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SEYRIG DELPHINE (1932-1990)

Fille du directeur du Service des antiquités au Liban, Delphine Seyrig est née à Beyrouth le 10 avril 1932. Très vite séduite par le théâtre, elle étudie sous les directions successives de Pierre Bertin, Roger Blin et Tania Balachova. Le Centre dramatique de l'Est l'accueille et l'affiche dans La Première Surprise de l'amour de Marivaux. Pour L'Amour en papier, comédie à couplets de Louis Ducreux, représentée en 1952 au théâtre du Quartier-Latin, son nom s'écrit Seirig. Elle y interprète dans la gaieté une demi-douzaine de rôles : Bébé Isidore, Mme Chapeau-Pincé, Gaby Kini... Elle découvre aussi les hasards des tournées et se retrouve à la Comédie de Saint-Étienne. Sous la houlette de Jean Dasté, elle chante la romance de Chérubin et ne craint pas d'incarner Ariel dans La Tempête. Elle prouve qu'elle peut se mesurer aux textes de Giraudoux, et devient Ondine en 1954. Plus tard, à New York, elle sera Tessa. Indifférente au cinéma français de l'époque, elle part tenter aux États-Unis l'aventure de l'Actor's Studio. Connaissant parfaitement l'anglais, elle obtient d'être auditrice, puis parvient à suivre le cours privé de Lee Strasberg. Elle interprète Un ennemi du peuple d'Ibsen et, en 1958, pénètre dans les studios à l'occasion de Pull my Daisy, film de Robert Frank et A. Leslie. Des amis communs favorisent une rencontre avec Alain Resnais, qui lui propose de camper une créature vénéneuse dans Les Aventures de Harry Dickson qu'il prépare et qui n'aboutira pas. Delphine Seyrig devine que la production française s'oriente dans une direction qui l'intéresse. Elle rentre en France pour devenir, fluide, éthérée, vaporeuse, l'héroïne déconcertante et fascinante de L'Année dernière à Marienbad (1960).

Alain Resnais et son interprète entament une suite de travaux préliminaires afin de définir progressivement les mouvements, le comportement, la façon d'esquiver le réalisme, les attitudes inspirées souvent par le jeu des grandes actrices du muet et par l'étude d'œuvres célèbres de cette période. Servie par la musicalité de sa voix, jouant d'une ineffable diction, Delphine Seyrig enveloppe le sphinx de la ville d'eaux d'une mystérieuse aura, qui se dissipe le temps d'un éclair pour réapparaître, intacte, l'instant d'après.

Au théâtre aussi bien qu'au cinéma, Delphine Seyrig apportera toujours le même soin dans la composition, le même professionnalisme qui lui permet d'ouvrir sur une réplique un éventail de nuances et d'intonations. Fouillant ses personnages, elle leur découvre ou leur invente un passé. Elle reçoit ainsi à Venise le prix d'interprétation pour l'antiquaire incertaine et incomprise de Muriel d'Alain Resnais (1962). Sur scène, on la choisit pour donner leur accent définitif aux pièces de Pinter (L'Amant, La Collection), de Saunders (La prochaine fois, je vous le chanterai), de Handke (La Chevauchée sur le lac de Constance). Elle joue également Beckett (Comédie) et Pirandello (On ne sait comment ; Se trouver). Ses metteurs en scène s'appellent Claude Régy, André Barsacq, Sacha Pitoeff et Adolfo Arias. Ce dernier la dirige dans La Bête dans la jungle, nouvelle de Henry James adaptée par Marguerite Duras.

Delphine Seyrig a considéré l'avènement des femmes-cinéastes comme un événement important. « Leur regard, dit-elle, apporte au cinéma des formes, des visions, des thèmes nouveaux. » Aussi la retrouve-t-on non seulement dans les œuvres de Marguerite Duras (La Musica, 1966, en collaboration avec Paul Seban, India Song, 1975 ; Baxter, Vera Baxter, 1976), mais dans des films signés par Liliane de Kermadec (Aloïse, 1974), Chantal Akerman (Jeanne Dielman, 1975 ; Golden Eighties, 1986), ou Pomme Meffre (Le Grain de sable[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

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