FALUN GONG, mouvement religieux

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Le Falun Gong, qui signifie en chinois « discipline de la roue du dharma », ou falun dafa, relève d'un amalgame de pratiques corporelles et spirituelles mis au point en 1992 par son fondateur, Li Hongzhi (né en 1952), et adopté par des millions de Chinois. Il fait l'objet d'une campagne de répression par le gouvernement depuis 1999. La montée du falun gong s'inscrit dans un engouement plus large pour le qigong, « discipline du souffle vital », mouvement dont les origines modernes remontent aux années 1950, avec les efforts des autorités pour protéger la médecine traditionnelle chinoise, alors menacée par l'importation de la médecine occidentale. Les « inventeurs » du qigong s'étaient chargés d'une double mission : inventorier les pratiques traditionnelles liées à la santé, et refaçonner ces pratiques de manière à les départir de leur contexte « superstitieux » afin d'en faire des pratiques « scientifiques. » Malgré ces débuts prometteurs, le qigong sera condamné pendant la révolution culturelle (1966-1976), en tant que « vestige féodal ».

Au début des années 1970, une nouvelle forme de qigong éclot, cette fois dans les parcs publics de Pékin, où des maîtres charismatiques se proposent de soigner les malades sur la base des enseignements qui puisent dans les mêmes racines que le qigong clinique, sans être pour autant sanctionné par la médecine académique. Par la suite, des scientifiques réputés annoncent la découverte de l'existence matérielle du qi, le « souffle vital », réaffirmant par là le caractère scientifique du qigong. En conséquence, l'enthousiasme pour le qigong resurgit au cours des années 1980, succès dirigé par des centaines de maîtres. Le parti y voit une nouvelle « science chinoise » en même temps qu'un outil efficace pour améliorer la santé du peuple, à un moment où l'État entend réduire les dépenses publiques. Selon certaines estimations, le nombre de pratiquants du qigong s'élève à l'époque à des dizaines, voire des centaines de millions. Le Falun Gong émerge à un moment où le qigong est à nouveau critiqué, cette fois pour diverses pratiques frauduleuses. Dans ce contexte, Li Hongzhi présente son enseignement comme un retour aux sources et porte l'accent moins sur le corporel et le matériel que sur le spirituel. Certes, à l'instar des autres écoles de qigong, Li offre un programme d'exercice physique, mais il appelle surtout ses adeptes à lire et relire son ouvrage, Zhuan falun, « Roue tournante du dharma », devenu la bible du mouvement dès sa parution en 1995. On y retrouve un mélange de bouddhisme et de taoïsme populaires présenté dans un langage qui se veut scientifique. Certains passages relèvent d'un discours millénariste et d'une morale ultraconservatrice. Sur la base de cet enseignement, le Falun Gong attire rapidement des adeptes, jusqu'à soixante millions selon les estimations du Parti communiste chinois. Le conflit entre l'État chinois et le Falun Gong résulte de la prise de conscience, par les autorités, du caractère incontrôlable de la « fièvre du qigong ». Dans les années 1990, les autorités tentent d'abord de communiquer leur réticence face au mouvement par des messages indirects, mais le Falun Gong refuse de jouer le jeu et organise des manifestations pacifiques à chaque fois qu'il se retrouve l'objet de critiques dans les médias, ce qui est le cas pas moins de 300 fois entre 1996 et 1999. La manifestation du 25 avril 1999, au cours de laquelle quelque dix mille pratiquants du Falun Gong se rassemblent pacifiquement devant les portes de Zhongnanhai, le quartier gouvernemental à Pékin, s'inscrit dans cette escalade ; les adeptes y revendiquent une fois encore le droit de pratiquer en paix. Prises de court par cette manifestation à l'ampleur inattendue, les autorités chinoises s'empressent alors d'interdire le Falun Gong et, les pratiquants refusant de se soumettre à l'interdiction, passent à une campagne brutale de répression.

L'existence d'une communauté importante d'adeptes du Falun Gong dans la diaspora chinoise, en particulier sur le continent nord-américain où elle fait du lobbying auprès des médias et du monde politique, rend cette démarche délicate. Dix ans plus tard, la répression se poursuit, au prix de milliers de pratiquants torturés et mis à mort, et de centaines de milliers d'emprisonnés et [...]

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  • : professeur agrégé d'histoire à l'université de Montréal, Québec (Canada), directeur du Centre d'études de l'Asie de l'Est (C.E.T.A.S.E.) de l'université de Montréal

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Pour citer l’article

David OWNBY, « FALUN GONG, mouvement religieux », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/falun-gong-mouvement-religieux/