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DUBY GEORGES (1919-1996)

La passion de transmettre

Aixois jusqu'en 1970, Georges Duby n'était pourtant pas perçu de Paris comme un « provincial ». S'il était hors de la Sorbonne, il était considéré à la rédaction des Annales (revue de Lucien Febvre puis de Fernand Braudel, de Robert Mandrou, de Jacques Le Goff), à la VIe section de l'École pratique des hautes études (EPHE) et, enfin, à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) comme un correspondant naturel, un partenaire évident, une sorte de membre honoraire.

Très vite, c'est à lui que les états-majors de l'édition se sont adressés chaque fois qu'on a eu besoin de constituer les équipes et d'écrire les synthèses qui familiariseraient le grand public avec une histoire aux horizons élargis. Ce fut d'abord Armand Colin qui confia au tandem Duby-Mandrou une Histoire de la civilisation française, parue en 1958, qui fit date. Puis Larousse donna mandat à Duby de faire, à peine épuisée l'Histoire de France dirigée par Marcel Reinhard, une nouvelle Histoire de France, qui sortira en 1972. Vinrent ensuite les grandes entreprises des Éditions du Seuil notamment (France rurale, France urbaine, Histoire de la vie privée, Histoire des femmes) en attendant celle d'Hachette (Histoire de France, 1987). Georges Duby a assumé un rôle de recruteur et d'animateur d'équipes, donnant hardiment leurs chances pour écrire le chapitre qui leur convenait à bien des hommes et des femmes encore très jeunes, souvent inconnus, assistants à peine débutant, parfois – qui plus est – extrémistes de gauche ou de droite, mais appelés sans nulle prévention pourvu que le chef de file eût reconnu leur talent ou même que, pour les non-médiévistes, il l'eût intuitivement pressenti. C'est ce rôle d'animateur vrai qui a contribué à donner à Georges Duby une place à part dans l'historiographie française.

Enfin, les grandes consécrations devaient suivre : l'élection au Collège de France, donc, en 1970, souhaitée par Fernand Braudel ; l'Académie des inscriptions et belles-lettres, débouché naturel des maîtres antiquisants et médiévistes, en 1974 ; l'Académie française en 1987, ce qui, en revanche, n'allait pas de soi, et constituait comme une consécration à la fois pour le talent d'écrivain de Duby et pour la corporation universitaire qu'il symbolisait éminemment.

Georges Duby fut reconnu et honoré par tous les gouvernements, et il en accepta toujours les contacts. La « politique » ne l'intéressait pas vraiment. Il gardait pour lui l'expression de ses convictions profondes – assez communes dans le milieu universitaire – de justice, de liberté, d'humanité ; mais il restait discret quand il avait accepté de faire pour elles quelque geste ou quelque démarche. On ne le jugeait donc pas « engagé ». Au reste, un spécialiste du Moyen Âge est moins aisément « étiqueté » qu'un historien qui se collette en permanence avec Louis XIV, avec Robespierre ou avec Vichy. De là cette considération à peu près unanime, et tout autant méritée. Couvert d'honneurs, il ne s'était pourtant pas laissé totalement absorber par l'establishment ni par le Tout-Paris ; il était fidèle en amitié, même avec les anciens collègues restés plus obscurs, pourvu que, amoureux de la science, de l'art et des études, ils appartinssent à son authentique compagnonnage.

— Maurice AGULHON

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Écrit par

  • : professeur honoraire au Collège de France
  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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Georges Duby

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