CRUIKSHANK GEORGE (1792-1878)

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Fils et frère d'artistes qui ont consacré une part non négligeable de leur activité à la caricature, George Cruikshank clôt la grande période de la caricature anglaise qui débuta avec Hogarth et se poursuivit avec Gillray et Rowlandson. Hogarth avait créé la caricature de mœurs, Gillray s'était particulièrement distingué dans la caricature politique, Rowlandson avait oscillé entre les deux expressions. George Cruikshank, dont le style, au départ, s'inspire directement de celui de Gillray, couvrira tous les domaines de la caricature et connaîtra une carrière exceptionnelle d'illustrateur. Sa première réalisation marquante est une Vie de Napoléon (1815). « Le Corse terrible » est encore la cible favorite des caricaturistes anglais. Cruikshank n'a pas reçu d'autres leçons de dessin que celles que lui a données son père. Lorsqu'il évoque son éducation artistique, c'est pour raconter un événement qui, selon lui, a joué un rôle déterminant dans son activité de caricaturiste : la vision, devant la prison de Newgate, de femmes qui se balançaient à des potences après avoir été condamnées pour fabrication de faux billets d'une livre. Cruikshank, profondément bouleversé, grave une planche à laquelle il donne la forme d'un billet d'une livre ; il y représente la scène dont il a été le témoin et ajoute la mention « contrefaçon interdite » (not to be imitated). Cette œuvre funèbre et grinçante est sa première grande réussite.

Le style relâché de nombre de ses réalisations lui est souvent reproché. Mais il compense largement ce défaut par une imagination sans égale. Comme ses illustres prédécesseurs, il fait montre d'un goût immodéré pour la représentation d'immenses foules. Cette tendance à l'exagération est telle qu'elle le conduit parfois à une vision planétaire.

L'œuvre intitulée Le monde entier vient à Londres pour l'Exposition universelle (1851) nous montre le globe terrestre dont les habitants, minuscules, sont en marche vers un gigantesque pavillon tout en longueur. Dans ce dessin, Cruikshank achève le discours de ses prédécesseurs par une apothéose qui marque bien la puissance impériale de l'Angleterre, délivrée des hantises d'un débarquement possible des forces françaises, au faîte de sa puissance, maîtresse des mers (ses clippers sont les bateaux les plus rapides du monde). Par cette image, l'une des plus significatives de toute l'histoire de la caricature, Cruikshank, en même temps qu'il illustre la puissance de son pays, nous fait prendre une conscience aiguë d'un savoir qui n'est pas, paradoxalement, vérifiable par la vue. Avec lui, l'astronomie galiléenne et l'astronomie newtonienne participent à notre divertissement. La disproportion propre à la charge caricaturale réside dans la représentation du pavillon. Le mouvement ascensionnel des foules vers l'Exposition universelle montre bien que le pôle d'attraction de la planète, son véritable « endroit », est l'Angleterre. Le politico-centrisme contrebalance ce que la perception d'une Terre sans haut ni bas pourrait avoir de vertigineux.

En mettant en scène assez fréquemment le personnage de John Bull, symbole de l'Anglais moyen, Cruikshank donne à la caricature sa dimension allégorique. Il n'en tirera pas toutefois le meilleur parti. Ce sont, en effet, les caricaturistes français — Daumier, Traviès, Monnier et Gavarni, en particulier — qui verront dans la représentation allégorique un moyen de simplifier leurs compositions en centrant l'attention sur un ou deux personnages principaux.

Parmi les œuvres très abondantes que Cruikshank a illustrées, il faut citer Oliver Twist de Charles Dickens, Journal de l'année de la peste de Daniel Defoe et, surtout, les Contes populaires de Grimm.

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Marc THIVOLET, « CRUIKSHANK GEORGE - (1792-1878) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/george-cruikshank/