KASPAROV GARRY (1963- )

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Champion d'échecs russe, considéré par beaucoup comme le meilleur joueur de tous les temps. Lorsqu'il naît le 13 avril 1963 à Bakou, dans ce qui est alors la République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan, Garry Kasparov s'appelle Weinstein. Son père est juif, sa mère arménienne et tous deux aiment les échecs, sport national en U.R.S.S. La légende raconte que le petit Garry apprend à jouer avant six ans, en déduisant la marche des pièces après avoir vu ses parents essayer de résoudre un problème posé dans un journal. Son père, Kim Weinstein, meurt en 1970 et c'est sa mère, Clara, qui le conseillera tout au long de sa carrière. Très vite, le talent du jeune Azerbaïdjanais est détecté et, en 1973, il intègre la fabrique à champions dirigée par l'ancien champion du monde Mikhaïl Botvinnik (1911-1995). En 1975, jugeant que son nom risque de le gêner, sa famille lui fait adopter la version russifiée du nom de jeune fille de sa mère, Kasparian.

Un goût acharné pour le travail, un don combinatoire et une mémoire sidérante transforment vite Garry Kasparov en un prodige des échecs. Il n'a que treize ans lorsqu'il gagne pour la première fois le championnat d'U.R.S.S. juniors, face à des adversaires plus âgés que lui. En 1979, à Banja-Luka (Yougoslavie), il remporte son premier tournoi de grands maîtres alors que lui-même ne se verra accorder ce titre que l'année suivante, en devenant champion du monde junior. Les victoires se succèdent dans un style flamboyant. Kasparov est un attaquant-né, n'aimant rien tant que les positions dynamiques qu'il peut faire exploser grâce à des sacrifices calculés avec une précision confondante. Allié à un charisme et à une fougue rares dans ce milieu, ce style spectaculaire fait de Kasparov l'exact opposé de celui qui, depuis 1975, détient le titre de champion du monde, Anatoli Karpov (né en 1951), incarnation de l'apparatchik soviétique.

L'affrontement entre les deux hommes est inéluctable tant ils dominent les soixante-quatre cases. La saga des rencontres Karpov-Kasparov va entrer dans la légende des échecs. Même si tous deux sont membres du Parti communiste, le premier représente le système tandis que le second préfigure la perestroïka de l'ère Gorbatchev. Leur première confrontation débute à l'automne de 1984, à Moscou. Le règlement prévoit que le vainqueur sera le premier à totaliser six victoires. Kasparov, fidèle à lui-même, part baïonnette au canon à l'assaut de la forteresse Karpov et se brise contre le jeu glacé du champion du monde.

Le challenger est dominé. Cinq défaites à zéro. Alors, l'Azerbaïdjanais joue la prudence et attend, accumulant les parties nulles. Face à lui, Karpov, dont le point faible a toujours été une constitution physique frêle, s'épuise et ne parvient pas à arracher le point décisif. Il s'étiole et Kasparov revient à la marque : 5-1, 5-2, 5-3. C'est à ce moment que le Philippin Florencio Campomanes, président de la Fédération internationale des échecs (F.I.D.E.), voyant Karpov tituber comme un boxeur au bord du K.O., arrête et annule le match, au mépris de toute éthique sportive, le 15 février 1985, après la 48e partie. La nouvelle finale se jouera au meilleur des 24 parties, un changement de règlement censé favoriser Karpov. Mais Garry Kasparov, moins téméraire, ne répète pas ses erreurs et, le 9 novembre 1985, à vingt-deux ans, devient le plus jeune champion du monde de l'histoire. Par trois fois, en 1986, 1987 et 1990, Karpov revient à la charge ; par trois fois son cadet lui résiste.

Le Mur de Berlin tombe, l'U.R.S.S. l'imite. Garry Kasparov devient russe, ambassadeur planétaire des échecs et homme d'affaires. En 1993, il claque la porte de la F.I.D.E. pour fonder sa propre organisation, la Professional Chess Association (P.C.A.), qui vise à professionnaliser la discipline à l'instar d'autres sports. Avec le soutien de la firme Intel, la P.C.A. lance un circuit de compétitions richement dotées, dont certaines se jouent sur un rythme rapide, adapté à la télévision. En 1993 et en 1995, cette structure organise deux championnats du monde, au cours desquels Kasparov triomphe respectivement du Britannique Nigel Short et de l'Indien Viswanathan Anand.

Véritable modernisateur du jeu des rois, Kasparov va aussi passer à la postérité pour ses matches médiatiques contre le super-ordinateur d'I.B.M., Deep Blue. Le Russe gagne une première confrontation en 1996 en mettant en évidence certains défauts de la machine mais perd la revanche l'année suivante, pour des raisons plus psychologiques qu'échiquéennes. Avec cette retentissante défaite, quelque chose s'est cassé dans la belle mécanique Kasparov, même s'il survole encore les tournois auxquels il participe. Son prodigieux ego l'a progressivement coupé du reste de la famille des échecs. Intel cesse son partenariat avec la P.C.A., qui disparaît ; son site Internet fait faillite. En 2000, remettant une nouvelle fois son titre en jeu face à son compatriote et ancien disciple Vladimir Kramnik, il perd deux parties sans en gagner aucune, cédant sa couronne quinze ans presque jour pour jour après l'avoir conquise.

Pour la plupart des observateurs, il n'en demeure pas moins le numéro un. Divisé, comme la boxe, en championnats concurrents, le monde des échecs attend de Garry Kasparov un retour au sommet qui réunifierait les titres. Mais le 10 mars 2005, remportant ce jour-là, pour la neuvième fois, le tournoi espagnol de Linares, le Russe annonce sa retraite à la surprise générale : il va se consacrer à son autre passion, la politique. En juin naît le Front civique unifié qui se propose de restaurer la démocratie électorale en Russie. Un an plus tard, le mouvement contribue à fonder L’Autre Russie, coalition d’opposants à Vladimir Poutine. Plusieurs marches et manifestations se succèdent en 2007, qui valent à Garry Kasparov deux courts séjours en prison. Désigné pour représenter la coalition à l’élection présidentielle de 2008, celui-ci renonce toutefois à se présenter, dénonçant les obstacles suscités par le pouvoir contre sa candidature.

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Pour citer l’article

Pierre BARTHÉLÉMY, « KASPAROV GARRY (1963- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/garry-kasparov/