EXTRÊME GAUCHE

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L'extrême gauche française, une famille composite

Une définition complexe

Analyser l'extrême gauche contemporaine invite à s'interroger plus généralement sur le type de regard qu'on pose sur la vie politique en France. Cette dernière doit-elle être circonscrite aux seules consultations démocratiques ou s'établit-elle dans un espace politique plus large ? Dans la première hypothèse, les partis politiques qui participent de manière régulière au débat politique par l'intermédiaire des élections sont seuls soumis à l'analyse. L'observateur évalue une situation électorale spécifique et procède à une observation du phénomène « extrême gauche » au sein de marchés électoraux définis par des règles et des temporalités spécifiques. Or cette position trouve rapidement trois limites. En premier lieu, elle réduit de manière importante l'observation d'un courant politique qui n'a pas toujours considéré les élections comme des indicateurs pertinents de son action ou de son poids réel dans le débat politique. En deuxième lieu, elle considère l'extrême gauche comme réductible à quelques partis politiques : mais l'extrême gauche peut tout autant être analysée comme la partie extrême de chaque formation de gauche, voire comme une mouvance plus diffuse présente tant dans des partis politiques que dans les univers syndicaux, associatifs du fait de l'« entrisme », des itinéraires militants voire des collaborations ponctuelles ou pérennes. Enfin, elle réduit l'extrême gauche à la tradition marxiste-léniniste, dans laquelle le parti d'avant-garde reste la forme la plus adaptée au combat politique.

Or le développement actuel et les évolutions de l'extrême gauche en France conduisent à l'analyser non comme un ensemble uniquement circonscrit à quelques formations politiques, mais comme une pièce particulière d'une gauche de la gauche avec laquelle elle entretient des relations : relations de type oppositionnel (sur les luttes à envisager, sur le type d'organisation à privilégier...) ou relations de proximité (autour d'une culture de la contestation, d'une critique de la société contemporaine ou de la démocratie représentative).

Les expressions traditionnellement utilisées pour désigner l'extrême gauche témoignent de cette difficulté. Qu'elle soit définie comme une galaxie ou une nébuleuse, l'extrême gauche semble trop diversifiée pour être réduite à quelques partis politiques trotskistes en France.

Peut-on pour autant circonscrire cet objet aux contours flous en France ? Pour répondre à cette question, il est possible d'isoler des éléments de convergence entre les différentes expressions de l'extrême gauche mais aussi d'identifier où se situent les divergences, tant idéologiques que manifestes, avec le reste de la gauche de la gauche.

Les convergences tiennent tout d'abord au positionnement de la gauche traditionnelle par rapport aux autres familles politiques, qu'il s'agisse, dans le cas français, du Parti socialiste ou du Parti communiste. L'extrême gauche défend une posture d'irréductible opposition aux formations de gauche, accusées soit de trahison, soit de réformisme bien peu révolutionnaire. En ce sens, l'extrême gauche peut être identifiée comme un ensemble de formations, courants de pensée ou organisations qui entendent dire leur opposition (être contre) et leur différence à gauche de la gauche (être en dehors).

Elle est contre le capitalisme ou le libéralisme, contre une droite accusée de défendre le « grand capital » et d'encourager l'exploitation des plus faibles, contre une gauche honteuse de son histoire. Elle est en dehors des alliances politiques à gauche car conclues dans la précipitation et sans programme précis, en dehors des stratégies politiciennes visant à convoiter des sièges ou des postes ministériels, en dehors des ambitions personnelles ou partisanes.

Ce soubassement « contestataire » s'explique par une lecture internationaliste des rapports économiques et sociaux et de la politique. Les luttes, les actions, les débats, les rassemblements doivent prendre en compte une vision qui dépasse le simple cadre hexagonal. Les oppressions identifiées (des ouvriers, des travailleurs, des femmes, des immigrés, des laissés-pour-compte, des petits et des sans-grade) s'expliquent par un développement capitalistique (associé à la notion [...]

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Kropotkine, vers 1910

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Écrit par :

  • : maître de conférences en science politique (U.N.S., laboratoire E.R.M.E.S.)

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Pour citer l’article

Christine PINA, « EXTRÊME GAUCHE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/extreme-gauche/