KHALDEÏ EVGUENI (1917-1997)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le photographe Evgueni Khaldeï est né le 10 mars 1917, à Donetsk (Yuzovka puis Stalino), grande ville industrielle d'Ukraine. Sa famille qui est juive est victime d'un pogrom alors qu'il a un an : sa mère en voulant le protéger meurt d'une balle qui la traverse et vient se loger dans le corps de l'enfant. Élevé par ses grands-parents, il commence à travailler à l'âge de onze ans, employé à une tâche très pénible : à cause de sa petite taille, il est chargé de nettoyer l'intérieur des machines à vapeur. Il découvre la photographie dans des magazines et en 1932 il fabrique lui-même un appareil avec du carton et les verres de lunettes de sa grand-mère. En 1933, il acquiert un FED, de format 35 mm, fabriqué en Union soviétique sur le modèle du Leica allemand. Il photographie les ouvriers dans les usines et, comme ses œuvres de 1934 l'attestent, il adopte un style en harmonie avec l'élan industriel du pays alors vanté par le régime. Il photographie également la collectivisation en milieu rural. Car, malgré les persécutions endurées, il ne reniera jamais le communisme. Après avoir publié dans des journaux ukrainiens des reportages sur le monde industriel et rural, il se décide en 1935 à envoyer quelques négatifs au bureau de la future agence Tass à Moscou. Il est invité à venir suivre les cours des maîtres du moment, Max Alpert notamment. Il s'installe à Moscou en 1936 et travaille pour l'agence Tass. Mais à partir de 1937, il doit faire son service militaire. Il est affecté à la frontière de la Finlande et sera libéré en 1939, juste avant l'entrée des troupes soviétiques dans ce pays. C'est comme photographe pour l'agence Tass qu'il va enregistrer les mouvements de l'armée rouge, à l'ouest comme à l'est, de la Pologne à la frontière chinoise. En octobre 1941, l'armée d'Hitler pénètre dans sa ville natale et y extermine tous les juifs, parmi lesquels son père et ses grands-parents. Il va suivre sur plusieurs fronts la résistance des Russes face aux Allemands, notamment à Mourmansk qui sera détruit par les bombardements où il réalise une photographie très poignante d'une femme marchant, seule au milieu des ruines, avec une lourde valise sur le dos. Puis il descend vers le sud : il est à Novorossisk, en février 1943, où l'issue des combats reste longtemps incertaine. Lorsqu'à la fin de l'année 1944 le cours de l'histoire s'inverse et que l'armée rouge entreprend sa marche vers l'ouest, il se rend à Bucarest, Belgrade, Budapest, où il photographie la libération du ghetto, et à Vienne. Peu de temps avant son arrivée à Berlin, il remarque dans une revue une photographie de l'Américain Joe Rosenthal qui représente un groupe de marines plantant le drapeau américain sur l'île d'Iwojima, épisode décisif de la guerre du Japon. Khaldeï va réaliser un document du même genre et d'une résonance historique comparable : le 2 mai 1945, il photographie un soldat russe hissant le drapeau rouge sur les toits du Reichstag. Le soldat est en équilibre précaire et l'un de ses compagnons le retient par la jambe ; mais lorsque la photographie parvient à l'agence Tass, quelqu'un remarque que le compagnon porte une montre à chaque poignet ! Khaldeï devra retoucher son œuvre qui risque de porter atteinte à la réputation des soviétiques que l'on disait alors amateurs de montres. Il poursuit son reportage jusqu'à Potsdam où il photographie Staline en compagnie de Truman et de Churchill, et puis à Nuremberg où il assiste au procès de Göring. Quelques années après la guerre, les juifs sont la cible du régime stalinien, notamment dans les milieux scientifiques, artistiques et journalistiques et Khaldeï est mis à l'écart jusqu'en 1959 où il est embauché par la Pravda, qu'il quittera en 1976, au moment d'une nouvelle vague d'antisémitisme. Il réunit peu à peu une documentation sur la vie quotidienne en Union soviétique, des portraits de personnalités, parmi lesquelles Mstislav Rostropovitch, mais l'élan est brisé. La reconnaissance définitive de son œuvre date des années 1990 : il est exposé à Berlin, à Perpignan, en 1995, dans le cadre du festival Visa pour l'image où il fait la connaissance de Joe Rosenthal, à New York et à San Francisco. Le New York Times lui consacre deux articles. Au moment de sa mort, le 6 octobre 1997, une rétrospective de son œuvre était organisée au Musée de la photographie de Charleroi et un album monographique, Witness to History, paraissait aux éditions Aperture à New York.

Le drapeau rouge flotte sur le Reichstag, E. Khaldeï

Photographie : Le drapeau rouge flotte sur le Reichstag, E. Khaldeï

Evgueni Khaldeï, Le drapeau rouge flotte sur le Reichstag, 2 mai 1945, tirage argentique. Alors que s'achève la bataille de Berlin, le photographe soviétique fixe une image historique, qui fera le tour du monde. 

Crédits : Hulton Getty

Afficher

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages


Écrit par :

  • : historien et critique de la photographie, chargé de cours à l'université de Paris-X

Classification

Pour citer l’article

Gabriel BAURET, « KHALDEÏ EVGUENI - (1917-1997) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/evgueni-khaldei/