DOURIS (env. 500-env. 460 av. J.-C.)

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Parmi les artistes appartenant à la seconde génération des peintres de vases attiques qui utilisent la technique des figures rouges, dans le premier quart du ~ ve siècle, beaucoup, et non des moindres, se spécialisent dans la décoration des petits vases, en particulier des coupes. Parmi ceux-ci, Douris (dont le nom nous a été transmis par une quarantaine de signatures) et Macron (dont nous possédons une signature entière et une fragmentaire) sont les mieux connus étant donné le nombre des pièces, entières ou fragmentaires, parvenues jusqu'à nous : plus de deux cent cinquante coupes et une bonne trentaine de petits vases divers — gobelets à deux anses horizontales (skyphos), canthares, rhytons (cornes pour boire), lécythes et aryballes (petits vases à parfum) — pour Douris ; environ trois cent quarante coupes et une dizaine d'autres vases — surtout des gobelets à anses horizontales — pour Macron.

Essentiellement peintre (on peut lire sur 39 vases la formule Douris égraphsen, c'est-à-dire « a peint »), Douris était aussi potier à l'occasion, comme l'attestent au moins deux signatures Douris époiésen, c'est-à-dire « a fabriqué » ; mais en général il travaillait pour un autre potier, dont le nom, Python, nous est connu par quelques signatures. Macron, lui, n'était que peintre, et il semble avoir été le plus souvent associé à un potier nommé Hiéron, dont la signature de fabricant (époiésen) apparaît sur plus de trente vases décorés de sa main.

Douris, à ses débuts, est proche d'Onésimos, lui-même élève d'Euphronios, mais déjà son style est plus orné, plus maniéré, avec une place importante accordée aux éléments secondaires du décor. Quelques compositions atteignent une certaine grandeur (par exemple les duels de Pâris et Ménélas, et d'Hector et Ajax à l'extérieur de la coupe G 115 du Louvre) ; mais, malgré le caractère impeccable du dessin, selon l'habitude des peintres du style « sévère », c'est-à-dire des deux générations de peintres à figures rouges comprises entre ~ 520 et ~ 480 environ, il n'arrive jamais à la puissance du peintre de Brygos. Presque aucune notation colorée ne vient enrichir les tableaux, qui restent souvent assez froids. Sans doute Douris est-il trop prisonnier de la tradition archaïque, et le caractère conventionnel de certains détails empêche l'expression des sentiments : l'œil reste le plus souvent trop gros, et il est presque toujours présenté de face dans un visage de profil, avec une pupille très avancée, selon la vieille tradition ; le menton est systématiquement rond, et les lèvres esquissent souvent un léger sourire qui paraît à la longue un peu mièvre. Aussi Douris est-il manifestement plus à l'aise pour traiter des scènes de la vie quotidienne ou des drames intimistes que pour peindre de grandes fresques héroïques. Ses deux réussites les plus remarquables sont peut-être d'une part le décor extérieur de la coupe de Berlin (Staatliche Museen, 2285), qui représente la vie dans une école, avec maîtres et élèves au travail, d'autre part la coupe G 115 du Louvre, avec Éos — l'Aurore — enlevant le cadavre de son fils Memnon, dans un médaillon d'une composition parfaitement équilibrée où la simplicité même des gestes confère au tableau une note pathétique ; mais même dans cette véritable scène de pietà païenne, l'émotion, reste très discrète.

Bien d'autres scènes sont pleines de charme et de délicatesse : farandoles de cômastes (c'est-à-dire de fêtards passablement avinés), banquets, sport, discussions, travaux féminins, armement de guerriers, concerts de musiciens et musiciennes. Douris ne néglige pas non plus les thèmes mythologiques à la mode : exploits d'Héraclès et de Thésée, enlèvement de Thétis par Pélée, épisodes de la guerre de Troie (en particulier combats singuliers), rondes de Dionysos et de son thiase ; il lui arrive même de traiter des sujets exceptionnels : ainsi la régurgitation de Jason par le dragon gardien de la Toison d'or, en présence d'Athéna, dans le médaillon d'une coupe du musée du Vatican, ou le sacrifice d'Iphigénie sur un lécythe de Palerme. Beaucoup de ses œuvres, en revanche, paraissent monotones, presque académiques, et les personnages s'y juxtaposent d'une façon quelque peu mécanique, surtout après les années ~ 480. Assez vite pourtant, Douris était devenu le chef d'une école, et son œuvre a connu de son temps, sans doute à cause de sa grâce et de sa bonhomie, de nombreux imitateurs dont la main est souvent difficile à [...]

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Écrit par :

  • : ancien membre de l'École française d'archéologie d'Athènes, docteur ès lettres, professeur de civilisation grecque à la Sorbonne (Paris IV)

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GRÈCE ANTIQUE (Civilisation) - Les arts de la Grèce

  • Écrit par 
  • Pierre DEVAMBEZ, 
  • Agnès ROUVERET
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Pour citer l’article

Jean-Jacques MAFFRE, « DOURIS (env. 500-env. 460 av. J.-C.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/douris/