MORANTE ELSA (1915-1985)

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Les enfants peuvent guérir le monde

Après avoir accompli un voyage en Russie puis en Chine, et publié en 1958 un recueil de poésie intitulé Alibi, Elsa Morante, au début des années 1960, se rend au Brésil puis en Inde en compagnie de Moravia et de Pasolini. L'année 1962 est marquée par sa séparation définitive d'avec Moravia et par la mort tragique de Bill Morrow, son ami peintre new-yorkais.

Un an plus tard, Einaudi publie son recueil de nouvelles Le Châle andalou (Lo scialle andaluso, 1963). Ces récits s'inspirent encore et toujours du monde de l'enfance et de l'adolescence, notamment celui qui donne son nom au recueil et celui qui porte le titre du premier livre de l'écrivain (Le Jeu secret). En 1965, Elsa Morante rédige une conférence qui figure avec d'autres écrits dans un volume publié par les éditions Adelphi en 1986 : Pro o contro la bomba atomica (Pour ou contre la bombe atomique).

En 1968, elle publie le recueil de poèmes et chansons Le Monde sauvé par les gamins (Il mondo salvato dai ragazzini), où elle insiste sur les dangers qui menacent l'humanité. Elle revient également sur les idées qui avaient inspiré sa production de fables et poèmes pour les enfants. Le monde est malade, comme le prouvent les soubresauts de l'histoire italienne, du fascisme jusqu'aux désillusions de l'après-guerre qui voit le triomphe d'un nouveau capitalisme capable d'absorber et d'anéantir toute contestation. Les enfants et les adolescents sont les dépositaires uniques d'une confiance dans la vie que les adultes ont définitivement perdue et qu'aucune recette idéologique ne peut leur rendre. Ainsi, le salut de l'homme ne peut venir que de la beauté et de la littérature comme expression de vitalité et de jeunesse.

Dans la suite logique de ces analyses, Elsa Morante va se consacrer à la rédaction d'une vaste fresque romanesque qui lui ouvrira les portes de la renommée mondiale. Publié directement en collection de poche en 1974, La storia devient un grand succès populaire qui se vend rapidement à près d'un million d'exemplaires. En 1985, Luigi Comencini en réalise simultanément un film et une adaptation pour la télévision. C'est l'aventure d'une institutrice romaine et de son fils, né d'un viol par un soldat allemand. Cette œuvre dense se veut une sorte de transposition moderne des Misérables, construite contre l'histoire officielle, véritable machine à broyer l'existence des faibles, des démunis, des « sans-nom ». Significativement, son sous-titre est « Un scandale qui dure depuis dix mille ans ». Bien qu'en retard de quinze ans sur la grande saison italienne du néo-réalisme, la romancière est cependant au cœur des questions posées en Italie par ce que l'on a appelé communément les « années de plomb », dominées par le terrorisme et la stratégie de la tension. Elsa Morante désigne et dénonce ici tous les intégrismes idéologiques qui se mettent en place. Encore une fois, elle le fait à travers les yeux de l'enfance, ceux du petit Useppe qui nous montre comment se met en place de façon récurrente le même mécanisme, celui des oppresseurs qui persécutent les opprimés.

Après dix ans de silence, l'écrivain publie en 1982 un autre roman, Aracoeli. Il s'agit de la confession d'un quadragénaire médiocre qui analyse de façon rétrospective ses rapports avec une mère radieuse de présence et de beauté, mais avare d'affection. Elsa Morante sollicite à nouveau la mémoire et l'écriture dans le but de rétablir une vérité que la vie n'a fait qu'altérer.

La santé de l'écrivain se dégrade au début des années 1980. Ayant perdu l'usage d'une jambe, elle vit immobilisée à son domicile. Elle tente de se suicider en 1983. Après une intervention chirurgicale infructueuse, elle meurt le 25 novembre 1985.

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Giovanni JOPPOLO, « MORANTE ELSA - (1915-1985) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/elsa-morante/