CACCINI FRANCESCA (1587-env. 1641)

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La compositrice et chanteuse florentine Francesca Caccini, également appelée Francesca Signorini, Francesca Signorini-Malaspina ou Francesca Raffaelli, surnommée la Cecchina, fit partie de la poignée de femmes dans l’Europe du xviie siècle dont les compositions furent publiées. Elle produisit ses œuvres majeures alors qu’elle vivait à la cour des Médicis, à Florence.

Francesca Caccini naît le 18 septembre 1587. Sa sœur Settimia et elle sont introduites dans le monde musical florentin par leur père, Giulio Caccini, compositeur réputé d’opéras et de madrigaux. Elle chante probablement lors de la création, en 1600, d’Euridice, un opéra qui inclut des contributions de son père interprétées par ses élèves (la plus grande partie de la musique a été écrite par Jacopo Peri). La même année, elle chante vraisemblablement aussi dans Il rapimento di Cefalo (« L’enlèvement de Céphale »), composé par Giulio sur un livret de Gabriello Chiabrera. Après avoir échoué deux fois, en 1604 et 1606, à s’assurer un travail régulier comme compositrice et chanteuse en dehors de Florence, elle rejoint finalement son père au service des Médicis, en novembre 1607.

La musicienne, qui a appris à jouer de plusieurs instruments – luth, guitare, clavecin – en plus de l’art vocal, se voit confier différents rôles, mais ses fonctions principales sont de chanter et d’enseigner le chant à toutes sortes de membres de la cour. Comme beaucoup de recueils d’airs de cette période, son unique livre de madrigaux pour une et deux voix avec basse continue, Il primo libro delle musiche (1618), obéit peut-être à une double visée artistique et pédagogique, et offre un aperçu de ses méthodes d’enseignement. L’ouvrage contient une grande variété de genres musicaux, associés à des textes sacrés aussi bien que profanes, et inclut une notation détaillée pour l’ornementation vocale. À en juger d’après les essais introductifs des deux recueils d’airs écrits par Giulio Caccini, enseigner l’art de l’ornementation constitue alors l’une des principales tâches d’un professeur de chant. À partir de la fin du xxe siècle, Il primo libro suscitera l’intérêt des chercheurs, en quête d’éventuels éléments autobiographiques à travers lesquels la compositrice se serait présentée au public, ainsi que d’une meilleure compréhension de l’histoire de la romanesca, une formule mélodique-harmonique répétée qui sert de base à plusieurs de ses œuvres.

Le livre de madrigaux de Francesca ne représente sans doute qu’une petite partie des airs qu’elle compose dans le but soit de les interpréter elle-même en public, soit de les utiliser comme matériel pédagogique pour ses élèves. Elle écrit en outre de la musique pour de nombreux divertissements de cour – œuvres pour la scène et ballets –, dont certains sont destinés aux fêtes du carnaval, tandis que d’autres doivent marquer des événements importants dans la vie de ses mécènes. C’est sa composition de 1607 pour le divertissement de carnaval, La stiava («  L’esclave »), qui décide les Médicis à l’engager à leur service. La seule publication pour la scène lyrique qui nous soit parvenue, typique du « premier baroque » florentin, est l’opéra La liberazione di Ruggiero dall’isola d’Alcina (1625 ; « La libération de Roger de l’île d’Alcine »), d’après un épisode du roman épique de l’Arioste, Roland furieux, sur un livret de Fernando Saracinelli.

Aussitôt après être entrée au service des Médicis, elle se marie avec Giovanni Battista Signorini, dont elle a une fille, Margherita, en 1622. Après la mort de Signorini en 1626, elle se remarie avec Tomaso Raffaelli, qu’elle suit dans sa ville natale de Lucques. Il semble qu’elle y trouve un emploi fixe au service de Vincenzo Buonvisi, membre influent d’une famille de banquiers. En 1628, les époux ont un fils, également appelé Tomaso. Raffaeli meurt en 1630 et Francesca retourne à la cour des Médicis en 1633, où elle continue à se produire, composer et enseigner.

Qu’elle fût une femme eut d’autant plus de répercussions sur sa position dans la vie que le rôle des femmes était à l’époque un sujet vivement controversé parmi les intellectuels florentins. Ses activités en tant que compositrice contribuèrent à façonner l’environnement culturel de la cour, rassemblée autour de Christine de Lorraine (épouse de Ferdinand Ier de Médicis) ; en tant que femme elle-même, elle aida à renforcer l’action et les programmes culturel et politique de sa mécène. Bien qu’elle ait donné une éducation musicale à sa fille, Francesca Caccini semble avoir été partagée quant aux activités de Margherita comme musicienne professionnelle ; en 1637, elle lui interdit de chanter dans une comédie, de peur que cela ne compromette son statut social ainsi que celui de son frère. On ignore si elle est encore en vie après le mois de juin 1641. En 1645, Tomaso devient pupille de son oncle, Girolamo Raffaelli, quoiqu’on ne sache pas exactement si cela résulte de la mort de Francesca, de son remariage ou d’une autre circonstance.

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Écrit par :

  • : professeure de musique, Rutgers university, New Brunswick, New Jersey (États-unis)

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CACCINI GIULIO, dit GIULIO ROMANO (1545 env.-1618)

  • Écrit par 
  • Philippe BEAUSSANT
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Chanteur, instrumentiste et compositeur, Giulio Caccini fut intimement lié au cercle du comte Bardi. Cette assemblée de poètes et de musiciens, par ses discussions esthétiques et particulièrement ses spéculations sur la musique de l'Antiquité grecque et ses rapports avec le théâtre et la poésie, exerça une action décisive sur le développement de la monodie accompagnée et de l'opéra. Avec Peri, mem […] Lire la suite

Pour citer l’article

Rebecca CYPESS, « CACCINI FRANCESCA (1587-env. 1641) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/francesca-caccini/