CIMON (apr. 510-450 av. J.-C.)

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Homme d'État athénien, fils de Miltiade, le vainqueur de Marathon. Après une jeunesse difficile, Cimon combat à Salamine (~ 480) et participe à l'expédition navale de ~ 478, qui voit le commandement des Grecs sur mer passer des Spartiates aux Athéniens. Aussitôt après la constitution de la ligue de Délos (~ 478), il en devient le principal chef militaire. Il entreprend de chasser les garnisons perses de Thrace, s'empare d'Éion (~ 476), purge la mer Égée de ses pirates en occupant leur repaire de Skyros (~ 475 env.). En ~ 469, il est à la tête d'une flotte importante qui fait entrer dans la ligue plusieurs cités des côtes méridionales de l'Asie Mineure et remporte sur les Perses une victoire retentissante à l'Eurymédon, où deux cents trières ennemies sont prises ou détruites.

À ce moment, sa popularité est à son comble, tant à Athènes, où l'on apprécie son humanité, ses largesses (et aussi ses fredaines) de grand seigneur, la gloire et les profits que ses victoires rapportent à la cité, que parmi les alliés qu'il traite avec équité et familiarité. Mais cette popularité ne tarde pas à décliner. Les alliés commencent à se lasser d'opérations militaires sans fin et du poids croissant de la prépondérance athénienne. Leur mécontentement va jusqu'à la sécession : c'est le cas de Naxos (~ 470) et de Thasos (~ 465). Cimon se charge de les ramener à l'obéissance par la force, et cela sans ménagement. Son prestige en souffre. Dans la cité aussi l'opposition grandit. Un parti, conduit par Éphialtès, réclame l'élargissement du pouvoir démocratique des propriétaires fonciers à tous les citoyens, contre le vœu des conservateurs dont Cimon est le champion. L'orientation de la politique étrangère constitue aussi un motif de discorde : grand admirateur de Sparte, Cimon entend consacrer toute la puissance militaire athénienne au développement de l'impérialisme maritime, laissant l'hégémonie continentale à Lacédémone. Ses adversaires préconisent un impérialisme global qui vaudrait à Athènes une primauté sans partage.

C'est ce dernier problème qui provoque la chute de Cimon. Sparte, menacée dans son existence par un tremblement de terre catastrophique et par une révolte des hilotes (~ 464), fait appel à ses alliés, dont Athènes. Après un débat dramatique, Cimon se fait envoyer avec un gros contingent d'hoplites (des conservateurs) au siège du mont Ithôme où s'étaient retranchés les hilotes rebelles (~ 462). Profitant de leur départ, Éphialtès fait voter les réformes qu'il souhaitait. Mis en échec sur le plan politique, Cimon connaît aussi l'insuccès sur le terrain militaire : il n'arrive pas à enlever l'Ithôme. Rendus soupçonneux par les lois d'Éphialtès, les Spartiates congédient les Athéniens, seuls de tous leurs alliés. Cet affront rejaillit sur Cimon. Quand, de retour à Athènes, il réclame l'abrogation des mesures d'Éphialtès, il est condamné à l'ostracisme (~ 461).

Peut-être est-il rappelé en ~ 457 avant le terme de son exil. Mais il ne joue aucun rôle politique jusqu'en ~ 451. À cette date, Athènes, sans doute par son entremise, conclut avec Sparte une trêve de cinq ans afin d'être en mesure de reprendre la guerre contre les Perses. Elle lui confie une grande flotte qui fait voile vers Chypre. Il ne semble pas qu'il connaisse de succès avant de mourir au siège de Kition (~ 450). Sur le chemin du retour, cependant, l'expédition remporte une brillante victoire à Salamis de Chypre, victoire qui permet aux Athéniens de conclure en ~ 449 une paix honorable avec le Grand Roi.

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  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Toulouse

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Pour citer l’article

Jean DELORME, « CIMON (apr. 510-450 av. J.-C.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cimon/