MORANTE ELSA (1915-1985)

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L'œuvre d'Elsa Morante se déploie dans la certitude revendiquée que la littérature pour être authentique doit exprimer des passions extrêmes, à travers une narration qui confère un rythme au temps en favorisant ainsi l'avènement de la dimension du mythe. De Mensonge et sortilège à La Storia, l'écriture de la romancière, baroque et fastueuse, s'enrichit parfois de régionalismes tout en faisant preuve d'une efficacité et d'une limpidité naturelles, toujours au service du récit et de ses pouvoirs.

Elsa Morante

Photographie : Elsa Morante

Elsa Morante, du côté des humiliés et des offensés. 

Crédits : Pictorial Parade/ Archive Photos/ Getty Images

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Un réalisme magique

Elsa Morante naît à Rome le 18 août 1912. Elle est la fille d'Irma Poggibonsi et de Francesco Lo Monaco. Sa mère et son beau-père (Augusto Morante) sont instituteurs. Sa scolarité est très irrégulière, dominée par des efforts principalement autodidactes et un apprentissage de la vie au contact des élèves de la maison de correction où enseigne son beau-père. Elsa observe avec beaucoup d'intérêt le quotidien des habitants du quartier pauvre du Testaccio à Rome, lieu qui inspirera également l'univers poétique de son ami, l'écrivain et cinéaste Pier Paolo Pasolini. Cette prédilection pour le monde populaire aussi bien urbain que rural est sensible dans le choix de plusieurs personnages mis en scène par la romancière.

Elsa Morante quitte ses parents juste après avoir fini ses études secondaires. Les difficultés économiques l'obligent à abandonner très vite ses études à la faculté des lettres. Elle commence à écrire des fables et des poèmes et elle gagne sa vie en donnant des cours privés puis en collaborant à des journaux et des revues, notamment l'hebdomadaire Oggi pour lequel elle écrit de façon régulière entre 1939 et 1941. À la demande de l'éditeur Longanesi, elle traduit le Journal de Katherine Mansfield. Son propre journal (Diario) rend compte de ses passions et inquiétudes durant ces années-là. Il ne sera publié qu'en 1989 et traduit en français en 1999, sous le titre Territoire du rêve. C'est en 1936 que paraît son premier livre, un recueil de nouvelles intitulé Il gioco segreto (Le Jeu secret) qui rassemble une partie de sa production narrative pour les journaux. C'est aussi l'année où elle rencontre le romancier Alberto Moravia, qu'elle épousera en 1941.

Au lendemain de la guerre, Elsa Morante commence à rédiger Mensonge et sortilège (Menzogna e sortilegio) qui paraît en 1948 aux éditions Einaudi et obtient le prix Viareggio, une des plus importantes récompenses littéraires en Italie.

Elsa Morante et Alberto Moravia connaissent à cette époque un début de succès national et international. Ils s'installent définitivement à Rome, et voyagent en Angleterre et en France.

C'est grâce à deux romans riches en atmosphères et en personnages à la fois flous et réels qu'Elsa Morante devient célèbre dans l'après-guerre.

Mensonge et sortilège se présente comme un brillant exercice littéraire autour du thème de la famille qui se désagrège. Avec une forte charge d'ironie, l'auteur décrit des situations, des gestes et des sentiments qui dénotent une permanente ambivalence des personnages. Anna, noble déchue et pauvre, est amoureuse d'Edoardo, son cousin, beau, riche et cynique. Repoussée par ce dernier, elle finit par céder aux avances de Francesco qu'elle épouse par nécessité tout en continuant à aimer Edoardo, même après la mort de celui-ci. Anna poursuit ainsi un fantôme sans se rendre compte de l'amour véritable que lui porte son mari qui, délaissé, se console dans les bras de Rosaria, prostituée au grand cœur. L'histoire est racontée par Elisa, l'enfant née de l'union malheureuse entre Francesco et Anna. Autour d'elle se construit un véritable labyrinthe d'illusions et d'états d'âme. Ce roman évoque des lieux solitaires. Il est rythmé par des gestes décadents qui deviennent autant de rites magiques où la terreur de la mort se cache sous le raffinement presque onirique qui caractérise les personnages. Le tourbillon dans lequel ils se trouvent pris, associé à l'angoisse des généalogies (qui doit être comprise comme la recherche d'une origine impossible), fait que la parole, avec ses illusions et ses miroirs, règne en maître, construisant autour d'Elisa un véritable labyrinthe. Ce roman s'enracine dans la culture napolitaine : une société immobile, un territoire mental où l'amour croise le mystère, la magie, les mensonges et les sortilèges.

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Pour citer l’article

Giovanni JOPPOLO, « MORANTE ELSA - (1915-1985) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/elsa-morante/