DJĀḤIẒ ou ĞĀḤIẒ (776-868)

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La culture arabo-islamique connaît, au iie siècle de l'hégire, une période de haute élaboration, lorsqu'elle entreprend de réaliser la synthèse des éléments qui la constituent. Une dynastie nouvelle fonde Baġdād qui, très vite, draine vers elle les hommes les plus remarquables de l'empire. Un pouvoir théocratique jette les bases d'une philosophie politique et d'un système dogmatique où la raison se veut l'argument et l'arme de la foi. Une société formée d'ethnies disparates est en quête de son équilibre. Dans tous les domaines, un mouvement scientifique de recherche et de compréhension allie son désir d'ouverture aux autres à une volonté vigilante de défense de soi-même. Dans un même élan va se déterminer une aire littéraire. À la poésie, vieux, glorieux et unique mode d'expression, s'adjoint une prose dont les débuts tardifs sont éclatants. Djāḥiẓ les marque de sa personnalité en produisant une œuvre énorme, objet aujourd'hui encore d'une admiration unanime.

Cette œuvre présente le triple intérêt d'être à la fois celle d'un théologien dogmatique, du propagandiste ardent d'une doctrine politico-religieuse, et d'un admirable littérateur à la verve inépuisable, au style étincelant. Inimitable et sans cesse invoqué, Djāḥiẓ contribue à illustrer une culture qui, sans se fermer aux apports étrangers, entend se préserver de toute altération dénaturante.

La quête du savoir

Abū ‘Utmān ‘Amr b. Baḥr al-Ǧāḥiẓ (ou Djāḥiẓ) illustre le paradoxe de la culture arabe : réservée à une élite qui en échange les signes pour se reconnaître, elle a souvent trouvé de brillants représentants parmi des hommes d'origine modeste. L'écrivain est né à Baṣra (160/776) dans une famille pauvre, peut-être d'ascendance abyssine, cliente d'une tribu arabe. Baṣra (Bassora) est alors un centre florissant qui ne cédera que difficilement son rôle de métropole à Baġdād. Après une éducation primaire consacrée aux études coraniques, Djāḥiẓ, vivant d'expédients, profite de toutes les ressources intellectuelles de sa cité. Il suit les cours dispensés par les plus grands savants philologues et lexicographes. Il assiste sur le Mirbad, célèbre marché de la ville, aux enquêtes menées auprès des Bédouins, maîtres manieurs de la langue, dont on interroge la mémoire pour collecter la poésie ancienne en passe d'être idéalisée. Il se passionne, dans les mosquées, pour les rudes controverses des théologiens (mutakallimūn), largement influencés dans leur dialectique par l'hellénisme ambiant, et va écouter les sermonnaires populaires (quṣṣās) qui impriment en lui ce goût très arabe de la rhétorique. Il pénètre peu ou prou dans les cercles où s'établissent les règles de l'échange littéraire, règles dont la connaissance est indispensable à qui veut saisir la texture même de ses écrits. Il passe des jours chez les libraires, dont il lit les ouvrages avec avidité.

Cependant, il regarde vivre sa cité. Djāḥiẓ est un des rares écrivains de la littérature médiévale à observer ses contemporains : commerçants, bateleurs, libraires, mariniers, conteurs, mauvais garçons. Il les fréquente, note les particularités de leur langage, s'intéresse aux techniques des métiers, recueille les histoires qu'ils racontent. Outre son savoir encyclopédique, il acquiert ainsi une connaissance des hommes et des choses que restituera son œuvre.

Un écrit politico-religieux attire sur lui l'attention du calife al-Ma'mūn, et il s'installe à Baġdād au début du iiie siècle. Il y poursuivra une carrière de polémiste et de littérateur sous la protection de très hauts dignitaires de l'empire. Il meurt à Baṣra en 255/868-9.

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Jamel Eddine BENCHEIKH, « DJĀḤIẒ ou ĞĀḤIẒ (776-868) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/djahiz-gahiz/