GALVANOPLASTIE

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Mise au point simultanément par Moritz Hermann von Jacobi à Saint-Pétersbourg et par Spencer en Angleterre dès 1837, la galvanoplastie est un procédé électrochimique permettant de recouvrir un alliage ou un matériau rendu conducteur d'une couche de métal, grâce à l'électrolyse d'un électrolyte contenant un sel de ce métal. Cette technique (décrite dans Principes d'analyse scientifique. La sculpture, méthode et vocabulaire, Imprimerie nationale, Paris, 1978), perfectionnée et industrialisée par la maison Charles Christofle à Paris et les établissements Elkington à Birmingham, permettait la reproduction des œuvres sculptées à partir de moules non conducteurs en gutta-percha (gomme provenant du latex de certains arbres), recouverts alors de plombagine. Le moule relié au pôle négatif d'une pile se recouvre d'un dépôt métallique, épousant les moindres détails de l'objet original.

La première Exposition internationale des créations de l'art et de l'industrie qui s'est tenue à Londres en 1851, dans le Crystal Palace de Joseph Paxton, fit connaître au public les premières réalisations en galvanoplastie.

Ce fut le triomphe des orfèvres, dont l'histoire est retracée par Henri Bouilhet et Margo Raïssac dans 150 Ans d'orfèvrerie (Chêne-Hachette, Paris, 1981). En offrant de véritables fac-similés, la galvanoplastie bouleversa les idées sur le luxe. Elle permettait en effet de reproduire un objet à des centaines, voire à des milliers d'exemplaires ; c'était le début de l'orfèvrerie industrielle. Quand, en 1868, des soldats prussiens découvrent à Hildesheim une vaisselle d'argent romaine d'influence hellénistique datant du ier siècle, Christofle envoie ses orfèvres prendre des moulages et en réalise une édition en galvanoplastie destinée à la pédagogie dans les musées. Les œuvres en galvanoplastie ont alors la valeur didactique des copies. Charles Christofle compare ce procédé à ce qu'avait été l'imprimerie pour le livre ! Le trésor de Bernay (cabinet des Médailles, Bibliothèque nationale, Paris), la coupe d'argent trouvée sur l'ancien site d'Alésia, Alise-Sainte-Reine (musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye), le trésor de Boscoreale (offert par la famille Rothschild au Louvre) sont reproduits par Christofle ou par Barbedienne.

À l'étranger, Elkington ou Franchi en Angleterre, Haas à Vienne produisent d'excellentes reproductions d'argenterie antique. Le South Kensington Museum de Londres, les musées d'Arts décoratifs de Berlin, de Nuremberg, de Vienne, de Munich achètent aussi des galvanoplasties dans un but pédagogique. En 1887, l'Union centrale des arts décoratifs (futur musée des Arts décoratifs, à Paris) s'adresse à Charles Christofle pour constituer des reproductions d'objets historiques et archéologiques.

Plus tard Henri Bouilhet, neveu et successeur de Charles Christofle, participera, au début du second Empire, à l'invention de la galvanoplastie massive. Il s'agit de couler un métal dans une coquille galvanique pour lui donner l'aspect et l'usage d'une fonte. On obtient à bas prix et en une seule pièce une reproduction parfaite. La galvanoplastie massive ou en ronde bosse a permis d'exécuter pour l'Opéra de Paris les cariatides de Carrier-Belleuse, la rampe d'escalier de Garnier, les sculptures extérieures de Millet et de Gumery. Les deux exemples qui impressionnèrent le plus le public furent, en 1859, le wagon offert au pape Pie IX par la Compagnie des chemins de fer Pio-Latina et conçu par l'architecte Émile Trelat (Museo di Roma, Rome) et, en 1867, la statue de Notre-Dame-de-la-Garde à Marseille, de Lequesne, qui mesure 9,70 m de haut.

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Sylvain BELLENGER, « GALVANOPLASTIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/galvanoplastie/