ORWELL GEORGE (1903-1950)

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Deux romans écrits dans les dernières années de sa vie ont établi pour longtemps la notoriété internationale de George Orwell : Animal Farm (La Ferme des animaux, 1945) et 1984 (1950). L'importance et le succès de ces deux ouvrages, qui ont connu de médiocres adaptations cinématographiques, ont fait quelque peu écran au reste de l'œuvre et réduit le profil de l'écrivain à celui d'un brillant critique du socialisme et du totalitarisme, masquant ainsi l'étendue et la rigueur d'une œuvre aujourd'hui mieux connue et fréquemment étudiée. Orwell a conquis la célébrité un peu comme le simple continuateur, brillant, certes, et radical, d'une tradition d'anticipation pessimiste, celle des Zamiatine (Nous autres, 1924) et Huxley (Le Meilleur des mondes, 1932), qui était particulièrement cultivée par les auteurs anglais depuis Chesterton (Le Napoléon de Notting Hill, 1904) et Forster (La machine s'arrête, 1928). La référence première de l'écrivain, toutefois, reste Jonathan Swift. Et ses deux livres sont indépendants de toute tradition littéraire, y compris celle des écrivains sociaux qui l'ont précédé dans la vision d'un avenir sombre, comme le Jack London du Talon de fer (l'étude d'Orwell sur l'écrivain, écrite en 1945, montre qu'il n'avait guère d'estime pour ce roman). Sa démarche propre trouve ses racines dans le réalisme social et le témoignage engagé qui ont fondé ses livres antérieurs. Si l'ère des nouvelles technologies de communication et de contrôle a fait la fortune des concepts forgés pour le roman 1984, tels que « Big Brother », « Novlangue » ou « Police de la pensée », Orwell n'a fait que poursuivre avec logique et lucidité un vaste projet de critique sociale et politique qui anime l'ensemble de ses écrits. La Ferme des animaux et 1984 ne peuvent se résumer à l'analyse du socialisme dévoyé et du stalinisme, ni à la critique des totalitarismes de son temps.

George Orwell

Photographie : George Orwell

Paru en 1949, le roman d'anticipation 1984 de l'écrivain britannique George Orwell est une critique véhémente des totalitarismes. Il est également exemplaire d'un genre qui marqua le xxe siècle, la contre-utopie. 

Crédits : Ullstein Bild/ Getty Images

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Romancier et témoin

Auteur inclassable, le jeune Eric Blair avait décidé de devenir écrivain à vingt-quatre ans, mais n'avait pu passer à l'acte qu'au prix de l'inconfort matériel, adoptant dès son premier livre le pseudonyme de George Orwell, d'après le nom d'une rivière de la région où il vivait. La conversion à la littérature se fait sous le signe d'une double rupture, sociologique et politique. Né en Inde en 1903 au sein d'une famille qui a compté plusieurs fonctionnaires et militaires dépêchés par le gouvernement anglais, il abandonna une carrière déjà entamée dans la police impériale en Birmanie, trahissant les règles et les préceptes de son milieu d'origine pour l'aventure des petits emplois manuels à Paris et du vagabondage de la misère en Angleterre, avant de se lancer dans le journalisme – pour ne vivre de sa plume que dans les dernières années de sa vie. Son premier livre est le reflet direct de son expérience de la pauvreté : Down and Out in Paris and London (Dans la dèche à Paris et à Londres, 1933). Ses anciennes fonctions en Birmanie nourrissent Burmese Days (Une histoire birmane), publié d'abord aux États-Unis, par précaution, en 1934 ; « drame colonial », réquisitoire anti-impérialiste, c'est un peu l'histoire de l'homme qu'aurait pu devenir Orwell s'il était resté aux Indes, dans la contradiction entre haine de l'exploitation coloniale et compromission.

Dès lors, Orwell publie un livre par an jusqu'en 1941, dont seulement trois romans. The Road to Wigan Pier (Le Quai de Wigan) est une commande d'un éditeur de gauche qui encourageait le développement de cercles politico-littéraires dans le pays depuis 1936. Orwell y collabore malgré son opposition à la ligne politique de Front populaire divulguée par ces cercles. Depuis 1930, il participe également à des revues de gauche qui ne sont ni communistes ni travaillistes. Dans la logique de son premier livre, il enquête sur le nord de l'Angleterre, région ravagée par la crise et la pauvreté. Ces reportages sur la situation des couches populaires alimentent de cinglantes attaques contre les institutions et les impasses de la gauche britannique qui vont suciter de vives controverses. Le livre paraît avec succès en 1937 alors que l'auteur est déjà parti pour l'Espagne, d'où il rapporte un texte essentiel pour comprendre son évolution : Homage to Catalonia (1938). Engagé dans une milice d'extrême gauche, blessé sur le front, il est témoin des luttes intestines et sanglantes entre les communistes et ceux, « trotskisants » et anarchistes, qui s'opposent à eux sur leur gauche. Une expérience qui, sans l'avoir directement inspiré, est au cœur du film de son compatriote Kenneth Loach, Land and Freedom, tourné beaucoup plus tard (1995). Le livre est non seulement un des rares témoignages de première main publiés à l'époque sur la guerre civile espagnole, mais un récit attaché aux situations concrètes, qui évince toute théorie parasitant le réel et constitue une éclatante rupture avec la gauche traditionnelle et le communisme.

Dépourvus de tout pathos malgré la nature dramatique des situations décrites et analysées, ces deux témoignages rédigés avec rigueur révèlent une grande exigence de vérité, hors de tout compromis. C'est à cette époque qu'Orwell dit vouloir débarrasser son style de toute « bravoure littéraire », et recourir dans ses écrits à une prose analogue à une « vitre transparente ». Les romans qu'il écrit alors respectent cette exigence. Coming up the Air (1939, Un peu d'air frais) en est l'exemple le plus abouti, qui décrit l'odyssée banale d'un employé fuyant le quotidien pour un retour au passé et aux paysages de sa jeunesse, alors que les menaces de guerre se font plus précises. C'est un homme ordinaire (terme cultivé avec constance par l'auteur), un antihéros assez proche, au fond, de celui de 1984.

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Pour citer l’article

Daniel SAUVAGET, « ORWELL GEORGE - (1903-1950) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/george-orwell/