PRESCOTT EDWARD C. (1940- )

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Le 11 octobre 2004, Edward C. Prescott est devenu le trente-sixième américain lauréat du prix Nobel d'économie. En attribuant la récompense à ce professeur de l'université de Tempe (Arizona), l'Académie royale des sciences de Suède confirmait la domination des États-Unis sur le prix qu'elle a créé en 1969. Elle confirmait également que le délai peut être long entre la publication d'une recherche et son intégration dans le corpus des idées transmises. C'est en effet en 1977 qu'Edward Prescott publia avec le Norvégien Finn E. Kydland, l'article qui leur a valu d'être conjointement récompensés. Les deux chercheurs se sont connus en 1974 à la Norvegian School of Business and Economics, et n'ont cessé depuis lors de travailler en étroite collaboration. Le jury du Nobel a considéré que leurs contributions étaient « d'une grande signification non seulement pour l'analyse macroéconomique mais aussi pour la pratique de la politique fiscale et monétaire dans de nombreux pays ».

Edward Prescott est né en 1940. Après avoir obtenu en 1962 une licence de mathématiques au Swarthmore College près de Philadelphie, puis une maîtrise de recherche opérationnelle à la Case Western Reserve University l'année suivante, il présente en 1967 son doctorat d'économie à l'université Carnegie Mellon et commence aussitôt sa carrière professorale à l'université de Pennsylvanie. Chargé de cours puis professeur (1975) à Carnegie Mellon, il enseignera également aux universités de Chicago (1978-1979, 1998-1999) et du Minnesota (1980-98, 1999-2003). Au moment de l'attribution du prix Nobel, il est professeur à l'université de l'État d'Arizona, au département économique de la W. P. Carey School of Business.

Dans l'article écrit avec Finn Kydland en 1977, Edward Prescott explique que les anticipations des ménages et des entreprises sur la politique économique peuvent créer un problème d' « incohérence temporelle », si les politiques finalement décidées par les autorités diffèrent de celles préalablement annoncées. Ce concept va dominer la recherche et les formulations de la politique économique dont il remet en question les fondements traditionnels. Longtemps sous influence keynésienne, la politique économique fut en effet conçue comme un ensemble de décisions prises par les autorités publiques pour atteindre des objectifs en matière de demande globale et de stabilisation conjoncturelle.

Dans le prolongement des travaux du chef de file de l'école monétariste Milton Friedman, puis de ceux de Robert Lucas sur les anticipations rationnelles, Kydland et Prescott vont faire de la politique économique un jeu complexe entre les autorités publiques et les agents privés. Ils supposent que les ménages et les entreprises disposent des informations leur permettant d'ajuster instantanément leurs anticipations à un nouvel environnement. Dans ces conditions, à moins de parvenir à surprendre les agents, les politiques décidées par les autorités publiques deviennent inutiles, puisque leurs effets sont de mieux en mieux anticipés. Au pire, elles ont un effet contraire à celui qui est recherché si les agents privés anticipent que les autorités ne respecteront pas les objectifs qu'elles se sont fixés. Si les responsables ne parviennent pas à maintenir les politiques économiques annoncées, ils peuvent même favoriser des processus inflationnistes. E. Prescott appuie sa démonstration sur plusieurs exemples : les ménages qui épargnent d'autant moins qu'ils anticipent des impôts élevés sur le capital, les entreprises qui relèvent leurs prix si elles jugent la politique monétaire trop expansive ou encore les ménages qui, sachant qu'un accroissement de la masse monétaire se traduit par une hausse du niveau général des prix, demandent des salaires plus élevés.

Dans tous les cas, les politiques publiques laissées à la discrétion des gouvernements ne peuvent qu'osciller d'une forme d'intervention à une autre (monétaire, budgétaire, fiscale) au gré des cycles économiques. Seul le degré de crédibilité accordé aux autorités publiques leur donnera une capacité d'agir. Autrement dit, c'est davantage le jugement porté par les agents sur les effets attendus d'une mesure de politique économique que la qualité même de cette mesure qui détermine son efficacité.

Sur la base de travaux très formalisés, Edward Prescott dénonce le paradigme keynésien qui mettait jusqu'alors en avant le rôle de l'État pour atteindre un équilibre que le marché ne pouvait assurer. Il conclut à la nécessité de réduire la marge de manœuvre de la puissance publique, c'est-à-dire le pouvoir « discrétionnaire » du gouvernement, et propose de lier son action à des « règles ». De la sorte, les agents privés ne pourront plus le suspecter de ne pas respecter ses promesses ni ses objectifs.

Les travaux de Prescott ont très concrètement plaidé pour une gouvernance libérale. Dans la lignée de ces recommandations s'inscrivent : l'indépendance des politiques monétaires dans de nombreux pays à partir des années 1990, l'indépendance des banques centrales dont la seule règle de conduite doit être la stabilité des prix, l'inscription du Pacte de stabilité dans le traité européen d'Amsterdam, l'inscription de l'équilibre budgétaire dans la Constitution américaine (le Gramm-Rudman-Hollings Act de 1985). La progression vertigineuse du déficit public américain a cependant largement remis en question le « degré de crédibilité » de cette dernière recommandation.

Edward Prescott est également connu pour avoir développé un outil d'analyse des fluctuations des principaux agrégats macroéconomiques. La plupart d'entre eux (P.I.B., consommation, revenu, investissement) sont étudiés à partir de séries chronologiques dites « non stationnaires », qui ne fluctuent pas autour d'une valeur constante telle qu'une moyenne ou une variance. Un certain nombre de transformations sont nécessaires pour en faire l'analyse économétrique. L'une de ces méthodes est le filtre de Hodrick-Prescott. Développée en 1981 pour une application au cycle américain, cette technique économétrique a également été utilisée par la Commission européenne pour obtenir des estimations du P.I.B. tendanciel et des écarts de P.I.B. pour chacun des États membres.

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Pour citer l’article

Françoise PICHON-MAMÈRE, « PRESCOTT EDWARD C. (1940- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/edward-c-prescott/