CERVANTÈS, 450 ANS APRÈS

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En 1997, l'Espagne a célébré avec éclat le quatre cent cinquantième anniversaire de la naissance de Miguel de Cervantès, le 29 septembre (?) 1547, à Alcalá de Henares (Castille). Une exposition, dans cette ville, a évoqué « Cervantès et le monde cervantin dans l'imagination romantique ». La vénération des Espagnols pour leur « évangile » a donné lieu à une manifestation originale : la lecture publique en continu, des aventures de l'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche (1605 et 1615).

Depuis l'édition des Œuvres de Cervantès par R. Schevill et A. Bonilla (19 vol., 1914-1931), diverses éditions de qualité du roman ont été réalisées. Mais l'édition critique faisant autorité est celle dirigée par Francisco Rico, sous le patronage de la Real Academia Española, et publiée en 2015.

En France, cet anniversaire n'est pas passé inaperçu. Le musée Ivan-Tourgueniev, à Bougival, y a pris part en présentant une exposition d'éditions du Don Quichotte dans diverses langues, illustrées aux xixe et xxe siècles, notamment par Tony Janot (1836), Gustave Doré (1869) ou Koukrinisky (1920). Depuis le xviie siècle, Cervantès a trouvé en France un accueil digne de son génie. César Oudin publia en 1614 la première partie de L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche. La deuxième partie, traduite par François Rosset, parut en 1618. Les deux parties furent rassemblées en 1639, offrant ainsi la première traduction complète en français. Revue et annotée par Jean Cassou, et suivie des Nouvelles exemplaires, traduites par Cassou, cette traduction, publiée dans la Bibliothèque de la Pléiade (1949), a eu cours jusqu'à aujourd'hui. Elle a été remplacée par la version nouvelle, sous la direction de Jean Canavaggio, des Œuvres romanesques complètes de Cervantès (Bibliothèque de la Pléiade, 2001), incluant notamment La Galatée et Les Travaux de Persilès et Sigismonde.

Parmi les traductions qui ont fait connaître aux lecteurs français les aventures de Don Quichotte, on rappellera surtout, outre celle de Florian au xviiie siècle, celle de Louis Viardot (1836), très populaire. Celle de Damas Hinard (1847) fut louée par Flaubert. D'autres traducteurs ont attaché leur nom à cette entreprise : X. de Cardaillac et J. Labarthe (1923-1926), J. Babelon (1929), F. de Miomandre (1945). La traduction de L'Illustre Chevalier de la Manche par Aline Schulman (Seuil, 1997) a pour ambition de proposer au lecteur français un livre équivalent à celui qui s'offrait au lecteur espagnol au début du xviie siècle. Aucun appareil critique, aucune note, aucun commentaire n'accompagnent un texte auquel la langue, très actuelle et très lisible, veut redonner son éclat virginal. Le résultat est saisissant : cette déprise de tout érudition et la liberté, la fluidité de l'écriture redonnent au chef-d'œuvre de Cervantès l'originalité et l'intensité dramatique ou comique souvent atténuées ou disparues sous la patine des traductions archaïsantes. On apprécie particulièrement l'habileté et les trouvailles de la traductrice transposant les multiples proverbes qui jaillissent, souvent à jet continu, non seulement de la bouche de Sancho, ce « sac à proverbes », mais aussi de celle de son maître ou d'autres comparses. Les dialogues sont rendus avec beaucoup de verve et d'humour. Certes, les érudits pourront à juste titre regretter bien des libertés prises avec le texte original (des tournures simplifiées, des omissions, une actualisation qui efface l'effet d'éloignement d'un grand classique…). Qui dit traduire, dit choisir : le choix délibéré, qui n'en exclut pas d'autres, marque avec bonheur une étape importante de la fortune de Don Quichotte en France.

Les Nouvelles exemplaires (1613) furent traduites en français dès 1615 par François de Rosset et d'Audiguier. J. Cassou, présentant sa propre version, les considère comme « la plus riche des comédies humaines ». Elles ne cessent de susciter l'intérêt des exégètes. M. Molho, qui y voit « des images paradigmatiques du destin moral de l'homme », analyse et traduit Le Mariage trompeur et Le Colloque des chiens (Aubier, 1992). Au terme du savant commentaire qui précède sa version de La Petite Gitane (Aubier, 1994), M. Lafon laisse pressentir « tout ce que Cervantès a dû mettre de ses angoisses identitaires et statutaires dan [...]

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Écrit par :

  • : professeur émérite des Universités, membre correspondant de la Real Academia Española

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Pour citer l’article

Bernard SESÉ, « CERVANTÈS, 450 ANS APRÈS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cervantes-450-ans-apres/