CALAME-GRIAULE GENEVIÈVE (1924-2013)

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L’ethnologue Geneviève Calame-Griaule est née à Paris le 19 novembre 1924. Fille du célèbre ethnologue africaniste Marcel Griaule, elle doit son double nom à son mariage avec le musicologue et violoniste Blaise Calame, en 1952.

Geneviève Calame-Griaule

Photographie : Geneviève Calame-Griaule

Geneviève Calame-Griaule en 1948, alors qu'elle est professeur de lettres classiques à Marrakech. 

Crédits : D.R.

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C’est sous la houlette de ce père admiré que s’est déroulée sa formation universitaire, avec, d’une part, un cursus de lettres classiques qui aboutit à une agrégation de grammaire, et, d’autre part, une formation d’arabisante, sanctionnée par deux diplômes, de 1947 à 1949. Dès 1946, elle s’initie à la recherche de terrain en accompagnant Marcel Griaule chez les Dogon du Mali pour un premier séjour de quatre mois. C’est l’occasion pour elle d’une initiation à la langue et à la parole dogon, dans le sillage de son père qui avait déjà placé les pratiques langagières au cœur de ses préoccupations ethnologiques, notamment pour ce qui est de la mythologie.

Entrée au C.N.R.S. en 1951, dans la section d’ethnologie, elle effectue encore plusieurs missions dans ce nouveau cadre. Elles lui permettent d’affiner ses connaissances de la langue dogon (un dictionnaire est publié en 1968), et de recueillir un important corpus de littérature orale, en particulier de contes. Une synthèse de cette double orientation de recherche donne lieu à son œuvre maîtresse, sa thèse d’État publiée en 1965 sous le titre Ethnologie et langage. La parole chez les Dogon. Cet imposant ouvrage est deux fois réédité, en 1987 et en 1989, avec quelques additions et remaniements, ce qui témoigne de la permanence de son succès dans le champ des sciences humaines. Comme l’indique la première partie du titre, la visée n’est pas seulement monographique. Il s’agit aussi, à partir du cas dogon, de conduire une réflexion théorique sur la place du langage et des actes de parole, dans leur représentation comme dans leur pratique, à l’intérieur d’une investigation ethnologique qui se donne pour but de comprendre le mode de pensée d’une autre culture.

Dans le domaine de l’africanistique, ce livre est un des premiers grands ouvrages d’ethnolinguistique, dans la lignée des pionniers anglo-saxons de la discipline (Bronislaw Malinowski, Edward Sapir, Benjamin Lee Whorf), et avant qu’en France le concept ne s’impose en sciences humaines. Il appartient à ce courant par la mise en contexte systématique des actes de parole considérés, ainsi que par la nécessité qui s’y trouve affirmée de partir des notions et catégories de pensée endogènes regardées dans leur logique propre (l’emic des Anglo-saxons), avant que n’intervienne la nécessaire distanciation scientifique (l’etic).

Par la suite, le nom de Geneviève Calame-Griaule est toujours associé aux ouvrages fondateurs de l’ethnolinguistique en France, qu’elle en soit un des contributeurs (L’Ethnolinguistique), ou bien l’initiatrice (Langage et cultures africaines. Essais d’ethnolinguistique). Ce positionnement théorique l’a aussi amenée à s’intéresser, parfois au-delà du strict domaine africaniste, à la spécificité de la littérature orale (Le Renouveau du conte) et au style oral des conteurs (notamment chez les Touareg et les Isawaghen), en prenant notamment en considération la diction et la gestuelle, questions auxquelles elle a consacré plusieurs articles et ouvrages.

Dès les années 1970, en parallèle de ses activités de chercheur, Geneviève Calame-Griaule anime en tant qu’enseignante plusieurs séminaires à l’Institut des langues et civilisations orientales et à l’université de la Sorbonne-Nouvelle. En 1977, elle fonde un laboratoire C.N.R.S.-Inalco, « Langage et culture en Afrique de l’Ouest », dont elle assure la direction jusqu’à sa retraite, en 1989. Elle participe aussi, en 1976, à la création des Cahiers de littérature orale (publications de l’Inalco – Langues O’), une revue où elle écrira de nombreux articles. Plus tard, elle intègre également l’association Les Classiques africains qui propose des éditions bilingues des chefs-d’œuvre de la littérature orale africaine. À partir de 1998, elle en a assuré la présidence jusqu’à la fin de sa vie. Très active, enfin, à la Société des africanistes, elle en est la secrétaire générale de 1975 à 1988.

Ce statut et ce rayonnement institutionnels, ses nombreuses publications, comme auteur ou comme éditeur, ont permis à Geneviève Calame-Griaule de fonder [...]

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Écrit par :

  • : professeur émérite de l'université de Savoie, chercheur au laboratoire Langages, langues et cultures d'Afrique noire (Llacan), U.M.R. 8135 du C.N.R.S.

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Pour citer l’article

Jean DERIVE, « CALAME-GRIAULE GENEVIÈVE - (1924-2013) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/genevieve-calame-griaule/