PISSARRO CAMILLE (1830-1903)

Moins populaire que Renoir et Monet, à première vue moins raffiné ou savant que Cézanne ou Degas, Pissarro n'en est pas moins un acteur capital de l'impressionnisme, tant par son œuvre que par son rôle au sein du mouvement. Sa formation l'inscrivait directement dans la tradition du paysage français de Valenciennes à Corot, avec laquelle il rompit progressivement, devenant l'un des plus actifs membres du groupe, dont il fut finalement le seul à avoir présenté des œuvres à toutes ses expositions, de 1874 à 1886. Son ralliement au divisionnisme prôné par Seurat a par ailleurs été essentiel dans la construction d'un lien fort avec la jeune génération des années 1880-1890, et partant dans la naissance du post ou du néo-impressionnisme. Pissarro n'en a pas moins poursuivi une voie originale, reconnue et admirée par tous, réévaluée aujourd'hui après avoir été pendant longtemps relativement négligée.

Les étapes d'une vie

Né en 1830 à Saint Thomas (Antilles danoises), de parents d'origine française établis dans le négoce, Camille Pissaro étudie en France, où l'on remarque et encourage ses dons pour le dessin, puis revient collaborer, sans enthousiasme, aux affaires paternelles. Il se tourne définitivement vers la peinture après un voyage au Venezuela en compagnie du peintre danois Fritz Melbye, et part immédiatement pour la France, où il arrive juste avant la fermeture de l'Exposition universelle de 1855. Il se consacre désormais à l'apprentissage de son métier de peintre, principalement chez Anton Melbye, le frère de Fritz, mais aussi aux côtés de Daubigny et de Corot, Corot qu'il admire et qui lui donne quelques conseils. Pissarro fréquente également les écoles de dessin. C'est à l'Académie suisse qu'il fait la connaissance de Monet en 1859, de Cézanne et de Guillaumin en 1861, avant de se lier un peu plus tard avec Renoir et Sisley ainsi qu'avec les autres membres du futur groupe impressionniste.

Ces années de formation sont aussi, matériellement, des années difficiles : Pissarro, qui a désormais charge de famille, ne vend quasiment rien, bien qu'il expose assez régulièrement au Salon depuis 1859. Il peint cependant beaucoup, essentiellement des paysages d'Île-de-France et de Normandie, rompant petit à petit avec les traditions académiques qui avaient présidé à ses années de formation. Caractéristiques, de ce point de vue, sont les œuvres qu'il peint à Pontoise, où il s'installe en 1866, et où il applique à de grands formats des techniques réservées jusque-là aux esquisses de plein air (notamment l'utilisation de grands à-plats de couleur unie).

<it>Route de Versailles. Louveciennes dans le soleil d'hiver avec neige</it>, C. Pissarro

Route de Versailles. Louveciennes dans le soleil d'hiver avec neige, C. Pissarro

Route de Versailles. Louveciennes dans le soleil d'hiver avec neige, C. Pissarro

Camille Pissarro, «Route de Versailles. Louveciennes dans le soleil d'hiver avec neige», vers…

Son installation à Louveciennes, en 1869, le fait se rapprocher de Sisley, Monet et Renoir, qui travaillent dans les environs (il peint par exemple, avec les deux derniers, aux bains de la Grenouillère à Chatou, durant l'été 1869). Son style devient dès lors plus libre, ses peintures, de plus petit format, plus colorées, l'artiste s'intéressant davantage aux effets de lumière et d'atmosphère.

Il se réfugie avec les siens à Londres en 1870-1871, ce qui renforce encore plus ses liens avec ceux qui vont devenir les impressionnistes et qui s'y sont également établis, comme Monet et Renoir, mais aussi leur marchand Durand-Ruel. Il trouve à son retour sa maison de Louveciennes dévastée et ses œuvres détruites. Avec ses amis, il étend bientôt le cercle de ses amateurs et de ses marchands, jouant un rôle essentiel dans l'organisation de la première exposition « impressionniste », en 1874, puis dans toutes les expositions suivantes, essayant de ramener ceux qui s'en éloignaient et de conquérir de nouveaux participants. Il fait ainsi peu à peu figure de patriarche du mouvement, mais dans un constant renouvellement et en montrant une grande fraîcheur d'esprit. Le début des[...]

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Écrit par

  • Barthélémy JOBERT : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer cet article

Barthélémy JOBERT, « PISSARRO CAMILLE (1830-1903) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL :

Médias

<it>Route de Versailles. Louveciennes dans le soleil d'hiver avec neige</it>, C. Pissarro

Route de Versailles. Louveciennes dans le soleil d'hiver avec neige, C. Pissarro

Route de Versailles. Louveciennes dans le soleil d'hiver avec neige, C. Pissarro

Camille Pissarro, «Route de Versailles. Louveciennes dans le soleil d'hiver avec neige», vers…

<it>Le Pont Boieldieu à Rouen, soleil couchant, temps brumeux</it>, C. Pissarro

Le Pont Boieldieu à Rouen, soleil couchant, temps brumeux, C. Pissarro

Le Pont Boieldieu à Rouen, soleil couchant, temps brumeux, C. Pissarro

Camille Pissarro, «Le Pont Boieldieu à Rouen, soleil couchant, temps brumeux», 1896. Huile sur…

<it>La Charcutière</it>, C. Pissarro

La Charcutière, C. Pissarro

La Charcutière, C. Pissarro

Camille Pissarro, «La Charcutière», 1883. Huile sur toile, 65 cm × 54 cm. Tate Gallery, Londres.

Autres références

  • CÉZANNE PAUL (1839-1906)

    • Écrit par Barthélémy JOBERT
    • 3 493 mots
    • 5 médias
    Le couple passe la guerre de 1870-1871 en Provence, puis revient s'établir à Paris. Chargé de famille, Cézanne, sur les instances de Pissarro, s'installe alors à Pontoise, puis à Auvers-sur-Oise (il y habite chez le docteur Gachet), où tous deux travaillent en commun. Il y exécute quelques estampes,...
  • IMPRESSIONNISME

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    • 8 346 mots
    • 26 médias
    ...Degas. Celui-ci s'est toujours montré réticent devant l'opinion générale du groupe, réfractaire à ses plans et ses intentions. Peut-être serait-ce avec Pissarro que cette opposition se marque plus particulièrement. Peut-être est-ce avec cet homme qui est en relations avec les milieux anarchistes et qu'inspire...
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    • 1 015 mots
    • 1 média
    La section suivante, « Sens et fonction de l’objet », était la plus limpide. Guidés par une pensée critique – Pissarro regrette l’industrialisation galopante quand Renoir dénonce la mécanisation de la production –, les impressionnistes se sont plu à créer des objets décoratifs. Les intentions...
  • NÉO-IMPRESSIONNISME

    • Écrit par Pierre GEORGEL
    • 1 154 mots
    • 6 médias

    Mouvement dont l'activité s'affirme avec le plus de cohérence entre 1885 et 1890 environ, et dont Seurat, Signac, Cross, Angrand et Camille Pissarro sont, en France, les principaux représentants. Le néo-impressionnisme se définit d'abord, comme son nom l'indique, par rapport...

  • POINTE-SÈCHE

    • Écrit par Michel MELOT
    • 536 mots

    Outil dont se servent les artistes pour graver une plaque de métal ; par extension, le terme désigne le procédé qui découle de l'utilisation de la pointe ou même l'épreuve imprimée qui en résulte. Les premiers graveurs en taille douce utilisaient un burin, qui demeura l'instrument...

Voir aussi