COLONISATION (débats actuels)

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La mémorialisation coloniale, la repentance et l'identité nationale

Le devoir de mémoire et la repentance de l'État

Sous la pression d'associations, l'État et les assemblées locales ont tenté d'intégrer les mémoires fragmentées qui s'opposent sur l'espace national afin de préserver l'unité de la Nation. Dans les années 2000, une politique de mémorialisation et de commémoration autour du fait colonial est menée, non sans tensions ni controverses. Le « devoir de mémoire » – expression qui s'est imposée dans l'espace public à partir des années 1990 – semble monopoliser toutes les demandes adressées à l'État.

Mémorial de l'Anse Cafard, Martinique

Photographie : Mémorial de l'Anse Cafard, Martinique

Le Mémorial de l'Anse Cafard est un ensemble de quinze sculptures monumentales (2,5 mètres de hauteur) en pierre et sable blanc du sculpteur martiniquais Laurent Valère. Elles sont érigées face à la mer en commémoration du naufrage d'un bateau négrier en 1830 et en hommage aux victimes... 

Crédits : Bertrand Gardel/ hemis.fr

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Commémoration de la découverte de l'Amérique (1992)

Photographie : Commémoration de la découverte de l'Amérique (1992)

En 1992, lors de la célébration du cinquième centenaire de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb (1451-1506), les populations indiennes d'Amérique ont contesté la vision occidentale de cette rencontre de deux mondes. Selon elles, l'usage du terme « découverte » occulte... 

Crédits : O. Compagnon

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En 2002, un Mémorial national de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie est inauguré à Paris, sur le quai Branly. Le 22 janvier 2002, une proposition de loi qui fait du 19 mars – jour anniversaire du cessez-le-feu en Algérie – la Journée nationale du souvenir et du recueillement est votée par l'Assemblée nationale. Mais cette loi ne sera entérinée par le Sénat que le 8 novembre 2012.

Parallèlement, le Comité pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage obtient, en 2007, l'installation d'une œuvre intitulée Le Cri dans le Jardin du Luxembourg, à Paris ; puis, le 10 mai 2011, celle d'une stèle commémorative des esclaves des colonies « qui par leurs luttes et leur profond désir de liberté [ont] contribué à l'universalité des droits humains et à l'idéal de liberté, d'égalité et de fraternité qui fonde notre République ».

Stèle commémorative des esclaves des colonies, Paris

Photographie : Stèle commémorative des esclaves des colonies, Paris

À l'occasion du dixième anniversaire de la journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions, le 10 mai 2011, le président français Nicolas Sarkozy inaugure l'installation d'une stèle commémorative dans le jardin du Luxembourg à Paris. 

Crédits : Horacio Villalobos/ EPA

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Des demandes d'excuses sont également formulées à l'égard de l'État. Mis en demeure de prendre position, ce dernier a peu à peu répondu à plusieurs de ces revendications. Ainsi, le 17 octobre 2012, le président de la République François Hollande déclare que « la République reconnaît avec lucidité » la répression « sanglante » de la manifestation d'Algériens qui demandaient l'indépendance de leur pays, à Paris, le 17 octobre 1961.

Le passé colonial et l'identité nationale

La question du passé colonial dans la France contemporaine est toujours en discussion, sous des formes très contradictoires. Le fait colonial continue à définir des lignes d'opposition ouvertes et violentes, tout comme la capacité de l'État à légiférer sur le passé.

Pourtant, toutes ces questions sont sous-tendues par une autre, laquelle est centrale : qu'est-ce qu'être français ? Et donc, comment définir l'identité nationale ? Au sein de la communauté des historiens, cette question provoque des clivages qui ont émergé, à la suite de la loi de 2005, sous la forme de deux collectifs. Le premier, qui s'est opposé à cette loi prenant en compte le « rôle positif » de la présence française outre-mer, s'intitule Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire. Il s'intéresse aux relations entre mémoire et histoire, en insistant sur le fait que l'historien, bien que professionnel, doit en tant que citoyen répondre aux demandes sociales, notamment en garantissant la transmission de ses connaissances dans l'enseignement scolaire. Le second – dénommé Liberté pour l'histoire –, s'est constitué, dans un premier temps, en soutien à l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau, spécialiste des traites négrières, qui a fait l'objet en 2005 d'une plainte déposée par le Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais sous le prétexte d'avoir remis en cause la qualification de crimes contre l'humanité reconnue à la traite atlantique et à l'esclavage par la loi du 10 mai 2001. Ce collectif a, dans un second temps, élargi ses revendications en demandant l'abolition de toutes les lois mémorielles afin que les historiens puissent entreprendre leurs recherches sans aucune pression, ni sociale ni politique.

À travers ces deux collectifs, ce sont deux visions des Français qui s'affrontent : l'une intégrant des identités issues de la colonisation ; l'autre, repoussant la part coloniale et l'importance de la colonisation dans le roman national. C'est pourquoi l'enseignement de l'histoire demeure un enjeu crucial. Depuis la loi du 10 mai 2001, l'histoire de l'esclavage doit être enseignée à l'école primaire et dans le secondaire, mais le sujet n'est explicitement inscrit dans les programmes officiels que pour les élèves des lycées professionnels. La colonisation représente aussi un chapitre des programmes scolaires, mais des critiques sont formulées sur le fait que l'histoire de l'Empire du Monomotapa, un empire africain du xve-xvie siècle, côtoie – et supplante donc –celle de Louis XIV et de Napoléon Ier ! L'acceptation du fait colonial articulé à l'histoire de France demeure donc toujours un enjeu identitaire.

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Mémorial de l'Anse Cafard, Martinique

Mémorial de l'Anse Cafard, Martinique
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Commémoration de la découverte de l'Amérique (1992)

Commémoration de la découverte de l'Amérique (1992)
Crédits : O. Compagnon

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Stèle commémorative des esclaves des colonies, Paris

Stèle commémorative des esclaves des colonies, Paris
Crédits : Horacio Villalobos/ EPA

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Pour citer l’article

Myriam COTTIAS, « COLONISATION (débats actuels) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/colonisation-debats-actuels/