SERRANO Y DOMÍNGUEZ FRANCISCO (1810-1885)

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Général et homme politique espagnol, Francisco Serrano y Domínguez commence sa carrière à l'école des cadets et, au cours des guerres carlistes, passe du grade de capitaine à celui de brigadier général, souvent sous les ordres d'Espartero ou de Fernández de Córdoba. En 1839, il se retrouve député aux Cortes pour représenter le district de Málaga. Opposé à Espartero, il fait partie en 1843 de la conspiration qui met un terme à la régence du duc de la Victoire, après avoir été un de ses principaux soutiens deux années auparavant pour que celui-ci se débarrasse de la corégente Marie-Christine. Déjà général de division et commandant de la région militaire de Valence, il est nommé ministre de la Guerre dans les cabinets de Joaquín María López et de Salustiano de Olozaga ; sénateur en 1845, il est envoyé comme capitaine général dans la région de Grenade en 1848. Il est alors supplanté comme favori d'Isabelle II par Narváez, qui sera son constant rival.

Serrano participe au soulèvement d'O'Donnell en 1854, rétablissant par la voie de l'Union libérale les institutions constitutionnelles et s'opposant aux tentatives de Bravo Murillo et de la camarilla royale qui veulent créer un régime voisin de celui que Louis Napoléon Bonaparte vient d'installer en France par un coup d'État. Capitaine général de Cuba (1859-1862) et de Madrid (1865), il devient le chef de l'Union libérale à la mort du général O'Donnell. Il a été fait duc de la Torre, bénéficiant de la grandesse d'Espagne. Dans le ministère d'O'Donnel, il contribue à mater les premières insurrections démocratico-progressistes, comme celle de la caserne San Gil à Madrid le 22 juin 1866. À la mort d'O'Donnell, en tant que président du Sénat, il sauve encore une fois la couronne, mais, gagné à l'idée de la nécessité du changement, il est, comme bon nombre d'autres généraux, envoyé en exil forcé et transporté aux îles Canaries le 7 juillet 1868. Deux mois et demi plus tard, l'amiral Topete lui enverra un navire pour qu'il participe à la révolution de Septembre, qui marque la chute et l'exil de la reine Isabelle II. Il assume en effet le commandement de l'armée insurgée et défait les troupes royales sans trop de peine au pont d'Alcolea, victoire que la légende populaire a voulu attribuer au général Prim.

Serrano constitue le gouvernement provisoire. Élu régent par les Cortes, il défend la position nettement monarchiste des militaires, partisans d'un changement de régime se bornant à la substitution de la famille régnante et à l'établissement d'une nouvelle Constitution plus démocratique. La révolution de 1868 est donc finalement bourgeoise et militaire, répétition plus radicale de la révolution de 1854, un peu ce que sera celle de la seconde République de 1931. Le peuple y a participé ; il ne l'a pas dirigée ; il n'en a pas profité, même pas par l'établissement du suffrage universel, qui ne sera instauré qu'en 1890.

Serrano réprime certaines insurrections cantonalistes, démocratiques et de type fédéraliste, en Catalogne, en Aragon et en Andalousie. En janvier 1871, il cède la place au roi Amédée Ier de Savoie, finalement choisi parmi tous les prétendants au trône d'Espagne. Prim disparu, le roi l'appelle à la présidence du Conseil, et Serrano, heureux de conserver le pouvoir, accepte et continue avec une représentation semblable à celle du gouvernement provisoire. Mais la confusion politique est extrême : on distingue jusqu'à seize partis. Serrano doit céder la place. Il n'est satisfait ni qu'Amédée Ier soit roi, ni que la république soit proclamée après l'abdication d'Amédée Ier le 11 février 1873. Il conspire contre la république et, son complot ayant échoué le 23 avril, il s'exile en France, à Biarritz.

Le coup d'État antirépublicain du général Pavía lui permet un retour triomphal. De nouveau chef de l'exécutif, il lutte contre l'insurrection carliste qui persiste. Et déjà Cánovas intrigue pour le rétablissement de l'ancienne monarchie, en la personne du jeune Alphonse XII. L'année 1874 sera une année de transition et de luttes sourdes et intestines. Serrano veut le pouvoir absolu à vie dans une république unitaire. Mais il commet la maladresse d'abandonner la présidence du gouvernement au profit du général Zavala pour délivrer Bilbao. Au retour de la dynastie des Bourbons et d' [...]

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  • : professeur à l'université de Paris-VIII, directeur de l'Institut d'études hispaniques et hispano-américaines

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Pour citer l’article

Louis URRUTIA-SALAVERRI, « SERRANO Y DOMÍNGUEZ FRANCISCO - (1810-1885) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/francisco-serrano-y-dominguez/