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ATTLEE CLEMENT (1883-1967)

Clement Attlee, 1939 - crédits : David Savill/ Hulton Archive/ Getty Images

Clement Attlee, 1939

D'origine bourgeoise, éduqué à Oxford, professeur à la London School of Economics de 1913 à 1923, Clement Attlee est l'homme de la première véritable expérience socialiste en Grande-Bretagne de 1945 à 1951. Entré dans le Labour Party après avoir adhéré à l'organisation néo-libérale de l'Union pour un contrôle démocratique, il entre au Parlement en 1922 et restera député jusqu'en 1955. Il acceptera ensuite le titre de comte et, avec la pairie, un siège à la Chambre des lords, équivalent d'une retraite politique.

Sa participation au gouvernement commence en 1930-1931, et il occupe alors successivement, dans le cabinet de Ramsay MacDonald, les postes de chancelier du duché de Lancaster et de ministre des Postes. En 1931, il fait partie de la majorité du groupe parlementaire qui refuse l'union nationale avec les libéraux et les conservateurs au nom de la défense de la livre. Il est l'un des rares anciens ministres réélus en 1931, et cela lui vaut, en compagnie de George Lansbury et de Stafford Cripps, de prendre la direction du groupe travailliste au nouveau Parlement. La démission du premier en 1935 et l'hétérodoxie du second lui permettent de devenir le chef du parti. À ce titre, il joue un rôle majeur dans la définition d'un nouveau programme qui entend combiner la recherche du mieux-être social avec une réorganisation radicale de l'appareil économique, dans le plein respect de la démocratie et avec le souci d'évolution cher aux Anglais. L'accession de Churchill au pouvoir, le 10 mai 1940, permet la constitution d'un cabinet d'union nationale, et Attlee est normalement appelé à en faire partie. Il se révèle un collaborateur loyal et un coordinateur efficace de l'effort intérieur. En 1942, on lui confère le rang de Premier ministre adjoint et, compte tenu de la prédilection de Churchill pour la conduite de la guerre et la diplomatie, il assume l'essentiel des responsabilités intérieures favorisant l'adoption de mesures de justice sociale et réalisant donc la promesse faite, en entrant au gouvernement, de ne pas « laisser [ses] idées à la porte ».

Conférence sur la Palestine, 1946 - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Conférence sur la Palestine, 1946

Ses mérites et sa popularité réelle contribuent à expliquer la surprenante et éclatante victoire électorale du Labour Party en juillet 1945. Clement Attlee devient alors Premier ministre. Tout en laissant une large initiative à Bevin, ministre des Affaires étrangères, il hérite de Churchill la volonté de contrôler étroitement le champ des affaires extérieures, participe aux grandes conférences internationales, à commencer par celle de Potsdam, se préoccupe des conditions de la décolonisation et est un artisan du nouveau Commonwealth des nations, à partir de 1949. Il entend surtout mettre en œuvre le programme de réformes internes, inspiré de la plate-forme d'avant-guerre, mais aussi des idées de William Beveridge. Son gouvernement nationalise un certain nombre de secteurs clés : l'énergie (gaz-électricité-charbonnages), la Banque d'Angleterre, les transports, et, un peu plus tard, la sidérurgie ; entre 1946 et 1948, il fait voter et promulguer les grandes lois sociales qui fondent l'État Providence, dont les lois créant le système national de santé. Ses doutes croissants sur l'efficacité de nouvelles nationalisations en font un partisan d'une économie dirigée et l'éloignent des socialistes les plus radicaux ; le souci d'une saine gestion financière et la croissante importance des dépenses de réarmement lui font souhaiter un ralentissement de la construction de l'État Providence. Son pacifisme et son hostilité à un réarmement allemand ne résistent pas à la vision des réalités et, avant tout soucieux de l'alliance américaine, il se rallie en 1950 au principe d'une participation germanique à la défense de l'Europe ; rangé au nombre des « révisionnistes », il ne trouve pas grâce aux yeux des « bévanistes[...]

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Écrit par

  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Clement Attlee, 1939 - crédits : David Savill/ Hulton Archive/ Getty Images

Clement Attlee, 1939

Conférence sur la Palestine, 1946 - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Conférence sur la Palestine, 1946

Autres références

  • BEVAN ANEURIN (1897-1960)

    • Écrit par Roland MARX
    • 556 mots
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    L'un des plus importants chefs travaillistes britanniques entre 1930 et 1960, Aneurin Bevan fut l'un des plus fermes avocats d'une véritable socialisation de la Grande-Bretagne. Fils de mineur, il doit lui-même abandonner la mine, à cause d'une maladie des yeux. Adversaire virulent de la prudence...

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    • Écrit par Universalis, Bertrand LEMONNIER, Roland MARX
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    ...bénéficié, pour la première fois, de majorités absolues au Parlement et ont pu tenter d'appliquer un réel programme de gauche. Le même Premier ministre, Clement Attlee, a gouverné pendant toutes ces années, se comportant volontiers en chef d'une équipe dont les principaux membres se sont appelés Ernest...
  • ROYAUME-UNI - La société britannique contemporaine

    • Écrit par Jacques LERUEZ
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    Lorsqu'il arrive au pouvoir, en juillet 1945, le gouvernement Attlee, premier gouvernement travailliste à disposer d'une majorité absolue à la Chambre des communes, est doté d'un solide programme social. Celui-ci reprend la plupart des thèmes de réformes longuement débattues au Parlement, dans le...
  • TRAVAILLISME

    • Écrit par Monica CHARLOT
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    ...provoquant la scission de son parti et sa propre expulsion du mouvement travailliste. George Lansbury, le nouveau leader, qui devra se démettre pour « pacifisme », et ClementAttlee, son successeur, seront parmi les rares personnalités travaillistes fidèles à échapper au désastre électoral de 1931.

Voir aussi