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COMPORTEMENT ANIMAL Comportement reproducteur

Les animaux déploient une multitude d'ornements et de comportements pour séduire un partenaire sexuel et se reproduire. Les danses nuptiales, les sons et les odeurs sexuelles sont des signaux très utilisés, et c'est souvent le mâle qui déploie ses meilleurs atours pour séduire la femelle. Les arguments de séduction, ainsi que la préférence pour ces arguments chez l'autre sexe, passionnent depuis longtemps les naturalistes et les évolutionnistes. D'abord considérés comme des ornements esthétiques, ils sont maintenant reconnus pour leur valeur indicatrice et héritable de la qualité individuelle. Leur fonction est ainsi de signaler la qualité du partenaire ou la quantité de ressources disponibles, optimisant ainsi les possibilités de reproduction.

L'évolution de la séduction

Des stratégies propres à chaque sexe

Cerf et biches pendant le rut - crédits : Arterra/ Universal Images Group/ Getty Images

Cerf et biches pendant le rut

La stridulation d'un criquet, le coassement d'un crapaud, la danse nuptiale d'un oiseau de paradis ou le brame d'un cerf sont tous des arguments de séduction. Ces signaux de parade, d'une extrême diversité dans le monde animal, sont généralement portés par les mâles qui s'investissent dans l'attraction d'une ou de plusieurs femelles. Mais pourquoi les mâles tentent-ils si souvent de persuader les femelles de s'accoupler ? Cette asymétrie est la simple conséquence d'une différence majeure entre les sexes. Commune à tous les animaux, elle concerne leurs cellules reproductrices, ou gamètes. Les mâles produisent pendant l'essentiel de leur vie de nombreux petits gamètes mobiles appelés spermatozoïdes, alors que les femelles produisent pendant une durée plus limitée de gros gamètes immobiles appelés ovocytes. C'est ce que l'on appelle l'anisogamie. Les spermatozoïdes ne transportent que les gènes, alors que les ovules contiennent aussi des ressources pour leur développement après la fécondation. Pour une même quantité de ressources, les mâles peuvent produire beaucoup plus de gamètes que les femelles. À tout moment, la reproduction d'une population sexuée est donc limitée par le nombre d'ovocytes que les mâles pourraient féconder.

Une des principales conséquences de l'anisogamie est que les femelles constituent une ressource limitante pour les mâles qui entrent alors en compétition pour l'accès aux femelles reproductrices. Chez la plupart des espèces sexuées, le succès des mâles dépend de leur capacité d'attirer des femelles fertilisables, alors que celui des femelles dépend surtout de leur capacité d'accéder aux ressources énergétiques nécessaires pour produire des ovules et élever les jeunes. La reproduction des femelles pourra donc être améliorée si elles peuvent distinguer et choisir des mâles de meilleure qualité en termes de ressources disponibles dans leur territoire, de soins aux jeunes, ou de résistance aux maladies qui pourra être transmise aux descendants. Les femelles ont donc généralement tendance à être exigeantes, sélectionnant les mâles sur la base de traits de séduction qui peuvent même constituer des handicaps réduisant leur survie.

De la sélection naturelle à la sélection sexuelle

Dans les années 1870, c'est Charles Darwin qui a développé le concept de sélection sexuelle pour expliquer l'évolution de certains traits dimorphiques qui sont le plus souvent uniquement présents chez les mâles, comme la traîne du paon. Pour la plupart, ces traits morphologiques ne procurent à leurs porteurs aucun avantage en termes de survie des individus ou de défense contre les prédateurs, mais semblent plutôt encombrer les mâles et les rendre plus repérables par les prédateurs. Selon Darwin, de tels traits dimorphiques, appelés caractères sexuels secondaires, sont en fait sélectionnés pour l'avantage qu'ils procurent aux mâles lors de la compétition qui les oppose pour féconder les[...]

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Écrit par

  • : docteur de l'université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie, chargé de recherche au C.N.R.S.

Classification

Pour citer cet article

Marc THÉRY. COMPORTEMENT ANIMAL - Comportement reproducteur [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Médias

Cerf et biches pendant le rut - crédits : Arterra/ Universal Images Group/ Getty Images

Cerf et biches pendant le rut

Paon bleu - crédits : Gerard Soury/ The Image bank/ Getty Images

Paon bleu

Crapaud commun - crédits : Laurent Lebois/ flickr ; CC-BY

Crapaud commun

Autres références

  • AGRESSIVITÉ, éthologie

    • Écrit par
    • 3 931 mots
    ...l'espace disponible, de la frustration, de la privation alimentaire, de la concurrence, de la structure sociale du groupe, dans l'expression de l'agression. Il est également certain que, chez l'animal, on ne saurait séparer l'agression des comportements sociaux ; l'animal a besoin d'un adversaire pour exprimer...
  • BEHAVIORISME

    • Écrit par
    • 4 682 mots
    • 2 médias
    ...trente aux années cinquante, se déroule un grand débat sur les théories de l'apprentissage, alimenté par de nombreuses recherches expérimentales, soit chez l'animal, à partir de procédures de conditionnement, soit chez l'homme, notamment au moyen des apprentissages par cœur. L'objectif principal est de...
  • BUYTENDIJK FREDERIK (1887-1974)

    • Écrit par
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    Occupant une place particulière parmi les meilleurs psychologues contemporains, le savant hollandais F. J. J. Buytendijk, qui fut pendant de longues années professeur aux universités de Nimègue et d'Utrecht, peut difficilement être rangé dans une école. On ne peut pas non plus le considérer comme...

  • CHARLES SHERRINGTON : CONCEPT D'INTÉGRATION NERVEUSE

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    La parution en 1906 d'un important ouvrage de sir Charles Scott Sherrington fait date en neurophysiologie. Dans Integrative Action of the Nervous System, il interprète l'unification du comportement d'un organisme comme l'expression ultime d'un processus d'intégration nerveuse. Sous sa forme...

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