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FENG [FONG] SACRIFICE

Terme désignant des cérémonies importantes qui consacraient l'autorité divine des dynasties impériales de la Chine. Les sacrifices Feng s'accomplissaient au sommet et au pied du Taishan, la montagne sacrée de l'est de la Chine, dans l'actuelle province de Shandong. Selon la tradition des lettrés de l'époque Han, les souverains mythiques de l'antiquité chinoise auraient tous accompli ces rites pour annoncer à l'univers entier leur avènement. En réalité, ces sacrifices furent célébrés pour la première fois en ~ 110 par le grand empereur Wu, de la dynastie des Han. Ils le furent ensuite en 56 sous l'empereur Guangwu, qui restaura la dynastie après l'usurpation de Wang Mang. Sous la dynastie Tang, l'empereur Gaozong, en 666, et l'empereur Xuanzong, en 725, les célébrèrent. L'impératrice Wu Zetian, la seule femme qui ait jamais occupé le trône de Chine, les accomplit sur la montagne sacrée du Centre, le Songgao, en 695 ; enfin, l'empereur Zhenzong des Song les célébra en 1008.

Le sens de ces cérémonies était, semble-t-il, le même à toutes les époques. Il s'agissait de présenter au Ciel les mérites acquis par la maison princière en pacifiant le monde et en apportant la sécurité à ses habitants. Cette annonce au Ciel devait servir à obtenir de celui-ci une investiture définitive, garantissant à la dynastie une Vertu constante pour l'avenir. Les ancêtres impériaux étaient associés aux sacrifices. Les cérémonies ne devaient être accomplies qu'au moment où la dynastie était fermement établie, c'est-à-dire non par les fondateurs eux-mêmes, mais par les empereurs de la troisième génération au moins. Dans le cas de l'empereur Wu des Han, le sacrifice Feng n'était pas confucianiste, mais plutôt d'inspiration taoïste ; ce qui est encore rendu plus évident par le fait qu'un tel sacrifice n'est pas un sacrifice sanglant, l'essentiel du rituel consistant à enfouir, au sommet du Taishan, des tablettes de jade sur lesquelles on a gravé un message au Ciel pour lui annoncer le mérite de la dynastie régnante. C'est le Taishan, en tant que montagne sacrée, intermédiaire entre le Ciel et la Terre, qui est chargé de transmettre ce message. Un tel « sacrifice des écritures » est caractéristique du rituel taoïste et va à l'encontre des cérémonies classiques. À la suite du sacrifice Feng, on célébrait encore, sur un tertre proche du Taishan, le sacrifice Shan, rite en l'honneur de la Terre dans lequel l'impératrice occupait souvent le rôle de sacrificatrice.

— Kristofer SCHIPPER

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Écrit par

  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études (Ve section, sciences religieuses)

Classification

Pour citer cet article

Kristofer SCHIPPER. FENG [FONG] SACRIFICE [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Autres références

  • TAOÏSME

    • Écrit par
    • 8 938 mots
    • 1 média
    ...l'empereur l'esprit d'une concubine regrettée. C'est encore sous l'inspiration taoïste que l'empereur Wu célébra, en l'an 110 av. J.-C., le fameux sacrifice Feng sur la montagne sacrée du Taishan, le pic de l'Est, pour proclamer la réussite parfaite de la dynastie. Pour ce rite complexe, qui comportait de nombreuses...