BRUBECK DAVE (1920-2012)

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Le pianiste et compositeur américain Dave Brubeck fut à l'origine d'un des plus fameux quartet de jazz, le Dave Brubeck Quartet, avec lequel il enregistra de nombreux standards dont le célèbre Take Five.

Dave Warren Brubeck est né le 6 décembre 1920 à Concord (Californie). Sa mère lui enseigne le piano dès l'âge de quatre ans. Adolescent, il tient déjà le clavier dans des ensembles de jazz locaux, puis, de 1938 à 1942, il suit une formation musicale classique au College of the Pacific à Stockton (Californie), où il monte et dirige un orchestre de douze musiciens. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il se retrouve à la tête d'un orchestre militaire dans l'armée du général Patton. Après la guerre, Brubeck étudie la composition musicale au Mills College d'Oakland (Californie) auprès de Darius Milhaud, et côtoie brièvement Arnold Schönberg. En 1946, il fonde un groupe avec d'autres étudiants et enregistre plusieurs morceaux (sortis en 1951) sous le nom de Dave Brubeck Octet. Les compositions jouées par l'orchestre reflètent les études de Brubeck sur la polyrythmie et la polytonalité. Ces enregistrements sont considérés comme trop avant-gardistes, ne trouvent pas leur public, et les membres de la formation se séparent. Brubeck dirige ensuite un trio qui obtient un certain succès dans la région de San Francisco, mais doit le dissoudre en 1951 à cause d'une blessure au dos qui l'immobilise pendant plusieurs mois.

Dave Brubeck

Photographie : Dave Brubeck

Avec des standards tels que Take Five ou encore Blue Rondo a la Turk, le pianiste Dave Brubeck (ici en 1954) a connu un succès mondial bien au-délà des frontières du jazz. 

Crédits : Carl Van Vechten/ Library of Congress, Washington, D.C.  

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Il reforme son trio dès la fin de cette même année ; le saxophone alto Paul Desmond ne tarde pas à le rejoindre. En quelques mois à peine, le nouveau quartette connaît la notoriété aux États-Unis, les critiques portant au pinacle leurs innovations musicales. À la même époque, Brubeck est l'un des premiers musiciens de jazz à animer des ateliers sur les campus américains. Il enregistre plusieurs albums à l'occasion de ces tournées, parmi lesquels Jazz at Oberlin (1953), Jazz at the College of the Pacific (1953), Jazz Goes to College (1954), Jazz Goes to Junior College (1957), qui comptent parmi ses œuvres les mieux considérées par la critique. Dave Brubeck et Paul Desmond constituent les deux piliers d'une formation par ailleurs mouvante pendant la plus grande partie des années 1950 ; ils sont rejoints par Joe Morello à la batterie en 1956 et Eugene Wright à la contrebasse en 1958, qui viennent assurer la rythmique définitive du quartette.

La popularité de Brubeck atteint de tels sommets qu'il fait la une de Time Magazine le 8 novembre 1954, même si ce moment coïncide avec un retournement de la critique à son égard. Brubeck est une figure majeure du mouvement West Coast qui commence à prendre inéluctablement ses distances avec le courant new-yorkais fondé sur le be-bop. Les critiques finissent par afficher leur préférence pour le style de la côte est, plus proche d'un jazz traditionnel offrant du swing et de l'émotion, au détriment de l'approche froide et intellectuelle des musiciens de la côte ouest, auxquels on reproche souvent un académisme trop formel. Personne ne remet pourtant en question les qualités techniques des formations de Brubeck. Quelques critiques lui font grief de solos de piano maladroits reposant sur des accords banals plaqués trop lourdement, mais beaucoup d'autres portent aux nues le timbre « cool » et frais de Paul Desmond ainsi que la créativité et la virtuosité de Joe Morello. Brubeck lui-même reçoit des éloges pour ses compositions : The Duke, In Your Own Sweet Way ou Blue Rondo a la Turk...

Le quartette flirte avec une métrique trop absconse pour le jazz de l'époque (thèmes en 5/4 ou en 9/8, par exemple) et la formation classique de Brubeck transparaît dans ses créations à travers l'emploi qu'il fait de l'atonalité, de la fugue ou du contrepoint. Le quartette atteint son apogée en 1960 avec une composition de Paul Desmond intitulée Take Five, qui va devenir un standard et, surtout, le plus grand succès commercial de tous les temps pour un single de jazz. Ce grand classique populaire devient la « signature » du quartette, qui l'interprète lors de tous ses concerts, chaque musicien quittant la scène après son solo pour ne laisser que le batteur Joe Morello.

Le célèbre quartette est dissous en 1967, mais ses protagonistes se retrouveront à plusieurs occasions avant la mort de Paul Desmond en 1977. Brubeck dirige ensuite plusieurs petits ensembles, comme le quartette qu'il formera avec ses trois fils, Darius (clavier), Chris (contrebasse et trombone) et Danny (batterie), et dont l'album Two Generations of Brubeck (1973) est la meilleure illustration. Dans les années 1980, Brubeck est devenu une icône respectée du jazz. Bien que n'étant plus depuis longtemps au faîte de sa popularité commerciale, les albums qu'il produit dans les années 1980 et 1990 lui valent les critiques les plus élogieuses : Paper Moon (1981), Blue Rondo (1986), Moscow Night (1987), Nightshift (1993), In Their Own Sweet Way (1996) et To Hope ! A Celebration (1996). Brubeck enregistre également quelques albums solos au piano, révélant toute la profondeur de sa vision harmonique dans des enregistrements tel One Alone (2000), qui rassemble une série de standards démontrant sa capacité à passer du stride des années 1920 à des styles contemporains.

Dave Brubeck est mort le 5 décembre 2012 à Norwalk (Connecticut).

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Pour citer l’article

« BRUBECK DAVE - (1920-2012) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/dave-brubeck/