ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Le territoire et les hommes)Religion

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Les États-Unis sont parfois présentés comme « une nation avec l'âme d'une Église » (Chesterton). C'est à voir ! Car ce n'est pas d'une Église qu'il faut parler, mais d'une multiplicité d'Églises, de dénominations, de réseaux et de sectes. Parmi ces dénominations, on peut estimer à une vingtaine celles qui dépassent nettement le million de membres.

Un kaléidoscope religieux

Les protestants restent, d'assez loin, les plus nombreux au sein du kaléidoscope religieux nord-américain : ils représentent environ 52 p. 100 de la population totale des États-Unis au seuil des années 2010.

Mais si le protestantisme reste majoritaire, la plus importante dénomination (en tant qu'organisation structurée) est aujourd'hui l'Église catholique. C'est la principale Église chrétienne américaine avec plus de 67 millions de membres (soit près d'un quart de la population totale). La seconde dénomination par ordre d'importance numérique est la Southern Baptist Convention (convention baptiste du Sud) avec plus de 16 millions de membres baptisés par immersion. Les baptistes constituent, d'une manière générale, la première sensibilité protestante du pays, répartis en des dizaines de dénominations (aux orientations parfois très contrastées). La SBC représente la plus puissante du point de vue démographique et financier, mais beaucoup d'autres lui disputent les préférences baptistes, en particulier parmi les Afro-Américains, principalement regroupés dans la National Baptist Convention of America, Inc (plus de 4 millions de membres) et la National Baptist Convention of the USA, Inc (près de 9 millions de membres).

Gala de charité (États-Unis)

Photographie : Gala de charité (États-Unis)

Al Smith Dinner, 16 octobre 2008. Le cardinal archevêque de New York Edward Michael en compagnie des candidats à la présidence John McCain et Barack Obama, lors du célèbre gala annuel de charité catholique. Représentant près d'un cinquième de la population, l'Église catholique est un... 

Crédits : Jim Watson/ AFP

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Au côté des catholiques et des baptistes, des millions de méthodistes, de luthériens, presbytériens, pentecôtistes, épiscopaliens, congrégationalistes, mennonites, frères (brethren), adventistes, moraves, amishs et autres salutistes complètent le kaléidoscope religieux américain des années 2000. La plupart des acteurs religieux de la scène chrétienne sont protestants ou d'origine protestante. Et parmi les protestants, beaucoup sont évangéliques, au sens d'un protestantisme marqué par l'accent sur la conversion (la « nouvelle naissance »), l'engagement prosélyte et une lecture normative de la Bible. Denis Lacorne n'hésite pas à souligner que l'évangélisme est « devenu la forme la plus courante et la plus banale du protestantisme américain ». Parmi eux, il faut désormais compter avec l'essor, de plus en plus considérable, des Églises « sans étiquette », dont un nombre croissant de megachurches. Ces assemblées géantes, marquées par la multi-activité et une affluence hebdomadaire d'au moins 2 000 fidèles, étaient moins de vingt en 1970. Elles sont au nombre de 1 400 à dater de 2010 ! Elles se caractérisent par leur ouverture vis-à-vis des seekers, des unchurched people, c'est-à-dire des personnes en recherche, non affiliées à une Église, rebutées par les étiquettes confessionnelles. C'est pourquoi les megachurches les plus populaires, comme Saddleback (en Californie) ou Willow Creek (à Chicago) délaissent les affiliations institutionnelles et se concentrent sur un christianisme générique, kérygmatique, sans aspérités ecclésiologiques.

Jerry Falwell

Photographie : Jerry Falwell

Figure de proue du fondamentalisme américain, le télévangéliste Jerry Falwell dirigea le lobby « Majorité morale » de 1979 à 1987. Son mouvement a activement soutenu la campagne présidentielle de Ronald Reagan en 1980. Cette politisation du fondamentalisme sera prolongée durant la... 

Crédits : Jeff Fusco/ Getty Images News/ AFP

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En marge du catholicisme et des protestantismes, l'orthodoxie, très minoritaire, affirme pourtant sa voix, au point de s'attirer des conversions d'anciens protestants en vue comme Franck Schaeffer, fils du théologien protestant fondamentaliste Francis Schaeffer (1912-1984). Le récent essor d'une immigration en provenance des anciens pays du bloc soviétique nourrit ce pôle estimé à près de 5 millions de fidèles, répartis principalement entre l'autorité de l'archidiocèse grec orthodoxe d'Amérique (qui dépend de Constantinople) et l’Orthodox Church in America (O.C.A.), Église orthodoxe autocéphale.

À la marge des Églises que l'on considère traditionnellement comme chrétiennes, les mormons (environ 7 millions) sont particulièrement actifs, tandis que les témoins de Jéhovah (environ 2 millions) perdent du terrain. Ces deux groupes se rattachent culturellement au christianisme, même si certains traits de leur doctrine les séparent du tronc commun chrétien tel qu'on a l'habitude de le définir.

Globalement, les Églises chrétiennes se taillent la part du lion sur la scène américaine, mais les autres religions font aussi entendre leur voix, à commencer par le judaïsme et l'islam. Lors de son investiture, le 20 janvier 2009, le nouveau président Barack Obama n'a pas manqué de souligner cette évolution : il est le premier président de l'histoire des États-Unis à avoir utilisé le mot muslim (musulman) dans son discours inaugural, avant de faire appel, le jour suivant, à un large panel de personnalités religieuses qui incluaient Ingrid Mattson, présidente de la Société islamique d'Amérique du Nord.

L'idée reçue du W.A.S.P. (White, Anglosaxon and Protestant) cède chaque année du terrain devant la réalité d'une Amérique de plus en plus plurielle dont l'héritage judéo-chrétien n'est plus qu'une dimension (certes majeure) parmi d'autres. Au côté du christianisme, les États-Unis comptent près de 7 millions de juifs, très bien intégrés socialement, et un nombre quasi équivalent de musulmans (en phase de structuration). En dehors des grands monothéismes, les bouddhistes, en croissance rapide, représenteraient désormais entre 5 et 6 millions de membres, s'attirant une large publicité au travers de conversions médiatiques, comme celle de l'acteur Richard Gere. L'hindouisme est plus marginal : depuis la construction d'un premier temple hindou en 1976, il rassemblerait aujourd'hui environ un million et demi de fidèles. Enfin, de multiples sectes et nouveaux mouvements religieux attirent aujourd'hui des millions d'Américains, sans qu'il soit possible de quantifier précisément un phénomène marqué par la multi-appartenance, le bricolage et l'hybridité. Une enquête publiée par le Pew Forum on Religion and Public Life révélait ainsi, le 9 décembre 2009, que 35 p. 100 des adultes interrogés fréquentent différents lieux de culte, tandis que 24 p. 100 des répondants vont jusqu'à affirmer assister à des services religieux d'une foi différente de la leur !

Cette marqueterie de confessions religieuses apparaît donc sous le signe, non pas du cloisonnement, mais des religiosités pèlerines, et d'un renouvellement des acteurs, sur la base de taux de pratique religieuse régulière qui touchent toujours environ un tiers de la population (bien au-dessus de la moyenne européenne), en [...]

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Gala de charité (États-Unis)
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Sébastien FATH, « ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Le territoire et les hommes) - Religion », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/etats-unis-d-amerique-le-territoire-et-les-hommes-religion/