ÉLÉPHANTINE

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Île située au nord de la première cataracte du Nil, en face d'Assouan. Elle possède de nombreuses ruines : plusieurs temples dédiés à Knoum, le dieu égyptien à tête de bélier. C'était un centre militaire et commercial important à la frontière sud de l'Égypte.

On a trouvé à Éléphantine (yeb en égyptien signifie « éléphant » ou « ivoire ») des ostraca et surtout un lot abondant de papyrus araméens datant du ~ ve siècle (~ 498-~ 399). Ces documents témoignent qu'une colonie juive vivait dans l'île autour d'un temple consacré à Yahvé (Yahô). Cet élément de la Diaspora était déjà établi à cet endroit lors de la conquête de l'Égypte par les Perses, en ~ 525. Il dut y être installé par l'un des pharaons de la XXVIe dynastie, probablement Apriès (~ 588-~ 569). À l'origine, il s'agissait de réfugiés ayant échappé à la catastrophe de ~ 587. Certains des membres de ce groupe, si l'on en croit l'onomastique des documents, étaient araméens. Le caractère syncrétiste du culte a fait supposer que ces gens étaient issus des populations mêlées qui environnaient Béthel.

Le yahvisme des juifs d'Éléphantine était assez bâtard. Ils nommaient volontiers des divinités féminines : Eshem-Béthel, Hérem-Béthel ou Anath-Béthel... Ces colons étaient vus d'un bon œil par les Perses. Mais, quand le pouvoir royal de ces derniers se fut affaibli, les prêtres d'Égypte s'en prirent à ces juifs dont la proximité cultuelle constituait une offense aux fidèles du dieu Knoum. Aussi, en ~ 410, détruisirent-ils le temple de Yahô. On connaît cet événement grâce aux papyrus. Souhaitant reconstruire leur temple, les juifs d'Éléphantine écrivirent en Palestine : ils désiraient pouvoir présenter aux satrapes perses l'aval des autorités palestiniennes afin que fût établie l'authenticité juive de leur culte sur la terre d'Égypte. Ils s'adressèrent d'abord au grand prêtre Johannan et à ses compagnons, puis au gouverneur de Judée Bagohi : il n'y eut pas de réponse, ce silence se concevant aisément dans la perspective d'une doctrine centralisatrice du culte. Aussi écrivirent-ils par la suite aux fils du gouverneur de Samarie, Sanballat. Ceux-ci intervinrent et le temple fut reconstruit ; mais on n'y offrit plus de sacrifices d'animaux.

L'Égypte étant redevenue indépendante en ~ 401, il semble que le second temple d'Éléphantine disparut à son tour rapidement. Le document le plus récent date de ~ 399. La colonie juive ne dut guère survivre au-delà de cette date.

—  André PAUL

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Pour citer l’article

André PAUL, « ÉLÉPHANTINE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/elephantine/