la barbarie nazie. La Bataille d'Alger, sans doute le film le plus important qu'aient suscité « les événements d'Algérie », est l'œuvre emblématique de son auteur. Pontecorvo évoque l'affrontement, en 1957, entre les hommes du F.L.N. et les parachutistes pour le contrôle de la Casbah. Tourné sur les lieux mêmes de l'histoire, avec des acteurs non professionnels parmi lesquels un des responsables de l'insurrection, Yacef Saadi, La Bataille d'Alger, lion d'or à Venise, ne sort en France qu'en 1970 ; le film suscite de violentes réactions de l'extrême droite, ce qui provoque son retrait de l'affiche. Poursuivant dans la voie idéologique qui est la sienne, Pontecorvo tourne dans une île des Caraïbes un film décrivant les méfaits du colonialisme, Queimada, dans lequel il dirige efficacement Marlon Brando en agent anglais fomentant, dans un pur calcul politique, une révolte des indigènes contre les oppresseurs portugais.

Dix années de silence avant un dernier film, Ogro, malheureusement inédit en France : Pontecorvo y reconstitue l'attentat préparé par l'E.T.A. qui aboutit en 1973 à l'explosion de la voiture dans laquelle se trouvait le chef du gouvernement de Franco, l'amiral Luis Carrero Blanco. Dans l'épilogue du récit, dans lequel émerge la forte figure de Gian Maria Volontè, Pontecorvo prend clairement position en faveur d'un règlement démocratique du problème basque. Travaillant à divers projets inaboutis, notamment un film sur Jésus Christ, Pontecorvo trompe son impatience créatrice en dirigeant le festival de Venise de 1992 à 1996. Informé de ce que le Pentagone s'était fait projeter en 2003 La Bataille d'Alger afin d'étudier les méthodes de l'armée française pour lutter contre le terrorisme, le cinéaste déclara que son souci était d'apprendre aux militaires à faire du cinéma, et non la guerre.

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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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LA BATAILLE D'ALGER, film de Gillo Pontecorvo

  • Écrit par 
  • Kristian FEIGELSON
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Hormis quelques rares tentatives, le cinéma français a occulté la guerre d'Algérie, qui demeure à divers égards un contentieux ouvert. Le Petit Soldat, plaidoyer antimilitariste de Jean-Luc Godard, sera interdit en 1960. Élise, ou la Vraie Vie (1969), de Michel Drach, n'aborde la question que de façon connexe. Quant à […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean A. GILI, « PONTECORVO GILLO - (1919-2006) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gillo-pontecorvo/