OLLIVIER ÉMILE (1825-1913)

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Comme son adversaire Adolphe Thiers, Émile Ollivier est né à Marseille. Grandi dans un milieu républicain (son père a protégé Mazzini réfugié à Marseille), il est, tout jeune, commissaire de la République dans les Bouches-du-Rhône et le Var au lendemain de la révolution de février 1848. Il apaise les passions, désarme les préventions, mais les journées de juin 1848, qui agitent Marseille comme Paris, amènent sa disgrâce. Il est cependant nommé préfet à Chaumont. Au coup d'État du 2 décembre 1851, son père est arrêté et lui-même semblerait voué à exercer la profession d'avocat qu'il remplit avec talent si les élections législatives de 1857 n'en faisaient l'un des cinq députés républicains de Paris. Mal accueilli par les autres membres de l'Assemblée, il se rapproche peu à peu de l'Empire ; non par ambition, mais parce qu'il se persuade que Napoléon III a deux grands desseins : la libération des peuples asservis et l'amélioration de la condition de la classe la plus pauvre. En 1864, il accepte, au scandale de ses amis, d'être rapporteur de la loi sur les coalitions ouvrières ; dès 1867, Napoléon III, qui reconnaît en lui son propre idéalisme, envisage de faire appel à lui. Ce n'est que le 2 janvier 1870 qu'il forme, à peu près comme il l'entend, un ministère dont il est non pas le Premier ministre mais la personnalité la plus en vue et la plus éloquente. Bien accueilli par de nombreux opposants, le cabinet destitue Haussmann, rompt avec la candidature officielle, prépare la liberté de l'enseignement supérieur, entend alléger le poids de la centralisation. Le plébiscite de mai 1870 est un succès qui semble récompenser Émile Ollivier de ses efforts et fonder l'Empire pour la seconde fois. Mais, hostile à la guerre contre la Prusse qu'il a tout fait pour empêcher, il n'ose se séparer de Napoléon lors de la demande de garanties et, dans une phrase malheureuse, dit qu'il accepte la guerre d'un cœur léger, ce qui veut dire sans remords.

L'opinion accuse injustement Émile Ollivier de la guerre comme de la défaite. Il doit un certain temps fuir en Italie. Tout retour à la vie politique lui est interdit. Il lui reste l'Académie où il n'a pu, en raison de sa fidélité à Napoléon III, prononcer son discours de réception et l'achèvement d'une œuvre historique, L'Empire libéral, qui reste la plus vaste et la meilleure étude consacrée à cette époque.

Émile Ollivier, dont la carrière évoque quelque peu celle de Lamartine qu'il admirait tant, et qui ressemble par son idéalisme généreux à Franz Liszt dont il avait épousé la fille Blandine, est un esprit à la fois sérieux et brillant, ouvert à la nouveauté et dépourvu de tout sectarisme religieux et politique, soucieux de réconcilier l'autorité et la liberté, principatum ac libertatem comme on disait alors. Peut-être était-il plus un homme de bonne volonté que de volonté. Lui-même s'en est rendu compte, qui écrivait : « Pour être redoutable en politique, je manque des qualités principales requises avec raison : je n'ai ni la haine ni l'appétit des convoitises personnelles. Et Girardin voyait très clair lorsque, dans un moment d'impatience contre moi, il s'écriait : « Qu'il laisse la politique et qu'il se fasse moine. »

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Pour citer l’article

Pierre GUIRAL, « OLLIVIER ÉMILE - (1825-1913) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/emile-ollivier/