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ESSAIS ET CONFÉRENCES, Martin Heidegger Fiche de lecture

Martin Heidegger - crédits : G. Schütz/ AKG-images

Martin Heidegger

Les onze textes recueillis dans ce volume, regroupés en trois massifs distincts et cependant secrètement reliés entre eux, constituent certainement la meilleure introduction à la seconde pensée de Martin Heidegger (1889-1976) pour reprendre la distinction devenue classique depuis la thèse de W. Richardson (1963). C'est en 1954 que paraissent les Vorträge und Aufsätze, qui seront traduits en français par André Préau, avec une Préface de Jean Beaufret, en 1958. Après la publication d'Être et Temps en 1927, l'épisode politique des « sombres temps », la poursuite acharnée d'un travail de lecture à nouveaux frais de toute la tradition philosophique, Heidegger, au cours des années 1950, après sa réintégration au sein de la communauté universitaire livre, sous forme de conférences ou d'essais parus dans des recueils d'hommage, le fruit désenchanté de ses recherches. « L'action seule ne changera pas l'état du monde, parce que l'être sous son aspect d'efficacité et d'activité rend tout l'étant aveugle en face de ce qui a lieu. »

« L'essence de la technique n'est rien de technique »

La méditation sur l'essence de la technique, celle sur l'habiter poétique de l'homme, les limites de la métaphysique et de son possible dépassement, la remontée aux origines de la pensée occidentale lient ces textes en un rapport essentiel. Pour Heidegger, la technique, telle qu'elle se déploie dans la modernité à l'échelle de la planète entière, est complice, quant à son essence, de l'essence impensée de la métaphysique. Complicité difficile, lisible seulement à partir d'une prise en considération de l'histoire de l'être identifiée à l'histoire de la métaphysique, telle qu'elle trouve son départ chez ceux que l'historiographie appela les « présocratiques » (avant tout Héraclite et Parménide, auxquels les trois derniers textes du livre sont consacrés), et sa fin dans la pensée nietzschéenne de « la volonté de puissance » et de « l'éternel retour » (Qui est le Zarathoustra de Nietzsche ?).

« L'essence de la technique n'est rien de technique », c'est « la métaphysique poussée jusqu'à son terme », répète la conférence de 1953 (La Question de la technique). Toute conception « instrumentale ou anthropologique » qui ferait de la technique un moyen disponible en vue de fins ou simplement une « activité de l'homme » est récusée comme insuffisante. Son essence à la fois « pro-vocante » et « arraisonnante » – mise en demeure de la nature « à livrer une énergie qui puisse comme telle être extraite et accumulée », et assignation à poser la nature comme « complexe calculable de forces » – n'est que la dernière figure d'une puissance de dévoilement inscrite aux origines impensées de la tradition occidentale. De la technè des Anciens à la technique moderne il y aura eu mutation, absolutisation de la calculabilité du monde et de son règne sans partage.

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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