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ÉLISABETH LOUISE VIGÉE LE BRUN (exposition)

Consacrée presque exclusivement à Élisabeth Louise Vigée Le Brun (1755-1842), l’exposition du Grand Palais (23 septembre 2015-11 janvier 2016) est un véritable événement. C’est la première fois depuis sa mort que l’institution muséale française présente plus de 150 de ses œuvres, venues des collections françaises, italiennes, russes, britanniques et américaines. Que de chemin parcouru depuis le xixe siècle, quand Élisabeth Vigée Le Brun pouvait écrire dans ses Souvenirs, après avoir visité le nouveau musée installé au palais du Luxembourg : « À présent on y voit des tableaux des peintres modernes français. Je suis la seule qui n'en ait pas dans cette collection. » La seule ? Certes non. Adélaïde Labille-Guiard (1749-1803) avait aussi disparu, comme les artistes femmes de cette école française de la période révolutionnaire qui figuraient parmi les meilleures Européennes.

Beaucoup de chemin a été parcouru depuis. Dans le sillage du renouveau féministe, ce sont les États-Unis qui ont ouvert la voie de la reconnaissance des « personnes du sexe », comme on disait au xviiie siècle. À Los Angeles, au County Museum of Art, l’exposition Femmes peintres 1550-1950 organisée par Ann Sutherland Harris et Linda Nochlin en 1976 a permis de découvrir la fécondité de l’école française de l’époque de Vigée Le Brun, tandis qu’à Fort Worth, au Kimbell Art Museum, l’historien d’art Joseph Baillio organisait en 1982 une grande exposition de l’artiste accompagnée d’un catalogue qui demeura longtemps la référence. Il était donc tout désigné pour être le commissaire de cette exposition avec Xavier Salmon, conservateur général du patrimoine et directeur du département des Arts graphiques du musée du Louvre.

L’art du portrait

L’exposition s’ouvre sur « L’image de l’artiste ». Des autoportraits qui la montrent jeune, belle, dans une féminité éclatante, dont le thème est décliné ensuite dans les sections « Élégance française avant la Révolution » et bien sûr, l’« Amour maternel ». L’enfant chérie de l’aristocratie séduit toujours. Quitte à orienter l’exposition sur la portraitiste royaliste plutôt que sur la femme qui, en octobre 1789, partira seule sur les routes de l’exil avec sa fille, une gouvernante et très peu d’argent, sur l’émigrée voyageant pendant douze ans jusqu’à Saint-Pétersbourg en gagnant sa vie avec ses pinceaux, avant de rentrer en France grâce à une pétition signée par 255 artistes, écrivains et savants.

Peintre politique, Vigée Le Brun l’est certainement. Mais si elle nous intéresse aujourd’hui, c’est pour d’autres raisons. Avec sa rivale Adélaïde Labille-Guiard, dont le magnifique Autoportrait avec deux élèves (1785) est présenté dans la section « Femmes artistes », elle a beaucoup fait, dans son art et dans sa carrière, pour la reconnaissance du statut professionnel des femmes.

Trois autoportraits en train de peindre réalisés à des moments décisifs montrent son ambition professionnelle. Le premier, l’Autoportrait au chapeau de paille (qui n’est pas présenté ici), en 1782, qui lui ouvre les portes de l’Académie royale de peinture et de sculpture, où un quota limitait le nombre de femmes à quatre. Le deuxième (qui ouvre l’exposition), réalisé en 1791, en exil à Florence où elle se représente en train de peindre le portrait de la reine, et le troisième enfin, en 1800, à l’occasion de sa réception à l’Académie de Saint-Pétersbourg, où on la voit « peignant, et [sa] palette à la main ».

Élisabeth Vigée Le Brun n’hésite pas à contester les standards. Qu’ils soient vestimentaires, en représentant Marie-Antoinette en chemise ou en gaulle (vers 1783), une œuvre qui fit scandale au Salon au point qu’il fallut l’enlever pour la remplacer par une image plus conventionnelle de la reine. Ou esthétiques, par son talent de[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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