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DIDACTIQUE La didactique des disciplines

Objet, tâches et concepts des didactiques des disciplines

Les didactiques des disciplines ont pour objet central les processus de construction de connaissances et de savoir-faire (par transmission, reproduction ou création originale) qui sont à l'œuvre dans un système didactique, c'est-à-dire dans la structure constituée par l'ensemble des relations qui se nouent entre l'enseignant, les élèves et la matière enseignée.

Le système didactique

Tout système didactique est un produit historique, technique, relationnel et culturel au sein duquel prennent leur signification aussi bien les décisions relatives aux objectifs que les choix des programmes et les innovations méthodologiques ; ce système est dès lors ouvert sur l'environnement, en l'occurrence sur des systèmes plus larges dont il procède et avec lesquels il doit demeurer compatible. Il dépend tout d'abord d'un système éducatif global, c'est-à-dire des dispositions générales adoptées par une communauté donnée en matière d'éducation (principes, finalités, moyens, etc.). Dispositions dont les propriétés découlent des représentations collectives en vigueur quant à l'image qu'une société a d'elle-même et de son devenir. Ces représentations sont à leur tour dépendantes des situations politiques, économiques et culturelles.

Le système didactique s'inscrit ensuite dans l'un des systèmes d'enseignement (ou types d'école) mis en place pour réaliser les finalités collectives, systèmes dont les propriétés varient en fonction des caractéristiques des apprenants visés, des objectifs spécifiques poursuivis à leur égard, des moyens matériels des établissements, du niveau de formation des enseignants, etc. La première tâche de la didactique est dès lors d'analyser les enjeux des décisions et des dispositions prises dans ces deux systèmes, en amont des situations de classe. Sans prétendre élaborer une nouvelle axiologie, le didacticien se doit de penser la cohérence interne des discours programmatiques : par exemple, les finalités dévolues à l'enseignement du français (doter l'élève d'une compétence linguistique diversifiée et d'une « culture » adaptée à l'époque) se traduisent-elles effectivement dans l'énoncé des objectifs concrets visés à chaque étape du programme ?

Ce type de problème revêt une acuité d'autant plus vive que, au-delà des cadres posés par les institutions politico-scolaires, l'explicitation détaillée des modalités de présentation et d'organisation d'une matière fait souvent défaut. Le didacticien doit également se poser la question de la crédibilité de ces discours instructionnels et programmatiques : les savoirs et savoir-faire prétendument utiles aux élèves le sont-ils vraiment ? Dans le domaine des sciences naturelles, par exemple, comment articuler les finalités officielles (description de faits, maîtrise de concepts, de lois et de théories scientifiques) avec les autres modalités d'appropriation de ces savoirs (dans les musées, les expositions) ainsi qu'avec les enjeux de leur exploitation technique et sociale ? Ce type de questionnement fait apparaître la profonde articulation de la pensée didactique à la pensée politique (à quel type de monde se référer pour y répondre ?) et le danger, pour la première, de se diluer dans la seconde. Le risque vaut cependant la peine d'être couru, tant ce va-et-vient permanent entre regard sur l'école et regard sur la société s'avère dynamique et régulateur pour le travail du didacticien.

Dans ce contexte, l'élaboration de curricula systématiques et rationnels constitue la deuxième tâche des didactiques. Ce travail consiste à identifier et à conceptualiser des objets d'apprentissage en tenant compte du fait que la place relative accordée aux savoirs,[...]

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Écrit par

  • : docteur en psychologie, professeur ordinaire de didactique des langues à l'université de Genève
  • : maître de conférences à l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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