CONSERVATISME

Terme formé à partir de celui de « conservateur », lequel désignait originellement un gardien des droits ou des privilèges, en un sens essentiellement juridique (ainsi, dans le titre de conservateur des hypothèques, des classes, des eaux et forêts). Le terme de conservateur prit une signification différente lorsqu'il s'appliqua non plus à une personne remplissant une fonction, mais à un parti : il devient alors un terme politique (les tories sont des conservateurs) mais se référant à la même idée, celle du maintien des droits et privilèges. Très tôt, il en vint tout naturellement à connoter le refus du renouvellement de la société, signification qui s'accentua d'autant plus que ce renouvellement s'annonçait comme plus proche et plus rapide : c'est, par exemple, en face de la montée de la tendance démocratique que l'esprit conservateur (la volonté de conserver l'Ancien Régime ou les privilèges de la noblesse) se précisa.

Mais, au milieu du xixe siècle, pour la grande majorité de la société occidentale, le terme de conservateur prit un sens nettement positif, du fait que le passé, la tradition, l'ordre ancien apparaissaient alors comme étant des valeurs à défendre. Le retournement s'effectua pendant la seconde moitié du xixe siècle, les nouvelles valeurs devenant le progrès, l'avenir et, par conséquent, le changement. On pouvait encore, en 1900, considérer que le conservatisme était simplement l'opinion des membres du Parti conservateur. Mais, à partir de la transformation de l'échelle des valeurs dans la société, le conservatisme en vint à viser une réalité beaucoup plus large, d'autant que les partis politiques abandonnèrent tous, les uns après les autres, la dénomination de conservateur : lorsque la connotation devint globalement négative, aucun parti ne voulut plus d'une telle étiquette. Et c'est alors que le terme de conservatisme connaît sa plus grande extension : il désigne l'attitude mentale de ceux qui refusent le progrès et le changement social et caractérise un certain refus de l'histoire, la référence à des valeurs éternelles prises comme références immuables, la croyance en la pérennité des institutions, l'exigence d'un pouvoir politique qui ne soit pas soumis aux fluctuations de l'opinion.

—  Jacques ELLUL

Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université de Bordeaux-I, membre de l'Académie de Bordeaux

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Pour citer l’article

Jacques ELLUL, « CONSERVATISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 décembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/conservatisme/