ÉGYPTE ANTIQUE (Civilisation)L'art

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Selon la tradition des annales de l'Égypte ancienne, dont les auteurs grecs se sont fait l'écho, le premier pharaon, responsable de l'unification du pays, se serait appelé Ménès, nom ignoré des sources archéologiques datant des débuts de l'histoire. Aussi s'est-on longtemps posé la question de sa véritable identité. Le développement de fouilles minutieuses menées sur les sites de l'époque prédynastique ainsi que, depuis 1977, la reprise des recherches à Abydos, où se trouve la plus ancienne nécropole royale, contraignent désormais à reconsidérer le problème des origines du régime monarchique. L'avènement de ce dernier est le fruit d'une longue maturation, d'une durée de quelque deux cents ans, pendant lesquels se mettent en place les conditions d'un pouvoir centralisé réunissant sous son autorité l'ensemble du territoire et l'idéologie qui le fonde. Une fois le processus achevé, vers 3100 avant J.-C., la civilisation égyptienne est dès lors dotée de ses traits constitutifs, dont seule la diffusion du christianisme vient à bout, au début du ive siècle de notre ère.

Vivant au rythme de la crue annuelle du Nil et de la course quotidienne du soleil, les Égyptiens ont une conception cyclique du temps. Lors de la genèse, le démiurge a créé un monde parfait que ne cessent de menacer les forces négatives du chaos, refoulé à la périphérie de l'univers, mais non pour autant anéanti. Garant de l'ordre originel, le pharaon, intercesseur entre les hommes et les dieux, doit constamment restaurer l'harmonie de la première fois, ou, selon la formule sans cesse martelée, « répéter ce que ses ancêtres ont fait ». Le conservatisme, tant des institutions que du langage figuratif, est donc structurel, puisque tout conflit est appelé à se résorber dans l'affirmation réitérée des valeurs traditionnelles. Et pourtant, en dépit de la force de la norme qui en fait son irréductible originalité, l'art égyptien ne se résume pas à la sempiternelle copie des formes antérieures. Les bouleversements dus aux crises provoquées par la chute de la royauté à la fin de l'Ancien, du Moyen et du Nouvel Empire n'ont pas été sans répercussion sur le style officiel, au moment du rétablissement de la monarchie. Le relâchement au fil du temps des liens unissant les administrateurs locaux à la cour a suscité l'éclosion d'ateliers provinciaux dont les œuvres reflètent la diversité régionale. Il faut aussi compter avec l'inventivité propre à chaque artiste, qui, à partir d'un canevas imposé, ajoute un détail ou introduit une variante, et si l'on est attentif aux écarts, si ténus soient-ils, la production égyptienne apparaît d'une prodigieuse richesse.

Les époques de formation, du prédynastique à la période thinite (5500-2700 av. J.-C. environ)

Plus tardive que dans le reste du Proche-Orient, la sédentarisation des populations vivant au bord du Nil commence vers 5500 avant J.-C. et ne s'achève que vers 3800, date du glissement définitif vers le fleuve suscité par la raréfaction des pluies. Pendant cette période, appelée « prédynastique », différentes cultures, connues par les vestiges de leurs cimetières, cohabitent, mais la situation change à partir de 3400 environ. L'étude du matériel – surtout des poteries – exhumé dans les nécropoles du nord de l'Égypte montre l'influence croissante d'apports venus du Sud ; dans cette dernière région, où les mutations socio-économiques semblent plus rapides, apparaissent les premiers témoignages d'une stratification hiérarchique des communautés, au profit d'une élite d'abord, puis, quelque deux cents ans plus tard, de chefs prétendant à la prérogative royale et cherchant par les armes à étendre leur pouvoir.

Le développement de l'architecture de brique

Disposant, grâce au limon du Nil, d'un matériau abondant, facile à travailler, les Égyptiens ont, dès le prédynastique, utilisé pour leurs constructions la brique crue séchée au soleil. Son emploi correspond à une modification radicale de l'architecture de l'habitat et des tombes, soit le passage de la forme ovale ou circulaire à la structure rectangulaire, tandis que les villes, qui comportent, outre les maisons, d'importants édifices religieux, se concentrent peu à peu à l'intérieur de murs de fortification pouvant atteindre jusqu'à 2 mètres d'épaisseur.

Fabrication de briques crues

Photographie : Fabrication de briques crues

La confection de briques crues, matériau fait d'argile mêlée de paille séché au soleil après moulage, constitue l'une des plus anciennes techniques de construction inventée par les hommes. Encore utilisée de nos jours, elle apparaît avec les premières civilisations nées le long des... 

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Fabrication de briques crues

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Manche de couteau orné de scènes de combats et de navigation

Manche de couteau orné de scènes de combats et de navigation
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Palette du roi Narmer

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Le monument funéraire

Le monument funéraire
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  • : maître de conférences à l'université de Paris-IV-Sorbonne, docteur d'État

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Pour citer l’article

Annie FORGEAU, « ÉGYPTE ANTIQUE (Civilisation) - L'art », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/egypte-antique-civilisation-l-art/