VÉNIZELOS ÉLEUTHÉRIOS (1864-1936)

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Homme politique grec né le 23 août 1864 à Mourniès, près de La Canée (ou Khaniá, en Crète), mort le 18 mars 1936 à Paris.

Après avoir étudié le droit à Athènes, Éleuthérios Kyriakos Vénizelos retourne dans son île natale, où il devient avocat et journaliste. Élu membre de l'Assemblée crétoise un an plus tard, il prend la tête du groupe libéral nouvellement créé. Au cours de la guerre gréco-turque de 1897, il déclenche, en vain, une insurrection près de La Canée afin d'obtenir l'union de la Crète et de la Grèce. Après l'intervention européenne, l'île accède à l'autonomie sous la suzeraineté du sultan. Lorsque le prince Georges, fils du roi Georges Ier de Grèce, est nommé haut-commissaire des grandes puissances en Crète, Vénizelos obtient le portefeuille de la Justice (1899-1901). Rapidement en conflit avec le prince absolutiste, il organise en 1905 une insurrection armée contre ce dernier, qui est contraint de quitter l'île. Il seconde alors le nouveau haut-commissaire, Aléxandros Zaímis.

À l'appel de la Ligue militaire, formée par un groupe d'officiers radicaux, Vénizelos se rend à Athènes pour diriger le mouvement révolutionnaire qu'elle a formé. Lors des élections d'août 1910, Vénizelos est élu député d'Athènes. Nommé Premier ministre en octobre, il lance immédiatement un programme de réformes. Il réorganise en outre l'armée et rassemble les pays chrétiens des Balkans (Bulgarie, Serbie, Monténégro, Grèce) dans la Ligue balkanique. Au cours des guerres balkaniques de 1912-1913, il contribue à expulser définitivement les Ottomans de la péninsule. La Grèce double ainsi sa superficie et sa population en acquérant le sud de la Macédoine (Thessalonique et ses environs), le sud de l'Épire (Ioanina, Préveza et Árta), la Crète et les îles de la mer Égée.

Dès le début de la Première Guerre mondiale, Vénizelos propose d'aider les Alliés, mais le roi Constantin Ier est favorable aux puissances centrales. Contraint de se retirer en octobre 1915, il installe un gouvernement dissident à Thessalonique. Après l'invasion de la Macédoine grecque par les troupes des puissances centrales en 1916, il prend la direction d'un soulèvement contre le roi en Macédoine, en Crète et dans les îles. Il organise alors une nouvelle armée panhellénique en Macédoine et, après l'intervention franco-britannique, force Constantin à s'exiler en 1917. La Grèce est réunie sous le roi Alexandre, fils de Constantin, et Vénizelos, de nouveau Premier ministre, déclare la guerre aux puissances centrales.

Dès la fin des hostilités, Vénizelos se rend à la conférence de paix de Paris. En juillet 1919, il conclut un accord avec les Italiens sur la cession du Dodécanèse et obtient un agrandissement de la zone occupée par la Grèce en Anatolie. Il négocie par ailleurs une nouvelle expansion territoriale lors du traité de Neuilly avec la Bulgarie (novembre 1919) et du traité de Sèvres avec la Turquie (août 1920). Il concrétise ainsi sa politique de la « Grande Idée » visant la réunion de tous les Grecs.

Vénizelos rentre à Athènes en septembre 1920, un mois avant la mort subite d'Alexandre. Malgré son triomphe sur la scène internationale, il perd son poste de Premier ministre lors des élections législatives de novembre 1920, qui donnent la majorité à une coalition de partis monarchistes. Le roi Constantin est alors rappelé. La défaite de Vénizelos, qui s'exile de nouveau à Paris, s'explique par sa baisse de popularité durant sa longue absence, le maintien de la loi martiale et l'hostilité constante de la Turquie, qui refuse le traité de Sèvres.

Lorsque les Turcs battent l'armée royale en 1922, les généraux Plastíras et Gonatas provoquent une insurrection qui renverse le roi Constantin, remplacé par son fils Georges. Vénizelos prend alors la tête de la délégation grecque qui négocie le traité de Lausanne avec la Turquie (1923). En l'espace de quelques mois, un nouveau soulèvement, dirigé par le général Métaxas, contraint Georges à l'exil. Vénizelos rentre alors en Grèce pour reprendre le poste de Premier ministre. Opposé aux républicains qui souhaitent abolir la monarchie, il doit s'exiler à nouveau en 1924. Durant la Deuxième république (1924-1935), il revient en Grèce pour prendre la direction du parti libéral. Ayant obtenu une large majorité lors des élections générales de 1928, il forme un nouveau cabinet, qui restera en place jusqu'en 1932. Durant ces quatre années, Vénizelos parvient à normaliser les relations avec ses voisins des Balkans. À l'intérieur, sa position est néanmoins affaiblie par la crise économique des années 1930.

Vaincu lors élections de 1932, reste à la tête du parti libéral. Revenu brièvement au pouvoir en 1933, il met fin à sa carrière politique en mars 1935, après avoir tenté vainement d'empêcher le retour de la monarchie. Il s'exile alors définitivement à Paris, où il meurt l'année suivante.

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  • : éditeur, ancien directeur de la société de média Greek Broadcasting Corporation

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Pour citer l’article

Dimitris POURNARAS, « VÉNIZELOS ÉLEUTHÉRIOS - (1864-1936) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/eleutherios-venizelos/