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GERMINIE LACERTEUX, Edmond et Jules de Goncourt Fiche de lecture

Paru en 1865 chez Charpentier, Germinie Lacerteuxest le quatrième roman d'Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870) de Goncourt, également auteurs d'études sur l’art du xviiie siècle et d'un journal, commencé en commun en 1851, puis poursuivi par Edmond seul après la mort de Jules. C'est essentiellement par cette chronique féroce et riche d’informations de la vie littéraire au cours de la seconde moitié du xixe siècle que les frères Goncourt sont passés à la postérité. Parmi leurs œuvres littéraires, seul Germinie Lacerteuxa résisté à l'oubli, en partie en raison de sa préface, considérée comme le premier manifeste du naturalisme. À sa parution, le roman suscita de virulentes critiques, et quelques ardents plaidoyers, parmi lesquels un long article du jeune Émile Zola, repris peu après dans Mes Haines(1866), et qui ne laissait pas présager les relations conflictuelles à venir. À l'instar de son « meilleur ennemi » adaptant Thérèse Raquin en 1873, Edmond proposera une version théâtrale de Germinie en 1888, sans grand succès.

« Histoire d'une âme perdue » (Zola)

Après une enfance pleine de violence et de chagrins dans une misérable famille de tisserands de Haute-Marne, Germinie est envoyée à Paris à quatorze ans rejoindre ses deux sœurs, qui lui trouvent un emploi dans un café. Souffre-douleur des serveurs, elle est violée par l'un d'entre eux, le vieux Joseph, devient enceinte et accouche d'un enfant mort-né. Sa plus jeune sœur, qui la loge et la persécute, lui trouve plusieurs places successives comme bonne. Elle finit par échouer chez Mlle de Varandeuil, une vieille fille d'origine aristocratique qui a connu elle-même une vie de déboires et d'amertume, passée auprès d'un père égoïste et tyrannique. Toutes deux se prennent d'une affection réciproque. À la mort de l'une de ses sœurs, Germinie recueille sa petite fille et sacrifie ses gages pour s'occuper d'elle. Bientôt, son autre sœur et son mari emmènent l'enfant avec eux en Afrique. Elle apprendra bientôt la mort de sa sœur, puis celle de sa nièce.

Peu après, elle fait la connaissance d'une crémière, Mme Jupillon, avec laquelle elle se lie d'amitié, et s'occupe de son fils, un enfant placé dans une maison d'éducation religieuse. Au bout de quelques années, le jeune Jupillon, âgé de dix-sept ans, quitte la pension. Il entretient une liaison avec une bonne, Adèle, ce qui rend Germinie maladivement jalouse. Elle cède alors aux avances du jeune homme et devient sa maîtresse. Mais, très vite, Jupillon s'exaspère de l'amour de Germinie. Soumise, elle l'accompagne dans les bouges qu'il fréquente, y subit toutes sortes d'humiliations de la part de son amant et de ses compagnes de passage. Dans le quartier, elle est désormais un objet de scandale. Totalement sous l'emprise de Jupillon, elle s'endette pour lui louer une boutique de ganterie. De nouveau enceinte, elle accouchera à l'hôpital de Port-Royal, où elle et sa petite fille survivront miraculeusement à une épidémie puerpérale. Mais, au bout de quelques mois, l'enfant tombe malade et meurt. Les disputes avec Jupillon se multiplient, et Germinie se met à boire. Elle mendie et emprunte à nouveau pour éviter la conscription à son amant, qui la trompe avec une jeune cousine venue de province. Une nouvelle fois enceinte, elle fait une fausse couche. Pour satisfaire les caprices de Jupillon, elle commence à voler. Elle devient la maîtresse de Gaudruche, un peintre ivrogne. Celui-ci renonce à boire et lui propose de s'installer avec lui, mais elle refuse pour rester au service de Mlle de Varandeuil. Ils rompent. Germinie sombre alors totalement dans la dépravation, se noie dans l'alcool et s'offre aux premiers venus. Elle retrouve Jupillon et retombe sous sa coupe. Un soir[...]

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • GONCOURT EDMOND (1822-1896) ET JULES DE (1830-1870)

    • Écrit par Robert RICATTE
    • 1 331 mots
    • 1 média
    La ligne de partage que crée la mort de Jules met d'un côté les six romans écrits en commun – Charles Demailly (1860), intitulé initialement Les Hommes de lettres, Sœur Philomène (1861), Renée Mauperin (1864), Germinie Lacerteux (1864), Manette Salomon (1867), Madame Gervaisais (1869) –, et...
  • NATURALISME

    • Écrit par Yves CHEVREL
    • 5 363 mots
    • 5 médias
    Une phase préparatoire se situe autour des années 1865. Edmond et Jules de Goncourt publient Germinie Lacerteux (1865), dont la brève Préface peut passer pour le premier manifeste en faveur d'une nouvelle littérature romanesque, fondée sur la science et apte à traiter n'importe quel sujet ; le terme...
  • RÉALISME, notion de

    • Écrit par François TRÉMOLIÈRES
    • 1 423 mots
    ...Madame Bovary pour « montrer que les tristesses bourgeoises et les sentiments médiocres peuvent supporter la belle langue ». Les frères Goncourt, auteurs avec Germinie Lacerteux (1864) d'un roman manifeste du réalisme, en arrivent à une « écriture artiste », jugeant dans leur Journal...

Voir aussi