DE WAILLY CHARLES (1730-1798)

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Urbaniste, architecte, décorateur et ornemaniste français. « De Wailly, disait-on à Paris, est un grand dessinateur, mais ce n'est pas un architecte. De Wailly répondit en bâtissant une ville. Port-Vendres et ses palais ; Port-Vendres et ses statues, et ses quais, et ses magasins ; Port-Vendres et ses obélisques, et ses places publiques... » L'emphase du biographe rend bien compte toutefois de la diversité des talents de Charles De Wailly et de l'ampleur de ses conceptions. Tous les projets de l'artiste donnent lieu à des présentations dessinées et peintes exceptionnelles tant par leur quantité, leur caractère inventif toujours renouvelé, que par la nouveauté du procédé lui-même. La publicité de ses œuvres, édifiées ou projetées, est ainsi assurée à travers toute l'Europe. En plus de ce goût pour le dessin coloré, qu'il acquiert au contact de ses premiers maîtres Legeay et Servandoni (avec qui il collabore aux décorations de l'Opéra), De Wailly découvre dans l'enseignement de Jacques-François Blondel les rigueurs d'une architecture rationnelle dont il deviendra un des plus hardis défenseurs. Le séjour qu'il effectue à Rome (1754-1756), après avoir remporté le grand prix d'architecture en 1752, est partagé entre l'étude des antiques et celle de l'art de l'Italie moderne : la fascination qu'exercent sur lui les œuvres de Bernin se traduira par l'exécution de dessins de vues de Rome (de la basilique Saint-Pierre en particulier) qui, accompagnés des relevés des thermes de Dioclétien, seront exposés à son retour à Paris. Les gazettes louent son talent de dessinateur et, grâce à la protection de personnes influentes, il commence une carrière fulgurante d'architecte. Contrôleur adjoint à Versailles, il collabore aux travaux de l'Opéra de Gabriel ; en 1767, il est reçu académicien, directement dans la première classe d'architecture ; en 1771, il est élu, fait exceptionnel pour un architecte, membre de l'Académie de peinture. Ce nouveau titre lui ouvre les portes des Salons où, à côté des vedute d'Hubert Robert et de Pierre Antoine Demachy, il expose régulièrement ses projets d'architecture. Sa première œuvre importante, le château de Montmusard (1764), près de Dijon, est d'un modernisme qui préfigure le style de Boullée ou de Ledoux ; elle sera suivie d'autres travaux du même ordre : le château des Ormes, en Touraine, et celui de Rocquencourt (1781-1786), près de Versailles. Le grand salon qu'il décore au palais Spinola de Gênes (1773) sera gravé dans le supplément de l'Encyclopédie (1774) comme exemple de la décoration moderne. L'œuvre de Charles De Wailly dans le domaine de l'architecture urbaine est considérable : il construit, avec la collaboration de son ami M. J. Peyre, le théâtre de l'Odéon à Paris et le quartier qui l'entoure (1767-1782), puis le port et la ville de Port-Vendres (1779-1783), le grand portail de l'abbaye de Saint-Denis (1782), plusieurs hôtels dans Paris (maison de Mme Denis, la nièce de Voltaire ; maisons rue de la Pépinière, 1776-1779 ; hôtel du marquis d'Argenson ; appartements de la chancellerie d'Orléans, 1784). Ces travaux sont suivis de projets grandioses pour l'embellissement de la capitale : transformation de la place Louis-XV (1786-1796), réunion de l'île Saint-Louis et de l'île de Louvier, avec création d'une gare et de quais (1796), projet de palais national (1796), et surtout un fantastique projet de théâtre des arts (1798) au centre d'une place à l'antique. Certains de ces projets, près de recueillir l'agrément du Directoire, ne purent être exécutés faute d'une conjoncture plus propice. Membre de l'Institut, De Wailly joue un rôle important dans la vie artistique pendant la Révolution ; sa présence au conseil d'administration du Muséum central l'amène à proposer plusieurs aménagements pour les salles du Louvre (1793-1796). Sous l'Ancien Régime, De Wailly avait aussi donné des modèles d'architecture et de décoration religieuses : la chapelle du Reposoir à Versailles (1769), la chapelle de la Vierge à Saint-Sulpice (1774), la crypte de l'église Saint-Leu-et-Saint-Gilles à Paris (1780) et la chaire de Saint-Sulpice (1789), un des plus célèbres modèles du genre. Son activité débordante le conduisit en Italie, en Allemagne, en Angleterre et en Belgique, où on lui confia d'importants projets : un théâtre pour Bruxelles (1785), un palais résidentiel pour le Landgrave de Hesse-Cassel (1785). L'invitation que lui fit Catherine II de venir présider l'Académie impériale marque le point culminant de ses relations internationales et, malgré son refus d'aller à Saint-Pétersbourg, la Russie demeure, avec la France, le pays où les projets de l'architecte ont eu la plus brillante postérité. Bajenov, Volkhov et Starov, qui furent ses élèves à Paris, perpétuèrent son style. Soucieux que son art réponde à une nécessité utilitaire, comme Ledoux voulait le sien réaliste, mais épris d'un goût pour le grandiose qui l'apparente à Boullée, De Wailly créa un style original et indépendant, en marge des tendances rigoristes du néo-classicisme international, et qui dotait l'architecture de formes pleines et colorées, empreintes d'une dimension poétique inconnue jusqu'alors.

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  • : professeur à l'université de Paris-I-Sorbonne, directeur du centre Ledoux

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Daniel RABREAU, « DE WAILLY CHARLES - (1730-1798) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/charles-de-wailly/