FRANCE (Le territoire et les hommes)Un siècle de politique économique

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

quelques données-clés.
CapitaleParis
Unité monétaireeuro (EUR)
Population65 404 000 (estim. 2021)
R.N.B. par habitant (USD)42 290 (2019)

1945-1973 : le « miracle français »

De la fin de la guerre à la première crise du pétrole, la France connaît un taux de croissance exceptionnel (tabl. 1) , mais plus encore des progrès qualitatifs remarquables : l'investissement et les gains de productivité se situent à des niveaux très élevés, supérieurs à la moyenne de l'OCDE. (tabl. 2)

Taux de croissance annuel du P.I.B.

Tableau : Taux de croissance annuel du P.I.B.

Le taux de croissance annuel du P.I.B. de la France au XXe siècle: moyennes pour les périodes considérées, en pourcentage. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

Économie entre 1960 et 1973

Tableau : Économie entre 1960 et 1973

L'économie française entre 1960 et 1973: valeurs moyennes pour les périodes considérées, en pourcentage. Entre parenthèses: moyennes pour l'O.C.D.E. (source: O.C.D.E., «Statistiques rétrospectives»). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

Économie entre 1960 et 1973

Tableau : Économie entre 1960 et 1973

L'économie française entre 1960 et 1973: valeurs moyennes pour les périodes considérées, en pourcentage. Entre parenthèses: moyennes pour l'O.C.D.E. (source: O.C.D.E., «Statistiques rétrospectives»). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

La modernisation par l'État

Les tendances au pouvoir après la Seconde Guerre mondiale – gaullistes, démocrates-chrétiens, socialistes, communistes – partagent la même volonté de changement, même si elles ne donnent pas tout à fait le même sens à ce terme. Ainsi, selon Pierre Rosanvallon, « la notion de malthusianisme joue après 1945 le même rôle que celle d'Ancien Régime après 1789 : elle permet le consensus, comme si la dénonciation du vieux suppléait l'indétermination du neuf ».

Un élément clé de ce consensus repose sur le rôle attribué à l'État dans la modernisation de l'économie, puisque le patronat en paraît incapable. Moralement, il semble discrédité, comme le rappelle Pierre Lefaucheux, premier président de la Régie Renault nationalisée : « La faillite du capitalisme n'avait pas été clairement établie par les difficultés économiques de la période 1919-1935. Elle est apparue d'une manière éclatante lorsque toute une partie du patronat de 1940 s'est ruée vers la collaboration. » Le capitalisme français paraît surtout trop faible pour soutenir et financer l'effort de modernisation. L'argument qui vaut pour les houillères, dispersées et vétustes, s'étend aux secteurs de pointe comme l'aéronautique pour laquelle l'ampleur des investissements dépasserait les moyens du privé. Dans le cas de l'électricité, où la concentration était déjà bien entamée avant 1939, on insiste sur l'indispensable harmonisation du réseau, la nécessité de lancer un vaste programme hydroélectrique et l'idée que l'organisation du secteur débouchera sur un monopole que l'État seul pourra assumer.

Cette condamnation n'est pas le fait de la seule gauche. Le général de Gaulle acquiesce pour l'essentiel. Même s'il s'oppose à certaines nationalisations (sidérurgie), il justifie leur principe : « C'est à l'État, aujourd'hui comme toujours, qu'il incombe de bâtir la puissance nationale, laquelle, maintenant, dépend de l'économie. Tel est à mes yeux le motif principal des nationalisations, de contrôle, de modernisation. »

Ces nationalisations se déroulent en trois vagues. D'abord, une série d'ordonnances, jusqu'en juin 1945, où passent sous le contrôle public Renault et Gnome et Rhône, considérées comme coupables de collaboration, mais aussi les transports aériens, Sciences po, tandis que les mines de charbon sont réquisitionnées. De décembre 1945 à juin 1946 sont ensuite votées des lois qui entérinent les plus importantes acquisitions du secteur public : la Banque de France et les quatre grandes banques de dépôt (Société générale, Crédit lyonnais, Banque nationale du commerce et de l'industrie, Comptoir national d'escompte), le gaz et l'électricité, les charbonnages ainsi que trente-quatre compagnies d'assurances. En 1948, enfin, ces mesures sont complétées par la prise de contrôle de la marine marchande et la création de la RATP.

Aux nationalisations il convient d'ajouter la création de nombreux organismes publics destinés à encadrer l'économie : Bureau de recherche pétrolière, Commissariat à l'énergie atomique... L'accent est mis sur l'effort de recherche, comme le confirme la création du CNRS.

Bien d'autres réformes décisives doivent être portées au crédit de cette période. La plus importante concerne la planification avec la création, en janvier 1946, du Commissariat général du plan. Sa mission consiste à dégager les priorités économiques et à concentrer les moyens de l'État sur quelques secteurs clés. Pour cela est créé le Fonds de modernisation et d'équipement qui deviendra, lors du IIe plan, Fonds de développement économique et social. Cet organisme entérine les projets d'investissement des grandes entreprises nationales ; il étudie également les demandes de subventions qui sont adressées à l'État et juge de leur conformité avec les objectifs du plan. Comme le note Pierre Rosanvallon, « le plan a surtout servi à planifier l'État lui-même » et a permis aux dirigeants du pays de définir clairement leurs objectifs. Par ailleurs, la Sécurité sociale, instaurée en 1945 et 1946, correspond à un souci social mais sert aussi à renforcer le dispositif nataliste et à maintenir la main-d'œuvre en bonne santé. Ainsi le social rejoint l'économique, ce que confirment la réforme du fermage et du métayage, le nouveau statut des fonctionnaires, la création des comités d'entreprise et l'inscription du droit de grève dans la Constitution : des travailleurs mieux protégés seront des travailleurs plus motivés et, partant, plus efficaces.

Rien ne serait possible, cependant, si l'État ne se dotait des moyens humains appropriés. Tel est le sens de la nationalisation partielle en 1945 de l'École libre des sciences politiques (Sciences Po), volontiers accusée d'avoir formé une élite de hauts fonctionnaires issue de la bourgeoisie et imbue des théories libérales. En contrepoint est créée l'École nationale d'administration, l'ENA, où enseigneront Alfred Sauvy, Pierre Uri, François Bloch-Lainé (auteur de Profession fonctionnaire), plus tard Simon Nora, autant de représentants notables du camp des modernisateurs. Cette institution contribuera de plus en plus, à côté de Polytechnique et, parfois, de Normale sup, à former les grands commis de l'État qui s'illustreront dans les ministères et à la tête des entreprises publiques. Afin que ces hommes soient mieux informés sont créés l'Institut national de la statistique et des études économiques, l'Institut national d'études démographiques et la Direction de la prévision (le terme date de 1962) du ministère de l'Économie et des Finances, tandis que les méthodes de la comptabilité nationale seront expérimentées à partir de 1951.

L'État se trouve ainsi doté de moyens considérables. La France n'est pourtant pas devenue un pays socialiste. Jean Bouvier n'hésite pas à parler d'une « révolution confisquée ». C'est que, par la force des choses, la France est dans le camp américain. Le capitalisme reste en place et beaucoup des hommes au pouvoir entendent non pas le réduire, mais au contraire permettre l'émergence de puissantes entreprises privées. Ils ne veulent renforcer le rôle de l'État que dans la mesure où le secteur privé est insuffisant, comme le précisera très clairement Pierre Massé, commissaire au Plan lors du IVe plan : « Le plan est un substitut au marché dans le cas où celui-ci est irréalisable, défaillant ou dépassé. »

Jean Monnet n'a pas une autre conception, lui qui limite volontairement le nombre des membre [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 32 pages

Médias de l’article

Taux de croissance annuel du P.I.B.

Taux de croissance annuel du P.I.B.
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Économie entre 1960 et 1973

Économie entre 1960 et 1973
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Économie française dans la crise

Économie française dans la crise
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Afficher les 3 médias de l'article


Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé d'histoire, enseignant en classe préparatoire
  • : maître de conférences en sciences économiques

Classification

Autres références

«  FRANCE  » est également traité dans :

FRANCE - Vue d'ensemble

  • Écrit par 
  • Serge BERSTEIN
  •  • 1 049 mots

Finistère du continent eurasiatique, ouverte sur le grand large par trois façades maritimes, bénéficiant, par sa situation en latitude qui la place à mi-distance de l'équateur et du pôle Nord, d'un climat tempéré, la France voit alterner sur son territoire les grandes zones de plaines et de plateaux des bassins sédimentaires et fluviaux et les reliefs montagneux situés sur sa périphérie, à l'excep […] Lire la suite

FRANCE (Le territoire et les hommes) - Géologie

  • Écrit par 
  • Jean AUBOUIN, 
  • Jean COGNÉ, 
  • Michel DURAND-DELGA, 
  • François ELLENBERGER, 
  • Jean-Paul von ELLER, 
  • Jean GOGUEL, 
  • Charles POMEROL, 
  • Maurice ROQUES, 
  • Étienne WINNOCK
  •  • 16 657 mots
  •  • 25 médias

L'Europe centrale et occidentale contraste avec la plupart des autres masses continentales par le compartimentage de son relief et du tracé de son littoral, compartimentage qui traduit celui de sa structure géologique et explique sans doute certains aspects de son développement historique. On peut cependant, malgré les irrégularités de leurs tracés, distinguer de grandes zones, correspondant aux p […] Lire la suite

FRANCE (Le territoire et les hommes) - Données naturelles

  • Écrit par 
  • Jacqueline BEAUJEU-GARNIER, 
  • Estelle DUCOM
  •  • 4 872 mots
  •  • 3 médias

544 435 kilomètres carrés, 65,7 millions d'habitants (2013), telles sont les données majeures de l'espace français, ce qui le classe au 42e rang pour la superficie et au 21e rang pour la population, parmi les États du monde.Dix-neuf fois plus petit que celui des États-Unis, trente-deux fois plus petit que celui de la Russie, le territoire métropolitain […] Lire la suite

FRANCE (Histoire et institutions) - Naissance d'une nation

  • Écrit par 
  • Jacques LE GOFF
  •  • 8 953 mots
  •  • 11 médias

Si la Gaule romaine peut apparaître avec le recul des siècles comme une ancêtre de la France, les territoires qui devaient constituer celle-ci ne formèrent que lentement, au cours du Moyen Âge, la préfiguration de son entité nationale. Divisée au lendemain des grandes invasions du v […] Lire la suite

FRANCE (Histoire et institutions) - Formation territoriale

  • Écrit par 
  • Yves DURAND
  •  • 12 875 mots
  •  • 7 médias

À l'encontre de ce qui fut jadis soutenu par nombre d'historiens, il semble établi aujourd'hui que la monarchie d'Ancien Régime ne connut presque jamais de politique des frontières naturelles. Aux xvie et xviie siècles […] Lire la suite

FRANCE (Histoire et institutions) - L'État monarchique

  • Écrit par 
  • Jehan de MALAFOSSE
  •  • 7 583 mots
  •  • 1 média

Liberté, égalité, ces deux principes constituent, en 1789, les fondements de l'ordre nouveau, mais plus encore la négation radicale de l'ancien droit français, en ce qui concerne tant la conception de l'État que celle des droits individuels. L'explosion individualiste de la Révolution française a gagné toute l'Europe, tandis qu'elle a profondéme […] Lire la suite

FRANCE (Histoire et institutions) - Le temps des révolutions

  • Écrit par 
  • Sylvain VENAYRE
  •  • 6 926 mots
  •  • 8 médias

Dès le début de l'année 1789, alors que se préparait la réunion des États généraux voulue par le roi Louis XVI, on parlait, en France, d'« Ancien Régime ». Les événements ultérieurs donnèrent à l'expression une dimension radicale qu'elle n'avait pas nécessairement dans son principe. Il n'empêche que la période qui s'ouvre en 1789 fut bien d'abord marq […] Lire la suite

FRANCE (Histoire et institutions) - La France d'aujourd'hui

  • Écrit par 
  • Serge BERSTEIN
  •  • 6 686 mots
  •  • 7 médias

La France libérée en 1945 est un pays en ruine, usé par une décennie de crise économique puis cinq années d'occupation. Or, durant la seconde moitié du xxe siècle, elle va connaître une spectaculaire mutation de ses structures économiques, sociales, politiques, culturelles, entraînant des transformations de l'existence quotidienne des Français comme l […] Lire la suite

FRANCE (Histoire et institutions) - Le droit français

  • Écrit par 
  • Jean-Louis HALPÉRIN
  •  • 7 138 mots
  •  • 2 médias

Qu'est ce que le droit français ? Si les enseignants spécialisés dans une branche particulière de ce droit n'éprouvent pas le besoin de répondre à une telle question, une présentation générale de cet « objet scientifique » nécessite quelques préalables méthodologiques. Les juristes positivistes considèrent qu'à chaque État correspond – et même s'identifie – un […] Lire la suite

FRANCE (Arts et culture) - La langue française

  • Écrit par 
  • Gérald ANTOINE, 
  • Jean-Claude CHEVALIER, 
  • Loïc DEPECKER, 
  • Françoise HELGORSKY
  •  • 15 783 mots
  •  • 1 média

Pour rendre compte de l'évolution d'une langue, le linguiste distingue traditionnellement deux sortes de facteurs : des facteurs internes, c'est-à-dire des mécanismes de changements proprement linguistiques, dus aux modifications et au réaménagement des systèmes, et des facteurs externes, à savoir les modifications de la société, des techniques, etc., ainsi que les événements historiques. Ces caus […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Pascal GAUCHON, Philippe LÉGÉ, « FRANCE (Le territoire et les hommes) - Un siècle de politique économique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/france-le-territoire-et-les-hommes-un-siecle-de-politique-economique/