MORAVIA ALBERTO (1907-1990)

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Consacré très jeune par le public, mais longtemps boudé par la critique, Moravia est aujourd'hui reconnu comme un des principaux romanciers italiens contemporains. Tributaire des grands maîtres de la littérature européenne plus que de tel ou tel courant national, il s'est attaché, dès son premier roman, à élucider ce qui lui paraît être le problème principal de notre époque : la difficulté de l'homme à saisir et à comprendre le réel. Dans un style sans élégance et souvent monotone, mais précis et vigoureux, il poursuivit, dans ses romans, essais ou pièces, l'étude de ce thème qui prend tour à tour les noms d'aliénation, de carence vitale, de dégoût de vivre, d'indifférence ou d'ennui, de cruauté, d'inattention, d'angoisse.

La mascarade bourgeoise

Alberto Moravia (Alberto Pincherle pour l'état civil) est né à Rome en 1907, de famille bourgeoise. À neuf ans, il contracte une tuberculose osseuse qui l'immobilisera pendant huit ans. Cet épisode fondamental l'amène à renoncer à ses études et à se consacrer à la littérature et épisodiquement au journalisme. L'atmosphère étouffante de l'Italie fasciste le pousse à voyager, habitude qu'il a gardée et qui nous a valu de nombreux reportages sur l'U.R.S.S., la Chine ou l'Inde. Il vécut à Rome après la guerre où, en dehors de ses occupations d'écrivain, il participa activement à la vie culturelle italienne.

À peine âgé de vingt ans, Moravia publie en 1929 son premier roman, Les Indifférents (Gli Indiferenti), qui obtient un succès immédiat. Cette déprimante histoire d'une veuve et de ses deux enfants aux prises avec un aventurier cynique est importante à bien des égards : rompant avec un certain isolement culturel italien, elle se rattache aux grands courants européens de l'entre-deux-guerres ; témoignant par ailleurs d'une étonnante maturité d'écriture et de jugement, elle pose la plupart des thèmes fondamentaux de l'écrivain ; enfin, elle peut être considérée comme le point de départ d'une littérature engagée dans une exploration critique de la société italienne. En pleine euphorie fasciste, sous un régime qui exaltait la santé morale d'un peuple régénéré, Les Indifférents révélaient un monde profondément corrompu où les adultes masquent sous les dehors de la respectabilité et de la morale un égoïsme féroce et une avidité de jouir face à une jeunesse amorphe qui poursuit vainement des rêves d'innocence avant de succomber, c'est-à-dire de s'intégrer. De la petite bourgeoisie des Indifférents à la grande bourgeoisie de L'Ennui (La Noia, 1960), Moravia a poursuivi implacablement le démantèlement de la citadelle bourgeoise, poussant de temps à autre des pointes vers le peuple – La Belle Romaine (La Romana, 1947), La Ciociara (1957) – qui représente le repoussoir, l'alternative de la bourgeoisie quand il n'en est pas la tentation comme dans L'Attention (L'Attenzione, 1965). Il n'est pas pour autant l'historien de la bourgeoisie des années trente ou soixante. Peu d'œuvres sont aussi pauvres que la sienne en descriptions, en couleur locale, en aperçus historiques. Sans doute est-ce fidélité à une esthétique de la concentration et du premier plan, qui exclut tout ce qui n'a pas trait à l'intrigue ; c'est aussi que Moravia s'intéresse moins à la bourgeoisie dans sa localisation historique et géographique qu'à sa physionomie morale et à sa problématique culturelle.

À travers des intrigues simples, mais vigoureusement menées, ce romancier essayiste confie à ses personnages le soin de vérifier dans leurs moindres incidences existentielles certains thèmes qui souvent forment le titre de l'ouvrage : l'indifférence, Le Mépris (Il Disprezzo, 1954), L'Attention ; en sorte que, chez lui, la progression narrative est toujours inséparable de l'élucidation critique.

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Gilles de VAN, « MORAVIA ALBERTO - (1907-1990) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/alberto-moravia/