CARPOCRATE & CARPOCRATIENS

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On ne connaît pratiquement rien de Carpocrate, gnostique alexandrin du iie siècle et fondateur de la secte des carpocratiens. Les documents anciens rapportent qu'il avait pour femme une certaine Alexandrie, de qui il eut un fils, Épiphane, mort à dix-sept ans après avoir composé un traité, Sur la justice, dont un long passage a été cité par Clément d'Alexandrie. Une disciple de Carpocrate, Marcellina, est venue à Rome sous le pontificat d'Anicet (154-165). C'est la seule donnée chronologique que l'on possède sur la secte.

Le monde, selon les carpocratiens, est l'œuvre d'anges inférieurs au Père inengendré. Les hommes sont, dans ce monde, assujettis aux lois de ces créateurs et doivent remonter vers le Père. Jésus, le fils de Joseph, est pour ces gnostiques non pas un Sauveur, mais l'idéal de l'homme juste, qui a gardé vivant en lui le souvenir du Père inengendré et qui est remonté vers lui par le mépris des créateurs du monde et le dédain de leurs lois. Les carpocratiens mettaient ce Jésus aux côtés de Pythagore, de Platon et d'Aristote, dont ils honoraient les images. Les gnostiques sont de même appelés à remonter vers le Père et doivent, pour cela, marquer leur mépris pour les créateurs du monde en accomplissant tous les actes réprouvés par les lois injustes de ce monde. Il s'agissait dans leur esprit moins d'une incitation au libertinage que d'une véritable ascèse systématique visant à nier la puissance contraignante des lois. Cette exigence est telle que l'âme qui ne parvient pas à tout accomplir dans une seule vie devra se réincarner (doctrine de la transmigration des âmes). Les carpocratiens présentent, en outre, une certaine analogie avec les simoniens, à la fois par le culte rendu au fondateur de la secte — étendu, pour les carpocratiens, à son fils, Épiphane — et par la pratique de la magie.

Le traité du jeune Épiphane permet de découvrir derrière cette conception du monde une opposition fondamentale entre la Loi primitive de Dieu et les lois injustes des créateurs du monde. Épiphane mettait, en effet, l'accent sur le détournement du désir humain opéré par les lois particulières, qui ont introduit l'appropriation et la séparation là où la Loi fondamentale de Dieu exigeait la communauté des biens et des femmes.

—  Richard GOULET

Écrit par :

  • : docteur de troisième cycle, chargé de recherche au C.N.R.S.

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GRÈCE ANTIQUE (Civilisation) - La religion grecque

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Dans le chapitre « Familiarité avec les dieux »  : […] Tout d'abord, c'est une croyance universelle qu'on a besoin des dieux, qu'on ne peut rien sans les dieux. Dans les textes hellénistiques aussi bien qu'à l'âge classique, les expressions σὺν θεω̩̃ (ou δαίμονι ou θεοι̃ς) et οὐκ ἄνευ θ̃εων sont constantes. « Qui sait si, avec l'aide de la divinité, je ne réussirai pas à ébranler son cœur par mes cris ? », dit Patrocle dans […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/grece-antique-civilisation-la-religion-grecque/#i_8282

Pour citer l’article

Richard GOULET, « CARPOCRATE & CARPOCRATIENS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/carpocrate-et-carpocratiens/