AKERMAN CHANTAL (1950-2015)

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De l’expérimental à l’autobiographie

Chantal Akerman séjourne en 1971 aux États-Unis et fréquente assidûment l’Anthology Film Archives de New York ; là, elle découvre le cinéma expérimental de Jonas Mekas et de Michael Snow. Ce dernier influence directement son premier long-métrage, Hôtel Monterey (1972), une description fragmentaire et sans commentaire d'un lieu pour déshérités filmé en plans fixes. Mais la cinéaste ne s'attache pas à un genre ni à une esthétique. Dans les quatre années qui suivent, elle énonce et illustre les diverses pistes de ses futurs films. Encore sous l'influence de Snow, elle filme La Chambre (1972), où un lent panoramique décrit à plusieurs reprises cet espace d'appartement, un des centres de sa filmographie de Jeanne Dielman (1975) à Demain on déménage (2004). Vaguement sous l'influence de Mekas, News from Home (1976) développe une des problématiques majeures de la réalisatrice : son rapport à sa mère et à la judéité. Sur des travellings de rues et de métros new-yorkais, qui « documentent » (c'est aussi son premier documentaire) le quotidien de la jeune femme, celle-ci lit des lettres que sa mère lui envoie pour s'enquérir de sa santé et de ses projets, tout en racontant des bribes de sa propre vie à Bruxelles. Le souvenir de la Shoah hante la plupart de ses films sous forme de thèmes récurrents, d’autant que sa mère, Natalia, qui fut déportée, éprouve des difficultés à évoquer cette question avec sa fille.

Avec Je, tu, il, elle (1975), son premier long-métrage de fiction, la jeune cinéaste construit une œuvre largement autobiographique qui reprend le fil de Saute ma ville en développant sa dimension affective : comme sa culture, sa sexualité aussi est plurielle. Ce film revendique, comme la plupart de ses autres œuvres, un anti-esthétisme volontaire. S’il fait une large part à l’homosexualité féminine, Je, tu, il, elle n’est pas un film militant, il traite de son propre cas. Chantal Akerman s’est toujours méfiée des ghettos sociaux ou artistiques.

En 1975, c'est le choc de Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles. Peu vu et peu repéré jusque-là, le cinéma d'Akerman surprend, agace mais fascine aussi. Ses principales caractéristiques se déploient dans ce film de 200 mn : lieu clos, recours au plan-séquence, thématique de la solitude, de l'inadéquation au monde, de l'enfermement dans la marge. L'argument est simple, l'auteur le développe comme un morceau de musique répétitive : une bourgeoise quadragénaire, mère d'un adolescent, se prostitue occasionnellement pour arrondir ses fins de mois. Sans honte et sans regret. La machine se détraque quand l'humain infiltre cette mécanique : Jeanne tue le client qui l'a fait jouir. Le film bénéficie de la présence de Delphine Seyrig dans le rôle-titre.

Les Rendez-vous d'Anna (1978) constitue le point d'orgue de la première partie de la filmographie d'Akerman : Anna, une jeune cinéaste, voyage entre Bruxelles, Berlin, Paris pour montrer ses films, elle croise le destin de nombreux personnages déracinés comme elle. L'auteur vient de lire Kafka – pour une littérature mineure, et y trouve matière à ordonner et théoriser ce qui n'était jusqu'alors que des séries de sensations.

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Raphaël BASSAN, « AKERMAN CHANTAL - (1950-2015) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/chantal-akerman/