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DELALANDE ou DE LA LANDE MICHEL RICHARD (1657-1726)

Organiste, violoniste et compositeur, Delalande, l'une des plus hautes figures musicales du siècle de Louis XIV, est resté célèbre surtout pour ses grands motets. Delalande fait d'abord partie de la maîtrise de Saint-Germain-l'Auxerrois et acquiert une grande renommée dans le jeu du clavecin et de l'orgue. Il tient les claviers des Grands-Jésuites, du Petit-Saint-Antoine, de Saint-Jean-en-Grève et, par intérim, de Saint-Gervais. Chargé de l'éducation de la fille de M. de Noailles, puis des filles légitimées de Louis XIV, Mlles de Nantes et de Blois, il est, en 1683, avec N. Goupillet, P. Collasse et G. Minoret, l'un des quatre sous-maîtres de la chapelle du roi (le maître étant toujours un évêque ou un archevêque à titre honorifique) ; il devient maître-compositeur et surintendant à la musique de la Chambre. Après Lully, il exerce une sorte de dictature esthétique. Musicien préféré de Louis XIV, le Régent et Louis XV (qui l'anoblit) le portent aussi en haute estime. De son œuvre profane (dont on a relevé 583 thèmes : ballets, musique instrumentale, divertissements de cour), retenons les Symphonies pour les soupers du roy (1703), sous la forme de sonates à trois ; les quatre Symphonies de Noël, Les Éléments — en collaboration avec Destouches (1726). De son œuvre religieuse, mis à part une messe des défunts en plain-chant musical, quelques petits motets à voix seule et trois Leçons de Ténèbres, on connaît quatre-vingts grands motets (dont neuf n'ont pas été retrouvés).

De Formé à Mondonville, le grand motet fut la base de la musique religieuse française. Sur un texte liturgique (hymne, séquence, antienne, psaume) se découpe une suite de symphonies, récits, airs, petits et grands chœurs. C'est une sorte de court oratorio ou de cantate en latin. Sans s'intéresser aux modulations comme Campra, l'écriture de Delalande acquiert une plus grande souplesse, avec ici ou là un passage descriptif qui tempère heureusement la logique classique de l'art versaillais. Le Te Deum (1684), le De profundis (1689), le Miserere (1689), le Lauda Sion (1725, seconde version) furent joués jusqu'en 1770 (répertoire fondamental du concert spirituel). Le premier, Delalande fait dialoguer la voix et un instrument à vent (flûte, hautbois). Les instruments ne se contentent pas de doubler les voix : une ou deux parties de violon circulent au travers d'elles, qui toutes savent chanter avec grâce ou gravité. L'esprit liturgique, avec lui, intègre ce qu'il faut de décor, sans jamais emprunter au baroquisme de ses contemporains, allemands par exemple.

— Pierre-Paul LACAS

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Écrit par

  • : psychanalyste, membre de la Société de psychanalyse freudienne, musicologue, président de l'Association française de défense de l'orgue ancien

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • CAMPRA ANDRÉ (1660-1744)

    • Écrit par Pierre-Paul LACAS
    • 989 mots
    • 1 média

    Organiste, maître de chapelle, musicien de théâtre, créateur de l'opéra-ballet, André Campra est l'une des grandes figures de son siècle. Son écriture, qui renouvelle tout ce qu'elle touche, représente une synthèse originale des styles italien et français, qui caractérise le début du ...

  • DESTOUCHES ANDRÉ cardinal (1672-1749)

    • Écrit par Pierre-Paul LACAS
    • 705 mots

    Compositeur français, né et mort à Paris, dont le style à la fois prolonge celui de Lully et de Campra et annonce celui de Rameau et de Gluck. Avec son maître Campra, Destouches est l'un des créateurs de l'opéra-ballet (L'Europe galante, 1697). « Musicien du sentiment »,...

  • MOTET

    • Écrit par Roger BLANCHARD
    • 3 044 mots
    Successeur de Lully dans la faveur de Louis XIV, nommé maître de la Chapelle en 1683, surintendant de la musique en 1689, Michel Richard Delalande (1657-1726) apparaît comme le chef d'école du motet classique français. S'il ne modifie pas la forme qui allait être celle de la cantate d'église chez Bach...

Voir aussi