TORIES

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Nom attribué à l'un des premiers partis politiques anglais à partir de 1679-1680 et devenu aujourd'hui synonyme de conservateurs. Baptisés par leurs adversaires d'une expression injurieuse utilisée contre des hors-la-loi catholiques d'Irlande, les tories ont commencé par être le parti du roi et de l'Église d'Angleterre et ont lutté pour préserver les droits du catholique Jacques d'York à la succession de son frère Charles II (bataille de l'exclusion). Ralliés à la révolution de 1688 par souci de défendre l'institution parlementaire et la religion établie, les tories jouent un rôle actif, concurremment avec les whigs, sous les derniers Stuarts. Les sympathies et le souci légitimiste d'une fraction d'entre eux, dont Bolingbroke, les rendent à juste titre suspects à l'avènement de la dynastie des Hanovre, poussent certains à se mêler aux complots et soulèvements jacobites, encouragent George Ier et George II à les tenir systématiquement éloignés du pouvoir. Rentrés progressivement en grâce à partir de 1760, sous George III, ils bénéficient du ralliement de William Pitt le Jeune. Premier ministre dès 1783, celui-ci attire à lui des hommes issus de la bourgeoisie, sait s'adapter à la conjoncture nouvelle, profite de la Révolution française pour se gagner nombre de whigs effrayés par les excès en France et par la propagation des idées subversives en Grande-Bretagne. Devenus au début du xixe siècle les protecteurs de l'ordre politique, social et religieux, les tories ne sont pas sans connaître des divisions. Dans les années 1820, les canningistes représentent une aile plus libérale, favorable à la tolérance religieuse totale. Victimes théoriques de la réforme de 1832, les tories opèrent un remarquable redressement : dans les années 1830, Robert Peel, leur principal chef, en fait des conservateurs soucieux de lier progrès et ordre ; dans la décennie suivante, Peel divise son parti en se convertissant, en 1846, au libre-échangisme, mais un mouvement de jeunes tories, dont Disraeli, prépare une future alliance du peuple et de la couronne en dénonçant les abus de la société industrielle et en soulignant la responsabilité des aristocrates qui, régénérés, devraient jouer un rôle salvateur et aider à la renaissance d'une harmonie sociale. Par la suite, la terminologie de conservateur s'imposant définitivement, le mot « tory » en vient à désigner la fraction la moins progressiste du parti. Cette acception ne se révéla pas durable et les deux termes, bien avant la fin du siècle, deviennent synonymes.

—  Roland MARX

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  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Roland MARX, « TORIES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tories/