COMMUNE DE PARIS

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La Commune combattante

Entre la dictature et l'anarchie

Mais la Commune gouverna dans le désordre, oscillant sans cesse entre la dictature et l'anarchie. Les responsables des diverses commissions chargées des services ministériels changèrent à plusieurs reprises, en ce qui concerne particulièrement les affaires militaires. Comme la situation s'aggravait, les « jacobins » de la Commune firent voter, par 45 voix contre 23, la formation d'un Comité de salut public, dont l'intervention dans les affaires de la guerre fut particulièrement malheureuse. Renouvelé, avec l'appui de la minorité cette fois, après la démission du délégué à la guerre Rossel, le nouveau Comité de salut public prit quelques mesures salutaires, mais trop tardives. La lutte entre majorité et minorité, les rivalités de personnes minaient la Commune de l'intérieur ; à l'extérieur, l'ingérence continuelle du Comité central de la garde nationale dans les affaires militaires paralysait son pouvoir. La prolifération anarchique de comités divers, qui soutenaient la révolution, l'affaiblissait en même temps, en particulier en ce qui concerne la défense de la Commune. La Commune se méfiait des militaires qu'elle avait délégués à la guerre : de l'aventurier Cluseret aussi bien que du généreux Rossel. Les gardes nationaux les plus ardents étaient des combattants révolutionnaires, qui répugnaient à une discipline nécessaire. Enfin, des tentatives de conciliation de la part de l'Union des chambres syndicales, de l'Union républicaine des droits de Paris, des députés de Paris, des membres de la franc-maçonnerie, alors qu'il ne pouvait y avoir de conciliation entre la Commune et Versailles, n'eurent pour effet que d'amoindrir la résistance de Paris.

Louis Rossel

Photographie : Louis Rossel

Le militaire français Louis Rossel (1844-1871) se met au service de la Commune de Paris, en 1870. Il sera condamné à mort et exécuté en 1871. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Afficher

Une lutte inégale

Paris n'eut jamais plus de 40 000 combattants, auxquels il faut ajouter des femmes et des adolescents. Thiers, au contraire, avait, avec l'appui de Bismarck, reformé son armée : elle comptait 63 500 hommes, auxquels s'ajoutèrent 130 000 prisonniers libérés d'Allemagne. Jusqu'aux élections de la Commune, il n'y a guère que quelques escarmouches. Mais, le 30 mars, les fédérés sont délogés du rond-point de Courbevoie. Le 2 et le 3 avril, les fédérés essayent de prendre l'offensive. Flourens et Duval sont exécutés par les « versaillais ». À ces exécutions de prisonniers, la Commune répond par le « décret des otages », qui d'ailleurs ne sera pas appliqué. Du 11 avril au 21 mai, la lutte se poursuit autour de Paris. Le général de la Commune, Dombrowski, inflige aux versaillais des pertes importantes. Mais, après une courte trêve qui permet aux habitants de quitter Neuilly en ruines, les versaillais reprennent leurs attaques. Les forts du Sud sont intensément bombardés. Le fort d'Issy, abandonné un moment, est repris par les fédérés. C'est alors que la Commune remplace Cluseret par Rossel (30 avril), qui essaie en vain de réorganiser l'armée fédérée. À partir du 1er mai commence le bombardement systématique de Paris par l'armée versaillaise. Dans la nuit du 3 au 4 mai, la redoute du Moulin-Saquet tombe, puis, le 8, le fort d'Issy, qui n'est plus qu'une ruine. Las, dégoûté, Rossel donne sa démission de délégué à la Guerre ; il est remplacé par un délégué civil, le vieux jacobin Delescluze. Le 13, le fort de Vanves tombe à son tour. Passy, Grenelle, Auteuil, la Muette croulent sous les obus versaillais.

La Commune de Paris

Photographie : La Commune de Paris

Les corps des combattants de la Commune, victimes de la guerre civile que se sont livrée le peuple de Paris et le gouvernement de la IIIe République, en 1871. 

Crédits : Eugene Appert/ Hulton Archive/ Getty Images

Afficher

L'énergie du désespoir

Le dimanche 21 mai, les troupes gouvernementales entrent dans Paris par la porte de Saint-Cloud. Pendant une semaine, la semaine sanglante, les combattants de la Commune luttent quartier par quartier, maison par maison, barricade par barricade. Les versaillais fusillent tous ceux qu'ils prennent les armes à la main ; les premières exécutions massives ont lieu à la caserne de la rue de Babylone, tandis que les pompiers de la Commune éteignent l'incendie du ministère des Finances, allumé par des obus versaillais. Il convient de faire le point sur ces incendies de Paris, que l'on a tant reprochés aux communards. En premier lieu, les obus de Thiers avaient déjà endommagé les quartiers de l'Ouest. D'autre part, certains incendies peuvent être attribués à des agents bonapartistes, qui avaient intérêt à faire disparaître des traces de la gestion impériale. Enfin, les incendies allumés par les communards au cours des combats doivent être assimilés à des actes de guerre : ce furent des moyens militaires de s'opposer à l'ava [...]

Barricade durant la Commune de Paris

Photographie : Barricade durant la Commune de Paris

Porte Maillot, à Paris, une barricade a été dressée par les partisans de la Commune, en 1871. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Afficher

Les Tuileries dévastées

Photographie : Les Tuileries dévastées

L'intérieur du palais des Tuileries incendié en mai 1871 pendant les derniers jours de la Commune de Paris, mouvement insurrectionnel du peuple parisien. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Afficher

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 10 pages

Médias de l’article

Le général Trochu

Le général Trochu
Crédits : Hulton Getty

photographie

Paris assiégé

Paris assiégé
Crédits : Nadar/ Hulton Archive/ Getty Images

photographie

Thiers

Thiers
Crédits : Hulton Getty

photographie

Louis Rossel

Louis Rossel
Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

photographie

Afficher les 8 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  COMMUNE DE PARIS (1871)  » est également traité dans :

COMMUNE DE PARIS, en bref

  • Écrit par 
  • Sylvain VENAYRE
  •  • 209 mots
  •  • 1 média

En mars 1871, les Allemands vainqueurs de la guerre contre la France, font le siège de Paris. Le second Empire a été renversé et, depuis le 4 septembre 1870, la République a été proclamée. L'Assemblée élue le 8 février 1871 est toutefois à majorité monarchiste ; elle siège dans la ville royale de Versailles. La nouvelle République, dirigée par l'ambigu […] Lire la suite

CLÉMENT JEAN-BAPTISTE (1837-1903)

  • Écrit par 
  • Pierre Thomas CAMELOT
  •  • 311 mots

Né de parents aisés, avec lesquels il a rompu très jeune, Jean-Baptiste Clément tire de son expérience champêtre et de ses lectures (surtout de Banville et Murger) la source d'inspiration de ses premières chansons. Avec ses Bergerettes et Villageoises , mises en musique par Joseph Darcier et interprétées par Jules Pacra et Thérésa, il introduit une note pastorale dans le répertoire du café-concert […] Lire la suite

CLUSERET GUSTAVE PAUL (1823-1920)

  • Écrit par 
  • Jean BANCAL
  •  • 394 mots

Fils de militaire, Gustave Cluseret entre à Saint-Cyr et participe comme lieutenant à la répression des journées de juin 1848. À la suite de divers trafics en Algérie, il est obligé de démissionner de l'armée en 1858. Cet aventurier devient condottiere et révolutionnaire professionnel. Il se met au service de Garibaldi, puis prend part à la guerre de Sécession comme général chez les Nordistes, dev […] Lire la suite

COURBET GUSTAVE (1819-1877)

  • Écrit par 
  • Pierre GEORGEL
  •  • 3 490 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Le poème de la nature »  : […] L' Atelier , dont la présentation à l'Exposition universelle de 1855 souligna le caractère de « somme », est la seule peinture de Courbet qui offre une telle densité de pensée, mais la plupart des tableaux de cette époque sont aussi des « allégories réelles ». À ceux qui constatent l'étroitesse et la rigidité de l'ordre social et mettent en lumière les facteurs concrets d'oppression s'opposent ceu […] Lire la suite

DELESCLUZE LOUIS CHARLES (1809-1871)

  • Écrit par 
  • Jean BANCAL
  •  • 480 mots

Cet homme, qui sera la plus grande autorité morale de la majorité communarde, est d'extraction bourgeoise. Ses luttes incessantes pour la République, son courage, sa volonté farouche, malgré ses multiples emprisonnements et ses épreuves, lui vaudront le surnom de Barre de fer. Étudiant en droit, clerc d'avoué, journaliste, Louis Charles Delescluze est poursuivi pour complot républicain en 1836 et […] Lire la suite

LES DÉMONS, Fiodor Dostoïevski - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Louis ALLAIN
  •  • 1 334 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Un crescendo vers l'apocalypse »  : […] L'atmosphère de ce roman s'alourdit peu à peu jusqu'à devenir insoutenable. Le grand art de Dostoïevski consiste à programmer, avec un raffinement quasi pervers, cette progression inexorable vers une sorte d'« apocalypse immédiate ». Le matériau humain du roman, à savoir les personnages, fournit un réservoir inépuisable d'actions scélérates. Sur la trentaine de personnages que comptent Les Démons […] Lire la suite

DU PREMIER EMPIRE À LA IIIe RÉPUBLIQUE - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Sylvain VENAYRE
  •  • 196 mots

1815 Rétablissement de la monarchie. 1830 « Trois Glorieuses » (27-29 juillet) : chute de Charles X, avènement de Louis-Philippe. Février 1848 Chute de Louis-Philippe, proclamation de la II e  République. 2 décembre 1851 Coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte. 2 décembre 1852 Proclamation du second Empire. Septembre 1870 Défaite de Sedan (le 2) ; proclamation de la III e  République (le 4). […] Lire la suite

FLOURENS GUSTAVE (1838-1871)

  • Écrit par 
  • Jacqueline BROSSOLLET, 
  • Universalis
  •  • 437 mots

Fils du physiologiste Pierre Flourens, Gustave Flourens est né le 4 août 1838 à Paris. Il est à la fois universitaire, militaire et homme politique. Il supplée son père au Collège de France en 1863 (chaire d’histoire naturelle des corps organisés) pour cinquante leçons. Il traite de l’histoire des races humaines. Son enseignement matérialiste (il est athée et anticlérical) et anti-bonapartiste (il […] Lire la suite

JACQUES VINGTRAS, Jules Vallès - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Jean-Didier WAGNEUR
  •  • 1 410 mots

Dans le chapitre « L'itinéraire d'un réfractaire »  : […] L'Enfant évoque, au temps de la monarchie de Juillet, le décervelage d'une éducation contraignante, entre une mère avare et soucieuse d'honorabilité, figure rigoureuse de la loi, et l'image déficiente d'un père enseignant, complice du système répressif scolaire en même temps qu'humilié par cette même machine. « Ma Mère », « La Famille », « Le Collège », « La Petite Ville », autant de chapitres qu […] Lire la suite

LEFRANÇOIS GUSTAVE (1826-1901)

  • Écrit par 
  • Jean BANCAL
  •  • 399 mots

Sorti deuxième de l'école normale d'instituteurs de Versailles, Gustave Lefrançois ne peut, en raison de ses idées révolutionnaires, exercer son métier. Aussi devient-il commis aux écritures. À la révolution de 1848, il fonde l'Association des instituteurs socialistes. Son programme d'éducation, qu'il publie, le fait arrêter et condamner en juin 1848. En mars 1851, il est révoqué et frappé de l'in […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

1er juillet 2021 France. Condamnation de l'État pour l'insuffisance de sa politique de lutte contre le réchauffement climatique.

En janvier 2019, le Conseil d’État avait été saisi par la commune de Grande-Synthe (Nord) d’un recours contre l’« inaction climatique » de l’État. Les ONG environnementales initiatrices de la pétition « L’Affaire du siècle », ainsi que les villes de Paris et de Grenoble s’y étaient associées. En novembre 2020, le Conseil avait rendu une première décision qui donnait trois mois au gouvernement pour « justifier que la trajectoire de réduction à l’horizon 2030 pourra être respectée ». […] Lire la suite

21-31 juillet 2020 Union européenne. Accord sur un plan de relance de 750 milliards d'euros.

Le 21, à l’issue de quatre jours de négociations, les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-Sept, réunis en conseil à Bruxelles, adoptent un plan de relance d’un montant de 750 milliards d’euros, financé par une dette commune et destiné à faire face à la crise provoquée par la pandémie de Covid-19. Cette somme doit abonder le budget communautaire 2021-2027 dont le montant initial est de 1 074 milliards d’euros. […] Lire la suite

13 janvier 2020 France – Afrique. Sommet des membres du G5 Sahel.

Inquiets d’un éventuel retrait américain du continent africain, les signataires de la déclaration commune expriment « leur reconnaissance à l’égard de l’appui crucial apporté par les États-Unis et […] le souhait de sa continuité ». […] Lire la suite

11-12 décembre 2019 Union européenne. Présentation d'un « green deal ».

Elle envisage notamment d’adapter la politique agricole commune au « green deal », de réviser la directive sur la fiscalité énergétique, de soumettre la conclusion des accords commerciaux au respect par l’autre partie de l’accord de Paris sur le climat et de réviser le pacte de stabilité et de confiance de façon à ne pas inclure dans les déficits publics les investissements en faveur de la transition écologique. […] Lire la suite

27-30 janvier 2019 France – Égypte. Visite du président Emmanuel Macron en Égypte.

Du 27 au 29, le président français Emmanuel Macron effectue une visite en Égypte, après celle de son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi à Paris en octobre 2017. Le 28, lors de leur conférence de presse commune, Emmanuel Macron rappelle que l’Égypte est un allié « stratégique » de la France – qui lui vend de nombreux matériels militaires – dans la lutte contre le terrorisme et l’immigration illégale, ainsi que dans la résolution des crises régionales. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Édith THOMAS, « COMMUNE DE PARIS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/commune-de-paris-1871/