MALET CLAUDE FRANÇOIS DE (1754-1812)

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D'origine noble, mousquetaire sous l'Ancien Régime, licencié par suite de compressions budgétaires, général de la Révolution, hostile à l'avènement du consulat à vie, nommé sous l'Empire gouverneur de Rome mais destitué pour propagande républicaine, Malet n'occuperait qu'une place restreinte dans l'histoire napoléonienne, celle d'un opposant, comme le général Delmas, s'il n'avait fomenté contre Napoléon deux complots dont l'un fut près de réussir.

En 1808, Malet noue des relations avec d'anciens jacobins (Démaillot) et des généraux en disgrâce (Guillet et Guillaume) en vue de profiter d'une absence de l'Empereur pour proclamer, à la faveur d'un faux sénatus-consulte, l'abolition de l'Empire et la constitution d'un gouvernement provisoire. Ce projet, d'inspiration républicaine, est découvert par le préfet de police Dubois et ses adjoints Bertrand et Boucheseiche, mais l'affaire est étouffée par Fouché pour des raisons d'amour-propre plutôt que par sympathie pour les conjurés. Incarcéré à Vienne, puis placé en résidence surveillée à la maison de santé du docteur Dubuisson, Malet entre en relation avec des membres de la société secrète des Chevaliers de la foi, constituée pour défendre le pape prisonnier de l'Empereur et favoriser la restauration de Louis XVIII. D'après les Mémoires de Villèle : « Les royalistes et les républicains se seraient entendus pour combiner leurs efforts jusqu'à la convocation des assemblées primaires qui, une fois Bonaparte renversé, devaient se prononcer souverainement entre le rétablissement de la République et le retour au pouvoir de Louis XVIII. » Malet aurait donc agi pour le compte des républicains, mais en accord avec les Chevaliers de la foi, l'abbé Lafon servant d'agent de liaison. Son plan est, avec quelques variantes, le même qu'en 1808 : profiter d'une absence de l'Empereur pour annoncer sa mort et la constitution d'un gouvernement provisoire en utilisant de faux documents. L'occasion se présente, en octobre 1812. Napoléon, parti en Russie, n'a jamais été aussi éloigné de Paris (les nouvelles mettent plus de douze jours pour parvenir dans la capitale). La crise économique, le malaise religieux, le poids de plus en plus lourd de la conscription troublent les esprits. Dans la nuit du 22 octobre 1812, Malet sort de la clinique Dubuisson en uniforme de général, flanqué de deux comparses, se présente à la caserne Popincourt, annonce aux soldats de la garde nationale la mort de l'Empereur devant Moscou et la formation d'un gouvernement provisoire, puis, à la tête de cinq compagnies, il fait libérer à la prison de la Force deux généraux, Lahorie et Guidal. Lahorie se rend aussitôt avec une compagnie à la préfecture de police où il arrête le préfet Pasquier, puis au ministère où il se saisit de Savary. Le chef de la police secrète Desmarest est également appréhendé. À l'Hôtel de Ville, le préfet de la Seine, Frochot, accepte sans objections de prêter une salle pour la réunion du gouvernement provisoire. Mais à la première division militaire, le général Hulin et le colonel Doucet devinent l'imposture. Malet est arrêté, puis Lahorie et Guidal. Traduits devant une commission militaire avec quelques comparses, ils sont fusillés le 29 octobre. La nouvelle parvient à Napoléon le 6 novembre. Celui-ci paraît avoir accepté l'hypothèse de l'acte extravagant d'un isolé. En réalité, les ramifications de la conspiration étaient étendues : le succès de Malet à Paris devait servir de signal à un débarquement anglais dans le Midi et au soulèvement de Marseille et de Toulon, ainsi que le montra l'enquête de Pelet de la Lozère, généralement négligée par les historiens de la conspiration. Les conséquences du coup d'État de Malet étaient graves : les réactions devant l'annonce de la mort de Napoléon révélaient que personne n'avait songé au roi de Rome. Ainsi, la IVe dynastie n'avait-elle pas réussi à s'implanter. L'Empire reposait sur un homme ; cet homme abattu, c'était le vide. L'affaire Malet montrait aussi la persistance de l'opposition. Le journaliste Fiévée, devant qui l'on parlait de « l'extravagance » de Malet et de ses complices, eut le mot de la fin : « Si ce mouvement s'était un peu prolongé, il se serait t [...]

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  • : professeur à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Jean TULARD, « MALET CLAUDE FRANÇOIS DE - (1754-1812) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/claude-francois-de-malet/