COMPORTEMENT ANIMALComportement reproducteur

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Les animaux déploient une multitude d'ornements et de comportements pour séduire un partenaire sexuel et se reproduire. Les danses nuptiales, les sons et les odeurs sexuelles sont des signaux très utilisés, et c'est souvent le mâle qui déploie ses meilleurs atours pour séduire la femelle. Les arguments de séduction, ainsi que la préférence pour ces arguments chez l'autre sexe, passionnent depuis longtemps les naturalistes et les évolutionnistes. D'abord considérés comme des ornements esthétiques, ils sont maintenant reconnus pour leur valeur indicatrice et héritable de la qualité individuelle. Leur fonction est ainsi de signaler la qualité du partenaire ou la quantité de ressources disponibles, optimisant ainsi les possibilités de reproduction.

L'évolution de la séduction

Des stratégies propres à chaque sexe

La stridulation d'un criquet, le coassement d'un crapaud, la danse nuptiale d'un oiseau de paradis ou le brame d'un cerf sont tous des arguments de séduction. Ces signaux de parade, d'une extrême diversité dans le monde animal, sont généralement portés par les mâles qui s'investissent dans l'attraction d'une ou de plusieurs femelles. Mais pourquoi les mâles tentent-ils si souvent de persuader les femelles de s'accoupler ? Cette asymétrie est la simple conséquence d'une différence majeure entre les sexes. Commune à tous les animaux, elle concerne leurs cellules reproductrices, ou gamètes. Les mâles produisent pendant l'essentiel de leur vie de nombreux petits gamètes mobiles appelés spermatozoïdes, alors que les femelles produisent pendant une durée plus limitée de gros gamètes immobiles appelés ovocytes. C'est ce que l'on appelle l'anisogamie. Les spermatozoïdes ne transportent que les gènes, alors que les ovules contiennent aussi des ressources pour leur développement après la fécondation. Pour une même quantité de ressources, les mâles peuvent produire beaucoup plus de gamètes que les femelles. À tout moment, la reproduction d'une population sexuée est donc limitée par le nombre d'ovocytes que les mâles pourraient féconder.

Cerf et biches pendant le rut

Photographie : Cerf et biches pendant le rut

Le cerf élaphe (Cervus elaphus) appartient à la famille des cervidés. Très répandu en Europe et en Amérique du Nord, c'est un animal herbivore qui vit en forêt et dont l'activité est essentiellement nocturne. Lors de la saison du rut, qui a lieu au début de l'automne, le cerf brame. Ce... 

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Une des principales conséquences de l'anisogamie est que les femelles constituent une ressource limitante pour les mâles qui entrent alors en compétition pour l'accès aux femelles reproductrices. Chez la plupart des espèces sexuées, le succès des mâles dépend de leur capacité d'attirer des femelles fertilisables, alors que celui des femelles dépend surtout de leur capacité d'accéder aux ressources énergétiques nécessaires pour produire des ovules et élever les jeunes. La reproduction des femelles pourra donc être améliorée si elles peuvent distinguer et choisir des mâles de meilleure qualité en termes de ressources disponibles dans leur territoire, de soins aux jeunes, ou de résistance aux maladies qui pourra être transmise aux descendants. Les femelles ont donc généralement tendance à être exigeantes, sélectionnant les mâles sur la base de traits de séduction qui peuvent même constituer des handicaps réduisant leur survie.

De la sélection naturelle à la sélection sexuelle

Dans les années 1870, c'est Charles Darwin qui a développé le concept de sélection sexuelle pour expliquer l'évolution de certains traits dimorphiques qui sont le plus souvent uniquement présents chez les mâles, comme la traîne du paon. Pour la plupart, ces traits morphologiques ne procurent à leurs porteurs aucun avantage en termes de survie des individus ou de défense contre les prédateurs, mais semblent plutôt encombrer les mâles et les rendre plus repérables par les prédateurs. Selon Darwin, de tels traits dimorphiques, appelés caractères sexuels secondaires, sont en fait sélectionnés pour l'avantage qu'ils procurent aux mâles lors de la compétition qui les oppose pour féconder les femelles. Au contraire, d'autres caractères sexuels dits primaires, qui sont portés principalement par la femelle, comme les glandes mammaires ou le placenta chez les Mammifères, s'expliquent par leur utilité pour la survie des descendants.

Le concept de sélection sexuelle opposa Charles Darwin au naturaliste anglais Alfred Russel Wallace qui, de son côté, accordait une place prépondérante à la sélection naturelle. Pour ce dernier, si les femelles choisissaient certains mâles, c'était uniquement parce qu'ils présentaient des caractères favorisés par la sélection naturelle. Pour lui, la sélection sexuelle n'était qu'un processus secondaire dont l'effet pouvait éventuellement renforcer celui de la sélection naturelle. Il considérait que la préférence des femelles avait évolué pour accroître l'efficacité de l'appariement en permettant de synchroniser la libération des gamètes, et pour choisir les mâles de meilleure qualité et/ou possédant les meilleures ressources.

Séduire : préférences esthétiques ou indicateurs honnêtes ?

Darwin expliquait la préférence des femelles sur la base de sentiments esthétiques proches de ceux de l'homme, sans se poser la question de l'origine de cette préférence. Ce n'est qu'en 1930 que l'Anglais Ronald Aylmer Fisher, généticien des populations, trancha le débat initié par Darwin et Wallace. Avec son modèle de « l'emballement », il montra l'existence d'un phénomène de coévolution entre la présence d'un trait chez un sexe, comme les bois du cerf ou la traîne d'un paon, et l'existence d'une préférence pour ce même trait chez le sexe opposé. Du fait de la reproduction sexuée, un lien génétique s'est instauré entre le trait et la préférence. Le bénéfice pour la lignée est que les femelles sélectives auront plus de descendants car chacun des mâles qu'elles ont engendrées possède le trait préféré par les femelles. Dans de nombreux cas, ce phénomène produit une exagération du trait au-delà de la valeur qu'il devrait avoir s'il n'était soumis qu'à la sélection utilitaire pour la survie et la fécondité. Ainsi le modèle de l'emballement explique que des caractères handicapants ont initialement procuré un avantage pour la survie, et qu'ils ont ensuite été soumis à la sélection sexuelle par l'effet de la préférence des femelles. Le développement du handicap, souvent porté par les mâles, ne s'arrêtera théoriquement que lorsque le coût qu'il génère sera équivalent à l'avantage sexuel dont bénéficient les mâles qui le supportent.

Les traits fishériens sont dits arbitraires car ils peuvent prendre toute forme et ne procurent pas d'information à la femelle à part le pouvoir de séduction du mâle. Un bon exemple d'ornements fishériens est celui des mâles des paradisiers ou oiseaux de paradis de Nouvelle-Guinée et d [...]

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Cerf et biches pendant le rut

Cerf et biches pendant le rut
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Paon bleu

Paon bleu
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Crapaud commun

Crapaud commun
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Bombyx du mûrier

Bombyx du mûrier
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  • : docteur de l'université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie, chargé de recherche au C.N.R.S.

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Pour citer l’article

Marc THÉRY, « COMPORTEMENT ANIMAL - Comportement reproducteur », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/comportement-animal-comportement-reproducteur/