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PRESCOTT EDWARD C. (1940-2022)

Le 11 octobre 2004, Edward Prescott est devenu le trente-sixième Américain lauréat du prix Nobel d'économie. En attribuant la récompense à ce professeur de l'université de Tempe (Arizona), l'Académie royale des sciences de Suède confirmait la domination des États-Unis sur le prix qu'elle a créé en 1969. Elle confirmait également que le délai peut être long entre la publication d'une recherche et son intégration dans le corpus des idées transmises. C'est en effet en 1977 qu'Edward Prescott publia avec le Norvégien Finn Kydland l'article qui leur a valu d'être conjointement récompensés. Les deux chercheurs se sont connus en 1974 à la Norvegian School of Business and Economics, et n'ont cessé de travailler en étroite collaboration. Le jury du Nobel a considéré que leurs contributions étaient « d'une grande signification non seulement pour l'analyse macroéconomique mais aussi pour la pratique de la politique fiscale et monétaire dans de nombreux pays ».

Edward Christian Prescott est né le 26 décembre 1940 à Glenn Falls dans l’État de New York. Après avoir obtenu en 1962 une licence de mathématiques au Swarthmore College près de Philadelphie, puis une maîtrise de recherche opérationnelle à la Case Western Reserve University l'année suivante, il présente en 1967 son doctorat d'économie à l'université Carnegie Mellon et commence aussitôt sa carrière professorale à l'université de Pennsylvanie. Chargé de cours puis professeur (1975) à Carnegie Mellon, il enseignera également aux universités de Chicago (1978-1979, 1998-1999) et du Minnesota (1980-98, 1999-2003). Au moment de l'attribution du prix Nobel, il est professeur à l'université de l'État d'Arizona, au département économique de la W. P. Carey School of Business.

Dans l'article écrit avec Finn Kydland en 1977, Edward Prescott explique que les anticipations des ménages et des entreprises sur la politique économique peuvent créer un problème d'« incohérence temporelle », si les politiques finalement décidées par les autorités diffèrent de celles préalablement annoncées. Ce concept va dominer la recherche et les formulations de la politique économique dont il remet en question les fondements traditionnels. Longtemps sous influence keynésienne, la politique économique fut en effet conçue comme un ensemble de décisions prises par les autorités publiques pour atteindre des objectifs en matière de demande globale et de stabilisation conjoncturelle.

Dans le prolongement des travaux du chef de file de l'école monétariste Milton Friedman, puis de ceux de Robert Lucas sur les anticipations rationnelles, Kydland et Prescott vont faire de la politique économique un jeu complexe entre les autorités publiques et les agents privés. Ils supposent que les ménages et les entreprises disposent des informations leur permettant d'ajuster instantanément leurs anticipations à un nouvel environnement. Dans ces conditions, à moins de parvenir à surprendre les agents, les politiques décidées par les autorités publiques deviennent inutiles, puisque leurs effets sont de mieux en mieux anticipés. Au pire, elles ont un effet contraire à celui qui est recherché si les agents privés anticipent que les autorités ne respecteront pas les objectifs qu'elles se sont fixés. Si les responsables ne parviennent pas à maintenir les politiques économiques annoncées, ils peuvent même favoriser des processus inflationnistes. Prescott appuie sa démonstration sur plusieurs exemples : les ménages qui épargnent d'autant moins qu'ils anticipent des impôts élevés sur le capital, les entreprises qui relèvent leurs prix si elles jugent la politique monétaire trop expansive ou encore les ménages qui, sachant qu'un accroissement de la masse monétaire se traduit par une hausse du niveau général des prix, demandent des salaires[...]

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • RULES RATHER THAN DISCRETION : THE INCONSISTENCY OF OPTIMAL PLANS, F. E. Kydland et E. C. Prescott - Fiche de lecture

    • Écrit par Fabien TRIPIER
    • 1 234 mots

    Finn E. Kydland, économiste norvégien né en 1943, et Edward C. Prescott, économiste américain né en 1940, ont entamé dans les années 1970 une fructueuse collaboration à la Carnegie-Mellon University de Pittsburgh (Pennsylvanie). Elle s'est notamment traduite par la publication de deux articles (dont...

  • ANTICIPATIONS, économie

    • Écrit par Christian de BOISSIEU
    • 6 072 mots
    • 4 médias
    ...(t + i). Dans le cas inverse, on parle d'incohérence temporelle de la politique monétaire. Cette distinction, lancée par les deux Nobel Finn Kydland et Edward Prescott (1977), continue d'alimenter les réflexions actuelles sur l'efficacité de la politique monétaire et la portée du débat entre l'approche...
  • INFLATION

    • Écrit par Jacques LE CACHEUX
    • 10 079 mots
    • 7 médias
    ...par des relances inflationnistes suivies, au lendemain de l'élection, de cures d'austérité anti-inflationnistes. La démonstration, par Finn Kydland et Edward Prescott, qui ont depuis obtenu pour cela le prix Nobel d'économie en 2004, de l'existence d'un problème « d'incohérence temporelle des choix rationnels...
  • KYDLAND FINN E. (1943- )

    • Écrit par Françoise PICHON-MAMÈRE
    • 1 144 mots

    Après Ragnar Frisch, premier lauréat du prix Nobel d'économie en 1969, et Trygve Haavelmo, qui l'obtint vingt ans plus tard, Finn E. Kydland est, en 2004, le troisième Norvégien à remporter cette récompense. Il partage le prix avec l'Américain Edward C. Prescott, professeur à W.P. Carey School...

  • NOUVELLE ÉCOLE CLASSIQUE (NEC), économie

    • Écrit par François LANGOT
    • 2 433 mots
    • 1 média
    ...règles stables de comportement plutôt que de leur laisser la liberté d'effectuer des choix discrétionnaires. C'est l'idée centrale de Finn Kydland et Edward Prescott. L'État a, par exemple, intérêt à annoncer une taxation du capital faible pour susciter une épargne importante et taxer ensuite...

Voir aussi