OURY FERNAND (1920-1998)

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Dans une lettre adressée à Fernand Oury en 1972, Daniel Hameline saluait le mouvement de pédagogie institutionnelle que celui-ci avait fondé comme « la réalisation pédagogique française la plus marquante de la seconde moitié du siècle ». Fernand Oury est né le 18 janvier 1920 à Paris, et grandit à La Garenne-Colombes. Lors de sa disparition, le 19 février 1998, Lucien Martin et Jacques Pain avaient écrit que « la pédagogie tout entière, et particulièrement la pédagogie des terrains sensibles », prenait le deuil.

Itinéraire

Il faut tout d'abord resituer la jeunesse de Fernand Oury dans son contexte, celui de l'entre-deux-guerres et du Front populaire. Ses parents venaient de Nogent-en-Bassigny, le pays de la coutellerie. Son père était ouvrier polisseur chez Hispano Suiza, sa mère, après avoir été ouvrière chez Renault, ouvrit une agence immobilière à La Garenne. Il est très tôt « ajiste », membre du mouvement des Auberges de la jeunesse (A.J.). Pendant la guerre, suspecté de propagande contre l'occupant, il est interné à la prison des Tourelles, puis à la Santé en 1942. Autant d'expériences difficiles mais structurantes qui marqueront son « entrée en pédagogie ». Il est aussi un pratiquant assidu de boxe et de judo, et en tirera des leçons pour sa pédagogie.

En 1939, il se retrouve instituteur suppléant, avec une classe de 45 enfants. Il met entre parenthèses les réflexes acquis à l'« école caserne », et comprend très vite que les classes homogènes sont un rêve de politique, que « chaque élève est hétérogène ». « Charlemagne a menti ! » Ces élèves « ont un corps et des soucis personnels », et si le maître ne leur prête pas attention, ils « ne sont pas là ». Ils n'ont pas besoin d'une machine à enseigner, mais d'un adulte « vigilant, disponible, entier, vivant ». À partir de là, Fernand Oury postulera que l'éducation ne peut être que « sur mesure », comme le déclarent le courant de l'Éducation nouvelle et Édouard Claparède, une idée reprise plus tard par Piaget. En 1945, il démarre un journal dans sa classe. C'est l'époque où il s'est investi dans les caravanes ouvrières. Il y retrouve Félix Guattari, qu'il a eu brièvement comme élève. Les réflexions abondent, avec bien sûr son frère, Jean Oury, qui est en psychiatrie et rejoindra bientôt François Tosquelles à l'hôpital de Saint-Alban. Ce dernier sera aussi de ces recherches et de ces mouvements qui accompagneront la pédagogie institutionnelle en maturation.

Fernand Oury cherche sa voie, organisant ses références pédagogiques. Il est en quête de pratiques nouvelles, au plus près des problèmes de son temps. Il n'est pas loin d'un Anton Makarenko et de son « Poème pédagogique », ou du Fernand Deligny de La Grande Cordée, qu'il rencontrera en 1959 dans les Cévennes, puis en 1964 alors que ce dernier est à la clinique psychiatrique de La Borde ouverte par Jean Oury en 1953.

En 1949, il se décide à rejoindre le mouvement Freinet et adhère à l'Institut coopératif de l'école moderne (I.C.E.M.) fondé par ce dernier. Son stage, à Cannes, est un choc. Il découvre que des praticiens travaillent autrement et réussissent avec grande efficacité en se formant coopérativement. Il y a donc des alternatives à l'école « assise », pour reprendre la belle expression d'Adolphe Ferrière.

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Écrit par :

  • : professeur des Universités en sciences de l'éducation à l'université de Paris-X-Nanterre

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Pour citer l’article

Jacques PAIN, « OURY FERNAND - (1920-1998) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/fernand-oury/